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Toujours vierges à 30 ans, elles témoignent

La trentaine passée, elles n’ont jamais eu de rapports sexuels. Qu’elles l’aient choisi ou non, elles nous racontent comment elles vivent leur virginité tardive.
Photo extraite de la série “Jane the Virgin”, DR
Photo extraite de la série “Jane the Virgin”, DR

Photo extraite de la série “Jane the Virgin”, DR


À 32 ans, Claire une célibataire parisienne drôle, intelligente, bien dans sa peau et “super bien foutue”, pour reprendre ses termes. Elle a un boulot prestigieux et plein d’ami·e·s. Mais Claire a un secret: elle n’a jamais eu de rapport sexuel. Enfin un secret, c’est un grand mot. “Je n’ai même pas besoin de le cacher parce que tout le monde part du principe que, évidemment, j’ai des relations sexuelles”, explique-t-elle. Pourtant, ce témoignage, elle l’a fait sous pseudonyme. Ce n’est pas de la honte, elle n’a juste pas envie que cela se sache. “J’ai entendu des propos hyper violents sur les personnes vierges”, dit-elle. Alors que les femmes n’ont jamais parlé aussi librement de leur sexualité, que les comptes Instagram comme T’as joui? ou Gang du clito cartonnent, l’absence de rapports sexuels est toujours autant stigmatisée, aussi incompréhensible.

Dans notre société, faire l’amour est tellement considéré comme essentiel que si on ne l’a jamais fait, on a souvent l’impression de ne pas être normal·e.

Si, passée l’adolescence, on n’a pas perdu sa virginité, c’est qu’on doit avoir a un problème, qu’on est un·e loseu·r·se, qu’on a des traumas pas réglés, qu’on est mal dans sa peau ou encore qu’on est un·e fanatique religieux·se. “Ca reste un sujet assez tabou”, explique la sexologue Valérie Doyen. “Les gens ne se confient pas beaucoup sur ce sujet-là.” Certaines personnes vivent leur virginité dans la douleur. “Dans notre société, faire l’amour est tellement considéré comme essentiel que si on ne l’a jamais fait, on a souvent l’impression de ne pas être normal·e”, ajoute-t-elle. Il y a très peu de statistiques sur le sujet, mais si l’on en croit une enquête réalisée par Cosmopolitan en 2013, 16% des femmes de 24 ans n’auraient jamais eu de rapport sexuel. Vu leur nombre, on se doute bien qu’elles ne sont pas ces femmes indésirables ou déséquilibrées que certain·e·s imaginent.

 

Des chemins différents

Chaque histoire est différente”, explique la psychanalyste Laura Gélin. Les femmes qu’elle a accompagnées sur ce sujet ont souffert aussi bien de blocages suite à des abus sexuels dans l’enfance ou l’adolescence que de loyautés familiales très fortes, avec des raisons culturelles et religieuses, ou de complexes d’Oedipe. La sexologue Valérie Doyen est frappée par le nombre de personnes qui ont peur de la première fois, une phobie qui les paralyse. “Elles ont peur de l’inconnu, de pas être à la hauteur, de ne pas savoir quoi faire et d’avoir mal, évidemment.” Cette peur s’accentue avec le temps. “Plus on attend, plus on se projette et plus on a peur que ça ne se passe pas bien”, continue la sexologue. Quant à la peur de la douleur dans les rapports hétérosexuels, elle est peu justifiée, explique Valérie Doyen. “Ce qui fait mal, ce n’est pas tant le fait de percer l’hymen que la peur. Quand on a peur, on contracte son périnée, ce qui amène à avoir mal lors de la pénétration.” Pour de nombreuses femmes qui n’ont pas eu de rapports sexuels, point de phobie ou de traumas, simplement une question de priorités et de rencontres. Valérie Doyen note que beaucoup de ces patient·e·s préféraient faire la fête, voir leurs ami·e·s ou faire du sport plutôt que rencontrer quelqu’un·e. C’est seulement à 25-26 ans, lorsque leurs ami·e·s sont massivement en couple, qu’elles et ils se disent: je vais peut-être m’y mettre.

 

Un concours de circonstances

Pour Claire, c’était une question d’occasion. “Je n’ai jamais été amoureuse donc je n’ai jamais été en couple, explique-t-elle. Je n’ai pas cherché à être célibataire, ce n’est pas un choix, ça c’est juste passé comme ça.” Elle estime avoir été assez peu draguée. Elle n’est pas la seule à penser ainsi. “Il y a des femmes très jolies, qui sortent et ont une vie sociale, qui vont dire qu’elles ne se font pas draguer et qui parfois en souffrent, explique Laura Gélin. Elles renvoient parfois inconsciemment un message, érigent une barrière invisible qui fait que l’autre ne vient pas vers elles.” Claire reconnaît que certains garçons ont voulu sortir avec elle, mais qu’elle n’était pas attirée par eux et n’a donc pas donné suite. Elle a essayé, pourtant. À 23 ans, elle a embrassé un garçon, pour savoir ce que cela faisait. “On a dansé, je l’ai embrassé, et voilà. Ca n’a pas changé ma vie”, se souvient-elle. A un moment, elle s’est mise sur des applis de rencontre. “Souvent les hommes m’ont embrassée mais je ne ressentais absolument rien. Ce n’était pas désagréable mais ça n’avait pas grand intérêt, c’était comme embrasser des potes.” Pour elle, hors de question de se forcer. “Mes parents m’ont éduquée dans l’idée que le sexe c’était beau, que c’était du plaisir, que si j’en avais envie tant mieux, mais qu’il ne fallait pas forcer.

Quand j’ai réalisé que j’étais asexuelle, ma virginité ne m’a soudainement plus posé de problème.

Chloé, elle, a déjà été attirée par des personnes. “J’étais plus jeune et, par timidité, je n’ai pas osé les approcher.” Depuis, elle a eu quelques relations de plusieurs mois avec des personnes avec qui elle n’était pas vraiment à l’aise. “Ça correspondait à ce que je recherchais à cette époque. Je n’étais pas sûre de moi, j’étais avec eux par défaut, parce qu’ils étaient intéressés par moi.” Depuis deux ans et demi, cette trentenaire vit bien sa virginité. “À partir du moment où ce n’est pas mal vécu, il n’y a pas de problème, estime Laura Gélin. Chacune a le droit d’avoir la sexualité qu’elle veut.

 

Le cas de l’asexualité

Claire et Chloé espèrent un jour avoir une relation épanouie et sexuelle même si elles ne cherchent pas activement. Alice, elle, s’en fiche. En couple depuis 10 ans, elle n’a jamais eu de rapports sexuels: elle se définit comme asexuelle, c’est-à-dire qu’elle ne ressent d’attirance sexuelle pour personne. “Quand j’ai réalisé que j’étais asexuelle, ma virginité ne m’a soudainement plus posé de problème, explique-t-elle. Ce problème ne s’appliquait plus à moi.” Alice et son copain sont polyamoureux, ce qui signifie qu’il peut avoir des rapports sexuels avec des personnes autres en dehors de leur couple. Et pour eux, cela fonctionne. Pour autant, elle n’en parle pas plus autour d’elle que Claire ou Chloé. Claire aimerait que l’on respecte autant le choix de vivre une vie sexuelle intense que celui de vivre sans désir sexuel. “Dans les deux cas, ce ne sont pas des choix, ce sont juste une personnalité et/ou des rencontres que l’on fait. Le seul choix que j’ai fait, c’est de m’écouter.

Aline Mayard 


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Photo extraite de la série “Jane the Virgin”, DR - Cheek Magazine
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