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Ils ont monté un festival de film nomade pendant leur tour du monde

Marie-Soleil Foisy et Christopher Naud ont quitté leur Québec natal en van pour faire un tour du monde au cours duquel ils projettent des films documentaires via leur festival Where is the horse. 
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Marie-Soleil Foisy est cinéaste, artiste, décroissante, organisatrice de festivals et future jeune maman actuellement en plein tour du monde. Elle n’a que 28 ans mais elle a déjà travaillé dans un kebab en Turquie, écrit le nom de touristes sur des grains de riz pour ensuite les vendre et gagner sa vie, travaillé dans un centre de plongée en Égypte, été l’assistante de la première femme d’Amérique du Nord à avoir traversé l’Atlantique à la rame, réalisé un film sur un Amérindien vivant sur une île pendant deux mois sans électricité.

Elle est québécoise, ne manque pas d’idées, a une personnalité pétillante et débordante d’énergie. Elle est du genre à sourire tout le temps et aller voir quelqu’un dans la rue pour lui dire “vous êtes beau!”. Impossible n’est pas dans son vocabulaire et l’esprit nomade est inscrit dans son ADN.

La ville ne me rend pas heureuse.

Au mois de mai, elle est partie faire le tour du monde avec Christopher Naud, son “chum”, en réalisant des documentaires pour “ouvrir les écoutilles des fermés d’esprits” et pour inspirer un peu plus ceux qui voyagent déjà. La cinéaste organise le festival de films documentaires Where is the Horse à chaque escale, en projetant des films: 80% locaux et 20% internationaux. Pourquoi ce nom de festival? “À Montréal, les gens se déplaçaient à cheval, puis quand le tramway est arrivé, les gens ont regardé la machine avancer en disant ‘where is the horse?’”, explique Marie-Soleil Foisy, pour qui cette phrase représente le passage brutal à l’ère de l’industrialisation et invite les gens à un retour aux sources, à l’essentiel. Dans un monde hyperconnecté qui surconsomme l’énergie, where is the horse? 

Partis depuis Montréal avec un van à travers l’Amérique, ils continueront ensuite en bateau sur le Pacifique, puis à cheval en Asie, et enfin à pied en Afrique, pour symboliser une décroissance et un retour à l’essentiel. C’est au cours du voyage qu’ils se sont aperçus que la jeune femme était enceinte, et ils ont décidé que leur enfant naîtrait sur la route, au printemps prochain. Entre deux escales au Mexique, on a réussi à échanger avec Marie-Soleil Foisy. Interview.

Pourquoi ce tour du monde?

Je pense que ce rêve a toujours été en moi. Jeune, je m’imaginais découvrir l’existence d’un nouveau continent, mais j’ai vite compris que c’était impossible. En tant que Nord-Américaine, j ‘avais le désir de comprendre des cultures, cérémonies ancestrales et rituels qui n’existent pas dans ma réalité, et j’ai voulu faire de cette recherche mon quotidien. Je fantasmais sur l’idée de parler des dialectes que seul un village de 40 personnes parle, de participer à des cérémonies traditionnelles aux quatre coins du monde, de ne pas avoir d’horaires, de vivre au gré des rencontres et de me laisser guider par les signes et les coïncidences. Finalement j’ai pris mon sac à dos et je suis partie.

À quoi ressemblait ta vie avant?

Avant de partir, Christopher et moi vivions dans un petit appartement à Montréal. J’hibernais, j’étais en préparation de mon projet, je développais le site Web, un réseau de contacts. La ville ne me rend pas heureuse, c’était la dépression, je ne sortais pas beaucoup, toute mon énergie allait dans la préparation du tour du monde. Pour moi, dans la ville, l’énergie est tellement basse, tout le monde est stressé, suit des horaires… Je n’ai jamais été épanouie au Québec, j’ai toujours vécu là-bas en attendant de repartir. Je trouve qu’il y a un manque de culture, de liberté, de savoir, de paysages, de couleurs. La routine n’est pas faite pour moi: le travail, le métro-boulot-dodo, je ne supporte pas. J’aime mieux partir à l’aventure et vivre des expériences au quotidien: l’humain est fait pour être nomade selon moi. J’ai envie de continuer à bouger et à apprendre, d’ailleurs j’apprends des recettes tous les jours par exemple! Ici, au Mexique, les gens disent ‘bonjour’ à tout le monde. Je me sens vivante depuis que j’ai quitté Montréal.

Tes premiers souvenirs de voyage?

J’ai commencé à voyager avec ma grand-mère un été. Elle voulait aller voir une grande tante au Nouveau-Brunswick (Ndlr: une province du Canada au-dessus de celle de Québec). La route durait environ 15 heures et j’ai goûté à l’est du pays. Ma grand-mère ne le savait pas à l’époque, mais elle m’enseignait le moment présent, la liberté, comment composer avec les imprévus et surtout comment rire des absurdités de la vie. Mon premier road trip quoi!

Quel message veux-tu faire passer avec ce tour du monde?

J’ai toujours voulu me défaire des idéaux des autres et j’aimerais inciter les gens à être capables d’être vraiment honnêtes avec qui ils sont, leur essence et de réaliser tous leurs rêves et visions. Arrêtons de prétendre que ce qui est bon pour l’un l’est pour l’autre. Défaisons-nous de nos moules préconçus et soyons authentiques à nos valeurs profondes. Osez la différence, osez être, osez goûter à la vie telle que vous la voulez vraiment. Tout en respectant la nature et les autres bien évidemment. (Sourire.)

Comment agis-tu concrètement?

Avec Christopher, on réalise des documentaires sur des gens qui ont des modes de vie alternatifs. Ces gens vivent davantage en harmonie avec la nature, ils ont un savoir ancestral, une manière de vivre qui nous interpelle. On les partage ensuite sur notre site Internet et notre chaîne YouTube. On organise aussi un festival de films nomade tout au long de notre route. On veut partager des messages positifs, retrouver la lumière qu’il y a en chacun de nous. Je sélectionne les films qui me font rire, qui sont positifs, qui me font apprendre quelque chose. Je n’ai pas la prétention de changer le monde, mais au moins je partage des histoires inspirantes.

Quelle est la philosophie derrière le festival Where is the Horse?

Where is the Horse consiste à sortir du matérialisme pour revenir à l’essentiel. Le processus de voyage est en quelque sorte une métaphore de ce retour à l’essentiel. On commence par l’Amérique, avec Ruby -notre vieux van qui consomme beaucoup d’essence et non pas d’essence-iel- pour représenter l’industrialisation et la surconsommation propres aux sociétés occidentales dites modernes. On va changer d’étape plus tôt que prévu à cause d’une grossesse inattendue (je suis tombée enceinte au Mexique) et on va continuer avec un véhicule qui utilise les forces naturelles, un voilier, pour aller jusqu’en Australie puis en Asie du Sud-Est. Là-bas, on aimerait trouver un cheval pour voyager en Inde et en Mongolie. Enfin, on finira notre périple dans le berceau de l’humanité, l’Afrique, en n’utilisant que notre véhicule premier: nos pieds.

Un message pour les lecteurs qui sont bien loin du soleil mexicain?

S’il vous plaît, si vous hésitez à partir en voyage, jetez-vous à l’eau!

Propos recueillis par Sylvain Elfassy

Cet article a été réalisé par un élève de la Street School, formation gratuite au journalisme par StreetPress.


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