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Pour Wednesday Martin, les femmes ne sont pas faites pour la monogamie

Avec Untrue, son ouvrage paru en septembre aux États-Unis, Wednesday Martin dynamite l’idée reçue selon laquelle les femmes seraient plus enclines à la monogamie que les hommes. 
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C’est un mythe communément admis: la monogamie serait “naturelle” pour les femmes. Elles auraient besoin d’un homme pour s’occuper de leur progéniture, tandis que les hommes voudraient au contraire multiplier les partenaires afin de répandre leur semence. Mais ces explications prétendument scientifiques sont fausses. C’est ce que nous révèle l’essayiste Wednesday Martin dans son dernier livre, Untrue, sorti aux États-Unis en septembre dernier. Pour en arriver à cette conclusion, Martin a interrogé trente expert·e·s en anthropologie, biologie et psychologie, qui remettent en cause le savoir historiquement établi par des hommes. Au terme de son enquête, l’autrice conclut que tout ce que nous croyons savoir sur le désir des femmes est en fait faux: celles-ci se lasseraient même plus rapidement de leur partenaire que les hommes.

 

La croyance populaire veut que les femmes soient “naturellement” monogames. Pourquoi?

Ce mythe a été l’une des plus grandes stratégies de confinement de l’ambition, du succès et du pouvoir des femmes, permettant aux hommes de garder le pouvoir. Le schéma de genre que nous avons concernant la sexualité féminine imprègne nos croyances sur les femmes. Par exemple, si nous pensons que les hommes sont “naturellement” plus aventuriers sexuellement, nous intériorisons également l’idée que les hommes sont plus ambitieux. Donc, quand nous catégorisons mal les hommes et les femmes dans leur sexualité, nous créons toute une cascade d’attentes et de déformations sociales.

Certaines femmes sont en train de mener une sorte de révolution non-monogame.

Comment décrire alors la sexualité féminine?

Les femmes utilisent des stratégies différentes en fonction de leur environnement. Ce sont des stratégistes sexuelles et sociales particulièrement flexibles. Avoir de multiples partenaires a été, en réalité, une très bonne stratégie pendant une grande partie de notre évolution. Copuler avec plusieurs mâles entraînait toute sorte de bénéfices: en augmentant le nombre de partenaires, une femelle diminuait le risque d’être avec un mâle infertile. Elle augmentait la probabilité de tomber enceinte, et il y avait également plus de chances qu’un homme pense reconnaître sa progéniture, s’occupe de la femme pendant la grossesse et de l’enfant à sa naissance. Ainsi, pendant une longue période de notre préhistoire, il est fort possible que la non-monogamie ait été la stratégie sociale et reproductive la plus efficace et intelligente. On peut défendre l’idée selon laquelle les femmes auraient encore en elles les traces de cette histoire. Nos corps n’ont pas encore totalement intégré cette idéologie de la monogamie relativement nouvelle, qui a seulement 10 000 ou 12 000 ans.

La monogamie est-elle remise en cause aujourd’hui?

Certaines femmes sont en train de mener une sorte de révolution non-monogame. J’ai discuté avec des expert·e·s du couple qui ont prouvé que la plupart du temps, ce sont les femmes qui plaident pour ouvrir la relation. Ce sont aussi des femmes qui sont à la tête du mouvement polyamoureux, ce sont des femmes qui veulent introduire plus de variété dans leurs relations sexuelles. Mais je ne pense pas que la monogamie disparaisse. C’est d’ailleurs un arrangement qui correspond très bien à certaines personnes, même si c’est très rare que ce soit satisfaisant pour toute une vie. Je ne voudrais pas qu’on pense que je suis contre la monogamie.

Quelles sont les conséquences pour les femmes qui refusent la monogamie?

Ça dépend. Il faut garder à l’esprit que certaines femmes ont le privilège de refuser la monogamie parce qu’elles sont soutenues ou qu’elles ont les moyens. Mais pour les femmes qui n’ont pas ces privilèges, refuser la monogamie peut avoir des conséquences mortelles: le psychologue David Ley estime que l’infidélité féminine, réelle ou simplement soupçonnée, est la première cause de violences domestiques aux États-Unis. Le contexte est donc déterminant. D’ailleurs, le degré de tolérance à l’infidélité féminine est l’un des meilleurs instruments de mesure de l’égalité femmes-hommes.

La monogamie est présumée comme étant ce qu’il faut faire pour être heureuse.

Pourquoi voulais-tu écrire un livre sur l’infidélité féminine?

Mes amies et moi, on pensait que quelque chose ne tournait pas rond chez nous, parce qu’on avait du mal avec la monogamie. Mais plus je lisais d’articles de sexologie, de primatologie, d’anthropologie, plus je me rendais compte que les femmes pour qui la monogamie est un combat sont des femmes normales. Avec mon livre, je voulais utiliser les sciences naturelles et humaines pour donner aux femmes des informations leur permettant de se sentir plus à l’aise avec ça.

Qu’est-ce que ça a changé pour toi?

Le fait de pouvoir évoquer la non-monogamie était révolutionnaire pour moi! Tellement de femmes se mettent en couple sans en discuter… La monogamie est présumée comme étant ce qu’il faut faire pour être heureuse.

Quelles réactions ton livre provoque-t-il?

J’ai reçu des centaines de messages privés sur les réseaux sociaux, en majorité de la part de femmes, pour me remercier, qui me disaient “je me suis sentie comprise” ou “je me sens moins seule”.

Propos recueillis par Adèle Cailleteau et Eléonore Hughes 


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