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Avec “Womanhood”, Florie Bavard interroge la place des femmes en Égypte

En gestation depuis 2011, Womanhood est un webdoc qui donne la parole à quinze Égyptiennes en plein questionnement sur le fait d’être une femme.
Avec “Womanhood”, Florie Bavard interroge la place des femmes en Égypte

Cinq ans après la révolution égyptienne, la vision du Moyen-Orient est-elle toujours stéréotypée? Dans son webdoc Womanhood, an egyptian kaleidoscope, Florie Bavard réunit 15 femmes autours d’une thématique commune: qu’est-ce qu’être une femme en Égypte aujourd’hui? L’idée du film germe alors que la jeune femme est encore étudiante en anthropologie et qu’elle fait des recherches sur les écritures autobiographiques féminines. Elle élargit ensuite son champ de recherche à l’écriture autobiographique sur le genre en Égypte.

Petit à petit, elle tisse des liens avec les personnes qu’elle interviewe, comme l’auteure Marwa Rakha, une des premières à se lancer dans l’aventure à ses côtés. Marwa Rakha lui présente une autre femme, qui elle même lui en présente une autre, et ainsi de suite: le projet bénéficie d’un effet boule de neige. Toutes ensemble, elles créent un abécédaire constitué de 75 mots-clés et témoignent face caméra de ce qu’ils leur évoquent. L’activisme, la féminité, le corps, le désir, la génération, Internet… autant de thèmes qui permettent de croiser l’expérience et les perspectives de chacune de ces femmes aux univers éloignés. Elles sont auteures, actrices, blogueuses, réalisatrices, humanitaires, musiciennes, photographes, psychiatres, chercheuses, étudiantes, enseignantes ou scénaristes. Elles ont entre 20 et 85 ans et résident toutes au Caire. Dans Womanhood, elles racontent leur propre interprétation du monde. Le webdoc, actuellement en pleine campagne de crowdfunding, tente de mettre en lumière la diversité des points de vue de ces femmes et leur pensé individuelle. Interview.

Quel serait le mot-clé le plus parlant pour résumer ce webdoc?

Le mot “attente” car ce mot est au carrefour de notre vision du monde. Il fait partie des mots larges qui permettent pourtant à chaque femme de lui attribuer le sens qu’elle a envie de lui donner et donc de souligner la polysémie des mots et la pluralité des sens. C’est un mot qui leur sert d’appui pour expliquer où se situe leur volonté de changement, tout en questionnant leurs perspectives.

Dans le teaser, on retrouve le mot “féminité” mais pas “féminisme”, pourquoi?

Ce projet est destiné à des gens engagés autours de la thématique du genre et le mot « féminisme » se trouve dans les 75 mots-clés. Il n’est pas dans le teaser parce qu’il est un peu problématique. Certains ne s’identifient pas à ce mot et certaines des femmes ne veulent pas être associées au militantisme. La féminité par contre est forcément rattachée aux femmes. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment elles remettent en question les stéréotypes qui lui sont associés. Toutes reconsidèrent leur féminité en fonction de la façon qu’elles ont de la vivre ou non.

Pourtant cette démarche est quand même à caractère féministe?

Les femmes du webdoc se posent beaucoup de questions autours de ce mot: “Que veut dire le mot féminisme?”, “qui décide de qui a le droit d’être labellisée ‘féministe’?”, “le mot arabe est-il équivalent au mot anglais?”, “pourquoi l’Occident s’intéresse tant aux ‘féministes’ depuis le printemps arabe?” La complexité, la subtilité et la portée de ces questions poussent certaines d’entre elles à prendre leurs précautions dans l’utilisation de ce terme. Tandis que d’autres l’emploient et disent l’incarner comme une évidence.

Pourquoi ne pas avoir intégré le regard des hommes sur la place des femmes?

Ça a été une vraie question car beaucoup se sentent concernés par la thématique du genre. Mais dans le contexte actuel, les hommes ont beaucoup plus de visibilité que les femmes, et nous avions cette envie d’offrir un espace de parole pour les femmes où elles ne sont pas obligés de sourire ou de dire des choses mignonnes pour être entendues, où elle peuvent livrer des paroles brutes et non édulcorées. La priorité était pour l’instant d’écouter ce que les femmes avaient à dire, mais si le projet devait prendre une plus grande ampleur, il serait très intéressant de le compléter par un regard masculin.

Propos recueillis par Clémence Drouet


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