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“XGirl contre Supermacho”: le porno vu par une femme vs le porno vu par un homme

Montrer les différences fondamentales entre un porno tourné par une femme et un porno tourné par un homme, c’est l’objectif de l’expérience inédite lancée par Canal+, intitulée XGirl contre Supermacho et diffusée demain soir en double écran sur la chaîne. 
Capture d'écran du film d'Ovidie
Capture d'écran du film d'Ovidie

Capture d'écran du film d'Ovidie


Si vous n’étiez pas déjà convaincu-e qu’un porno réalisé par un homme n’avait rien à voir avec un porno réalisé par une femme, vous n’aurez plus aucun doute après avoir vu XGirl contre Supermacho. Diffusés demain soir sur Canal+, ces deux films de 30 minutes sont à regarder simultanément en double écran. Ce sont les mêmes acteurs –Stoya y joue le rôle principal-, le même scénario, les mêmes plans mais pas les mêmes réalisateurs. D’un côté, Ovidie est aux commandes et de l’autre, Dist de Kaerth.

J’étais frustrée qu’on me dise que le porno féminin, c’était la même chose que le porno masculin, explique l’auteure, blogueuse et réalisatrice -déjà une vingtaine de pornos à son actif- Ovidie, 35 ans. Je voulais montrer plan par plan que ça n’a rien à voir.” Quand Canal+ lui parle du projet, elle décide de relever ce “challenge assez intéressant”. Outre les contraintes liées aux détails qui doivent être parfaitement concordants entre les deux films, une autre obligation s’impose: “On a dû faire un film muet, il ne pouvait pas y avoir de dialogue sinon, ça aurait créé une cacophonie insupportable”, précise Ovidie. Pour réaliser cet exercice de style, la trentenaire a choisi un réalisateur qu’elle connaissait déjà, Dist de Kaerth. “Il nous fallait quelqu’un qui ait déjà réalisé des pornos et que le projet amusait, il ne fallait pas qu’il y ait trop d’ego de ce côté-là”, relève-t-elle. 

Ovidie a tourné la première -“notamment pour les histoires de poils et aussi pour mettre à l’aise Stoya”- et le second tournage a eu lieu dans la foulée. Au bout du compte, les différences sont flagrantes. “Il n’y a pas eu de grande surprise de mon côté”, assure Ovidie qui s’attendait à ce résultat-là. On a demandé à Ovidie de se prêter au jeu des 6 différences relevées par Cheek et de les commenter. 

 

1. L’attitude: sensualité subtile vs évocation sexuelle grossière

“Dans la première scène des deux films, il y a le même cadre, c’est le même balcon et la même fille mais d’un côté, il y a un individu (Ndlr: Stoya qui fume une cigarette) et de l’autre, une caricature d’objet sexuel (Ndlr: Stoya, langoureuse, avec une sucette dans la bouche). Elle n’a pas du tout la même attitude. Avec la sucette, on est plongé dans un monde surréaliste dans lequel les femmes sont chauffées à bloc et ne sont pas capables de manger une sucette sans mimer un semblant de fellation. Dans le monde du porn, tout est improbable en général. Avec la cigarette, l’attitude de Stoya est beaucoup plus réaliste. C’est exactement la même chose avec la scène de la douche: je suis toujours fascinée par la façon dont les nanas se caressent de façon extatique quand elles prennent une douche dans les pornos alors qu’en fait, elles se savonnent juste…”

“XGirl contre Supermacho”: le porno vu par une femme vs le porno vu par un homme

Stoya dans le film de Dist de Kaerth

 

2. L’apparence: naturel vs maquillage outrancier

“Dans le monde du porn, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas bon goût. Il y a des nanas qui peuvent être vachement jolies, charmantes et attachantes mais elles ont tellement de make up que ça fait tout voler en éclats! Dans mon film, j’ai voulu Stoya comme elle est dans la vie, comme la fois où je l’ai vue à New York pour lui présenter le projet, naturelle, sans artifices.”

XGirl contre Supermacho

Stoya dans le film d’Ovidie

 

3. Les vêtements: romantique vs dominatrice

“Quand je l’ai vue à New York descendre de l’avion, elle portait un pull, un jean et des ballerines et je me suis dit que c’était cette femme-là que je voulais dans mon film, pas une caricature d’actrice américaine bimbo. Je lui ai demandé d’être elle-même car je la trouvais très belle au naturel. J’avais envie de montrer une nana qui aurait pu être n’importe laquelle d’entre nous. Stoya a très vite compris l’enjeu du projet et elle a pris avec elle ses vêtements de tous les jours et ses vêtements de travail car, pour le film de Dist de Kaerth, je lui ai demandé d’être celle qu’on lui demande d’être quand elle tourne des films aux États-Unis.”

“XGirl contre Supermacho”: le porno vu par une femme vs le porno vu par un homme

Stoya dans le film de Dist de Kaerth

 

4. Les poils: avec vs sans 

“Dans mon film, je trouvais ça bien de voir cette belle femme avec ses poils. Quelques semaines avant le tournage, j’ai appelé Stoya pour lui demander de ne pas raser ses poils pubiens. Ça me gonfle quand tout est retiré. On était en mai et elle m’a répondu qu’elle n’avait rien rasé depuis février, c’était parfait du coup! Et quand elle est arrivée -c’était la surprise du chef-, elle avait laissé ses poils des aisselles aussi. Je me suis dit que c’était cool de les garder dans le film.”

 

5. Les scènes de sexe: réalité vs acrobaties improbables

“Dans la scène de sexe à trois du film, je me suis imaginée à la place de Stoya (Ndlr: elle se rend chez l’amie d’un mec qu’elle a rencontré peu de temps avant), j’ai des petits seins, je suis nature et je me retrouve face à une femme fatale hyper sophistiquée avec des gros seins, il y a quand même peu de chances que je me dise que je vais y aller et faire un plan à trois. Non, je vais me réfugier dans la piaule en attendant qu’ils terminent car je ne trouve pas ma place. Dans le monde du porn, c’est toujours ‘allons-y, youpi!’ Ensuite, dans mon film, les positions sexuelles sont réalistes. Je n’ai jamais compris l’intérêt des positions acrobatiques, surtout que ce ne sont pas celles qui apportent le plus de plaisir. D’ailleurs, les acteurs et actrices pornos ne font pas ça quand ils rentrent chez eux. Il fallait que les scènes de sexe soient crédibles. J’ai voulu me concentrer sur le visage de Stoya, sur son expression quand elle commence à décoller, c’est plus touchant et plus excitant que de la représenter la tête en bas, les deux jambes écartées.”

“XGirl contre Supermacho”: le porno vu par une femme vs le porno vu par un homme

Stoya dans le film de Dist de Kaerth

 

6. Les sentiments: déception vs nonchalance

“Dans ma version, Stoya perd ses illusions du début dès qu’elle comprend que le mec voit une autre nana. Même si c’est la première ou la deuxième fois qu’elle le voit et couche avec lui, il y a toujours ce moment où pendant quelques minutes, on se projette dans le futur avec lui en se disant ‘est-ce que je me verrais bien en couple avec lui?’. Il y a donc de la déception quand elle s’aperçoit qu’il ne la considère pas, qu’il ne la respecte pas plus que ça.”

Propos recueillis par Julia Tissier 


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Capture d'écran du film d'Ovidie - Cheek Magazine
Capture d'écran du film d'Ovidie

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Capture d'écran du film d'Ovidie - Cheek Magazine
Capture d'écran du film d'Ovidie

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Capture d'écran du film d'Ovidie - Cheek Magazine
Capture d'écran du film d'Ovidie

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Elles sont médecins, ingénieures, réalisatrices ou militantes. Pour la première fois cette année, la Région Île-de-France a voulu célébrer ces Franciliennes qui s’engagent et font bouger les lignes. Les trophées ellesdeFrance les ont récompensées pour leur courage, ou pour leurs actions menées dans le domaine de l’innovation, de la création, de la solidarité. Nous avons rencontré ces femmes extraordinaires: cette semaine, on vous présente Awa Ba, prix de la solidarité, autrice du livre Polygamie la douleur des femmes et fondatrice de l’association En Finir Avec la Polygamie.
Capture d'écran du film d'Ovidie - Cheek Magazine
Capture d'écran du film d'Ovidie