société

Sexualité

Sur leur site, ils racontent les histoires X de la génération Y

Ces deux entrepreneurs de la sextech ont lancé XYStories, un site qui pose toutes les questions sur le cul, et qui y répond, dans le but de décomplexer la parole sur le sujet. 
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR

Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR


À l’origine du site XY Stories, il y a un jeune homme, Melchior Stettin, 28 ans, qui est tombé sur un recueil de témoignages sur la sexualité, qui a complètement changé son rapport aux femmes. Après avoir passé cinq ans dans le Périgord pour monter une ferme, il revient à Paris se former au marketing digital avec le projet de monter une start-up. Son envie de jouer à son tour un rôle dans la libération de la parole sur un sujet encore tabou se précise et c’est là qu’il rencontre  Cléa Gelpe, 25 ans, fraîchement diplômée de l’ESSEC et Sciences Po, qui rêve aussi de se lancer dans l’entrepreneuriat. “Ce fut un coup de foudre professionnel”, se remémore la jeune femme. Ils contactent alors Jacques Waynberg, sexologue français reconnu, et lui parlent de leur idée de monter un site qui poserait toutes les questions qui fâchent sur la sexualité via des sondages, et qui y répondrait, et ce dernier accepte de devenir leur parrain. “L’ange gardien du projet en quelque sorte”, résument-ils.

Les jeunes ont évidemment besoin de conseils et de retours d’expérience de la part de leurs pairs ainsi que de la part de spécialistes.”

Le nom XY Stories a une genèse simple: “On a commencé en publiant des histoires X, du coup on a naturellement pensé à Xstory. Mais comme le X est vraiment trop assimilé au porno, c’était clairement impossible, étant donné que l’on veut s’en distinguer. Puis on a pensé à notre cible: la génération Y. Et on est donc rapidement arrivés au nom XYstories, les histoires X de la génération Y”. Car l’objectif est de s’adresser à leur génération, qu’on croit, à tort, surinformée sur le sujet. “On veut parler aux filles comme aux garçons, bi, gay, lesbiennes, hétéros, pansexuel·les, transexuel·les, à toutes les orientations sexuelles. Le sexe, c’est encore super tabou, même en 2017 (qui parle de cul avec ses parents?), et les jeunes ont évidemment besoin de conseils et de retours d’expérience de la part de leurs pairs ainsi que de la part de spécialistes. Le porno et les forums, on n’est pas contre évidemment, mais ils font la part belle aux clichés, ce qui peut bloquer les gens ou leur faire perdre confiance. De la même manière, si je m’inspirais du dernier film hollywoodien pour construire ma vie, j’aurais certainement quelques petits soucis”, plaisante Cléa Gelpe. Elle nous raconte le projet en 4 questions. 

Comment est né votre site XYStories? 

Un jour, en 2012, Melchior est tombé sur un recueil de témoignages de femmes qui parlaient de manière honnête, sincère et sans tabou d’orgasme, de fantasmes, du point G, du prince charmant. Cette lecture a changé sa vision de la sexualité: il est devenu plus proactif, il aimait plus les femmes, il avait envie de tester plus de choses. L’idée lui est donc naturellement venue plus tard de partager des témoignages qui décomplexent les gens. Mais surtout, on constate que la sexualité des français est loin d’être parfaite et est malheureusement source de beaucoup de frustrations, et ce pour plusieurs raisons: nos cours d’éducation sexuelle au collège ne parlent que de procréation (attention danger) et de contraception (attention danger), nos premières fois sont toutes catastrophiques -à de rares exceptions près-, bien trop de clichés subsistent à propos de la sexualité des un·e·s et des autres, on est tous tombé·e·s sur des articles de merde sur la sexualité ou sur des forums où il est impossible de discerner le vrai du faux, d’après l’IFOP en 2014 plus de 25% des femmes n’ont pas eu d’orgasme depuis un an et le nombre d’hommes qui ont des problèmes érectiles est également énorme. Autant de raisons de nous lancer sur le sujet. Le SexTechLab, premier hackaton du sexe organisé en mai 2017 à École 42 a été un tremplin. Melchior est arrivé avec son projet: il avait déjà fait plein de sondages en ligne sur la sexualité, avait pas mal de contenu et plusieurs contacts. Il lui manquait juste une équipe. C’est là que tout a vraiment commencé car on y a également rencontré un développeur qui a fait le site gratos parce qu’il a adoré le projet. Mais maintenant, il n’a plus le temps de s’en occuper. Du coup on en cherche un·e pour info!

“Dans la sexualité il n’y a pas de norme, et encore moins d’anormalité.”

Quels sont les retours pour l’instant?

À chaque sondage qu’on poste (un par semaine environ, les derniers portaient sur le cunnilingus, la masturbation féminine, les règles et la fellation), on a eu jusqu’à 2 000 réponses, mais aussi plein de remerciements du type “C’est le meilleur QCM que j’ai fait de ma vie”, “Très sympa comme sondage”, “Super initiative”, “Merci de nous permettre de nous ouvrir sur la sexualité, c’est beaucoup trop rare”. Les répondant·es nous racontent leurs expériences et jusqu’à 40% d’entre eux nous laissent même leur adresse email. On voit bien qu’il y a une grande envie de partager et une envie de lire de la part des internautes.

Parler de sexualité est-il un acte féministe?

Évidemment! Mais ce qui est vraiment chouette avec notre projet, c’est justement qu’il paraît apolitique. Et pourtant parler de sexualité, briser les clichés et les tabous c’est clairement politique. On a l’intime conviction que si on “améliore” et qu’on libère la sexualité, les rapports hommes-femmes, mais également hétéro-homo, changeront par la force des choses. Mieux on est informé, plus on comprend les autres et plus on les accepte. Ce qui est très prometteur, c’est qu’on arrive à fédérer beaucoup de monde autour de nous: sexologues, sociologues, blogueurs, journalistes dont certains bossent même pour nous gratuitement, c’est super encourageant!

Comment voyez-vous la suite?

Pour l’instant, on a les témoignages et les articles, mais on veut rapidement ajouter des podcasts, des lives, des guides sur la contraception, les MST etc., des vidéos d’information, des micro-trottoirs. Dans les semaines qui arrivent, on va s’attacher à produire du contenu de qualité et à se faire connaître par les réseaux, la presse et le référencement naturel. On souhaite aussi clairement améliorer l’apparence du site car c’est une des choses qui nous fait le plus défaut. Puis, après Noël, on veut lancer des “Cafés sexo” où on invitera notre communauté à venir discuter et prendre un verre! On a envie de rencontrer les gens en vrai. Bref on a mille idées qu’on va mettre en place petit à petit pour le bonheur de tous. Dans le futur, on voudrait que les gens prennent plus de plaisir dans leur sexualité, qu’ils osent plus et découvrent des trucs, en passant outre les préjugés car dans la sexualité il n’y a pas de norme, et encore moins d’anormalité.

Propos recueillis par Myriam Levain


1. La victoire des handballeuses françaises et le sexisme de la presse

En battant la Norvège hier soir, les handballeuses françaises sont devenues championnes du monde. Une victoire relayée par la presse, parfois sur fond de sexisme.
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR - Cheek Magazine
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR

3. Le congé paternité est-il la clé de l'égalité dans le couple?

En France, le congé paternité est un droit encore snobé par trois pères sur dix qui ne dure que onze jours. Les semaines qui suivent l’arrivée d’un nouveau-né influencent pourtant de façon cruciale la place attribuée aux femmes et aux hommes dans la société, la famille et le monde professionnel.
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR - Cheek Magazine
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR

5. Un podcast qui démonte les a priori de la grossophobie

Alors que la Ville de Paris organise aujourd’hui une journée de lutte contre la grossophobie, on vous recommande ce podcast qui démonte pas mal d’idées reçues sur un sujet, qui, une fois de plus, enferme les femmes dans leur corps. 
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR - Cheek Magazine
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR

6. La self-défense féminine, un moyen de reconquérir sa place dans la rue

Victimes de harcèlement, d’agressions ou simplement en quête d’assurance dans l’espace public, ces 11 jeunes femmes ont choisi de suivre un stage de self-défense pour en finir avec le sentiment de vulnérabilité. On a passé deux week-ends avec ces apprenties guerrières.  
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR - Cheek Magazine
Melchior Stettin et Cléa Gelpe, DR