société

Interview “Sexe faible” / Yves Deloison

L'homme est-il le nouveau sexe faible?

Incapables de s’adapter aux bouleversements de la société et à la nouvelle répartition des rôles entre les sexes, les hommes seraient dépassés par la situation. C’est en tout cas l’analyse d’Yves Deloison, qui démontre dans son dernier livre que l’homme est tout, sauf le sexe fort. Interview.
Jacky au royaume des filles © Kate Barry
Jacky au royaume des filles © Kate Barry

Jacky au royaume des filles © Kate Barry


L’homme, le nouveau sexe faible. Avec un titre pareil, on s’attendait à un brûlot à la Éric Zemmour, un concentré des pires récriminations des masculinistes. Du côté de la maison d’édition, on nous assure que pas du tout, que l’auteur est tout à fait féministo-compatible. En effet, après quelques pages, nous voilà rassurées. Yves Deloison rappelle que oui, “le sexe masculin demeure la référence et les valeurs considérées comme masculines dominent encore”. Mais alors que les femmes s’adaptent et développent des stratégies nouvelles pour atteindre leurs objectifs personnels et professionnels, les hommes, eux, restent figés, ils “s’affaiblissent à adopter encore et toujours les codes masculins les plus aberrants”. Voilà l’idée de départ de cet essai atypique. On a cherché à en savoir plus en rencontrant l’auteur, qu’on a soumis à une interview “Sexe Faible”.  

Tu décris des hommes “incompétents, irresponsables, paresseux, benêts, immatures, bons à rien, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres et incapables de changer”. Ça en fait des faiblesses!

Vu comme ça, oui! (Rires.) Mais je parle des hommes tels qu’ils sont aujourd’hui, tels qu’ils fonctionnent dans notre société. Je ne pense pas qu’ils soient viscéralement comme ça.

“On parle peu des stéréotypes qui s’appliquent aux hommes et qui ont tendance à les tirer vers le bas.”

Ni les hommes ni les femmes ne sont faibles par nature. On est tous formatés d’après ce qu’on attend de notre sexe. Mais on parle peu des stéréotypes qui s’appliquent aux hommes et qui ont tendance à les tirer vers le bas, surtout dans un monde qui bouge. Tant qu’ils sont sur un piédestal, ça va, mais les choses changent. Les femmes gagnent progressivement du terrain dans tous les domaines, les hommes voient leur place se réduire sans pour autant en chercher une nouvelle, ils choisissent un peu la facilité. Il leur faut passer du modèle de gagne-pain à un autre plus varié, comme le font les femmes qui mènent de front leur carrière, leur famille, un engagement politique ou associatif. En terme d’énergie déployée, il n’y a pas photo, elles sont en avance!

Moins bon à l’école, en perte de vitesse sur le marché du travail, absent à la maison, en moins bonne santé physique et mentale, ton homme a souvent l’air dépassé par les femmes…

Je ne veux pas qu’on ait l’impression que les hommes sont dans une situation pire que celle des femmes. Ça n’est pas vrai. Statistiquement, les choses ne sont pas à l’avantage des femmes. Mais j’essaye de démontrer qu’elles sont plus à même de faire face à un monde de plus en plus complexe. Attention, pas biologiquement, mais du fait de leur expérience de vie.

Il y a également des faits concrets qui montrent que certains stéréotypes sont de moins en moins à l’avantage des hommes. Les métiers dits “masculins”, plutôt industriels, sont en perte de vitesse par rapport aux métiers “féminins”, dans les services. Il y a plus d’hommes qui meurent des suites d’un mélanome. Pas parce qu’ils sont plus touchés ou plus fragiles, mais parce qu’on ne les incite pas à prendre soin de leur santé. Les hommes représentent également l’essentiel de la population carcérale. Ce n’est pas une question de testostérone, mais plutôt qu’on nous apprend à répondre par la violence.

À force de devoir être forts, les hommes n’en seraient donc que plus faibles?

Exactement. À force de ne jamais s’épancher ni faire part de leurs failles, de ne pas assumer de se montrer en position en faiblesse, on n’aide pas les hommes à appréhender les situations difficiles, à les régler. On n’incite pas les hommes à la quiétude, à la sérénité.

“Ceux, hommes ou femmes, qui ont la fibre parentale, doivent pouvoir l’exprimer. Tous doivent pouvoir s’impliquer au sein de la famille et dans les activités domestiques.”

Les hommes auraient-ils tout à gagner à pleurer, à parler de leurs sentiments, à savoir faire la cuisine, à s’occuper des enfants?

Je suis intimement persuadé que les aspirations des individus sont multiples, qu’elles n’ont rien à voir avec leur sexe. Pourtant, les femmes s’enferment dans des choix hyper réducteurs. Les hommes également, quoi qu’ils ont un panel un peu plus important. On nous impose des conduites stéréotypées qui handicapent, enferment, ne rendent pas heureux. Ceux, hommes ou femmes, qui ont la fibre parentale, doivent pouvoir l’exprimer. Tous doivent pouvoir s’impliquer au sein de la famille et dans les activités domestiques. C’est une question de partage au sein du couple mais aussi d’envies, d’aspirations.

On entend parfois dire que si les hommes sont affaiblis, c’est la faute des femmes ou, pire, celle des féministes…

En tenant ce discours sur le déclin des hommes, on cherche à opposer les deux sexes, à favoriser un conflit, alors qu’il n’y a pas matière à cela. Loin de moi l’idée d’une guerre des sexes, il faut s’émanciper de tout ça! La responsabilité émane de tout le monde. De la société qui véhicule des stéréotypes venant nous parasiter, et des hommes qui ne prennent pas de distance par rapport à ces schémas archaïques. Il y a un peu de paresse à ne pas vouloir passer à un autre modèle parce que l’ancien nous arrange.

“Cette idée d’un homme qui n’aurait pas bougé depuis la nuit des temps, ça ne tient pas à l’épreuve des faits.”

Éric Zemmour et les masculinistes ne sont-ils pas les meilleurs (ou plutôt les pires) exemples de ce nouveau sexe faible?

Absolument. Ce sont eux qui favorisent cette situation. Leurs positions sont tellement caricaturales, réductrices, simplistes, risibles si on a un peu d’humour… Ils véhiculent une image de l’homme qui est celle d’un incapable. À les écouter, il est une espèce de rustre écervelé dont le seul rôle est de combattre un ennemi potentiel. Comme si depuis des centaines d’années, l’homme n’avait pas évolué du tout! Cette idée d’un homme qui n’aurait pas bougé depuis la nuit des temps, ça ne tient pas à l’épreuve des faits. Pour des gens comme Éric Zemmour, c’est uniquement en étant fort qu’on est un homme, qu’on s’épanouit et qu’on existe, c’est ridicule!

Que pouvez-vous faire, vous les hommes, pour vous en sortir?

Il faut prendre conscience que nous sommes incités à des comportements néfastes pour nous-mêmes mais aussi pour la société. Il faut essayer de fonctionner autrement qu’à travers des attitudes stéréotypées, réfléchir à d’autres postures, des manières d’exprimer ses ressentis et ses questionnements. Il y a aussi des combats à mener, mais ce ne sont pas ceux des masculinistes. Il faut se battre, par exemple, pour les droits des pères dans les entreprises, comme les congés paternité ou parentaux, pour avoir le droit d’aspirer à autre chose que le tout-carrière.

“Quand j’entends des femmes, comme Natacha Polony par exemple, dire que ces dernières ont besoin d’un homme protecteur, d’un prince charmant, ça me gêne beaucoup.”

Et les femmes, comment peuvent-elles vous aider?

En essayant de ne pas tomber dans les stéréotypes non plus. Quand j’entends des femmes, comme Natacha Polony par exemple, dire que ces dernières ont besoin d’un homme protecteur, d’un prince charmant, ça me gêne beaucoup. C’est peut-être leur cas, mais elles ne doivent pas en faire un modèle universel. C’est inciter les hommes à ne se comporter que d’une seule manière. En couple, il vaut mieux que les femmes ne fassent pas de la maison leur pré carré. Et il faut arrêter d’applaudir dès que leur compagnon lève le petit doigt, qu’il change une couche ou fait la cuisine parce qu’il y a des invités. C’est normal!

Propos recueillis par Raphaëlle Peltier


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Jacky au royaume des filles © Kate Barry - Cheek Magazine
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