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y comme romy

La rupture sortie de nulle part

Tous les vendredis, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
© Louison pour Cheek Magazine
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Ça faisait un moment que je ne parlais plus de Jules. Normal, tout allait bien. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais les histoires d’amour qui marchent, c’est chiant. Les gens vous disent que “tout va bien”, “rien à signaler”, “je suis sur un nuage”. Même pas une petite dispute ni une crise existentielle passagère? Seulement du love, des bon sentiments et la paix sur la Terre? Non mais allô quoi! Je crois qu’avec Jules, je filais droit vers l’autoroute du bonheur, et que, contrairement à tous ces gens, ça m’a angoissée. (J’ai conscience en disant ça que je vais devoir accélérer le rythme de mes séances de psy.)

Il ne manquait plus que le dîner chez ses parents et les vacances avec plein d’autres couples et je cochais toutes les cases de la meuf maquée.

Dans mes chroniques, j’en étais donc restée à ce week-end de rando, qui avait commencé par une soirée privée dans notre caisse. J’avais rencontré ses amis et pris mes marques dans son appart bordélique, il ne manquait plus que le dîner chez ses parents et les vacances avec plein d’autres couples et je cochais toutes les cases de la meuf maquée. Sauf que c’étaient précisément les étapes qui m’attendaient dans un futur bien trop proche, et que j’ai paniqué.

Alors que nous sommes sur le chemin du retour du Jura, Jules aborde simultanément la question du mois d’août puis celle de la présentation aux parents. Grosse erreur quand on connaît ma peur du CDI de la vie. Peut-être qu’il aurait dû attendre quelques jours que je me remette de ce premier week-end en amoureux, qui marquait déjà pour moi une étape sérieuse de notre engagement. Mais peut-être que ça n’aurait rien changé et que j’aurais flippé quand même à l’idée de me retrouver embarquée dans le fameux triptyque crédit-mairie-baby: tu t’endettes sur 30 ans pour un appart, tu te passes la bague au doigt pour être sûre que tu vas être solidaire des dettes de l’autre, et au cas où tu aurais peur de ne pas avoir assez de garanties, tu fais un enfant, comme ça tu es certaine d’être liée à vie.

Je suis bien incapable d’expliquer pourquoi je suis au bout du rouleau alors que je devrais avoir envie de danser sur du Joyce Jonathan.

Nous sommes donc sur une départementale mal éclairée, et plus Jules parle, plus je vois le film de notre vie future défiler dans ma tête. Il ne fait pas attention, mais je réponds par onomatopées à toutes ses phrases. À un moment, il remarque que je suis pâle et me demande si je veux qu’on fasse une pause après la route de montagne. Je dis que ça va, que je suis juste fatiguée et je fais mine de m’endormir. L’option lâcheté ne m’a jamais fait peur. Lorsque quatre heures plus tard, il me dépose en bas de chez moi et me remercie pour ce week-end fantastique, je commence à sentir que quelque chose cloche, car moi, j’ai juste envie d’aller me cacher dans une grotte. Mais faible comme je suis, je l’embrasse longuement avant de le quitter, ce qui m’évite de parler.

Je me couche déprimée, alors que je devrais être aux anges et rejoindre -enfin- le club des gens qui sont sur un nuage. J’ouvre les yeux au milieu de la nuit et ne me rendors qu’au petit matin. Évidemment, quand le réveil sonne une heure plus tard, j’ai envie de me pendre et je suis d’une humeur de chien en arrivant au boulot. Toute la journée, mes collègues pensent que j’ai passé un sale week-end et je ne démens pas, car je suis bien incapable d’expliquer pourquoi je suis au bout du rouleau alors que je devrais avoir envie de danser sur du Joyce Jonathan.

J’ai l’impression que si je ne m’évade pas immédiatement, le piège du couple va se refermer sur moi.

Jules m’envoie des textos, mais je ne réponds pas. Lâcheté forever. En rentrant chez moi, je ne trouve rien de mieux à faire que de réinstaller Tinder. Juste pour voir si on a remarqué mon absence, et si j’ai quelques matches. Je commence alors à réaliser que je flippe. Ou plutôt que je FLIPPE GRAVE. J’ai l’impression que si je ne m’évade pas immédiatement, le piège du couple va se refermer sur moi. Que tous ces mecs qui défilent sur mon téléphone me crient: “Sauve-toi, Romy, et viens nous rejoindre, il est encore temps!” Une petite voix me rappelle pourtant tous les plans lose que j’ai enchaînés avant de rencontrer Jules, elle sait bien, elle,  que je me fourvoie en fantasmant sur le célibat rempli de bombes atomiques sympas.

Mais le déni combiné à la peur n’ont jamais rien donné de bon et je réussis à me persuader que rester avec Jules, c’est sombrer, tandis que m’échapper, c’est revivre. Adieu dîner chez les parents et vacances en couple, hello fêtes ininterrompues et multiples toyboys. Je sens que ma décision est prise, et je n’ai même pas l’impression d’être immature ou instable en faisant ce choix. Quand Jules m’appelle après m’avoir envoyé cinq textos sans réponse, je dégaine LA phrase la pire qu’on puisse prononcer, et pourtant la seule qui nous vienne en pareille occasion: “Il faut qu’on parle”. Au bout du fil, un blanc. Je n’ai même pas besoin d’en dire plus, Jules sait que je viens de rompre.

 Romy Idol

Y comme Romy 
Romy Idol, presque 30 ans, presque un mec, presque un boulot
Robert Laffont


1. J’ai couché en anglais

Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy Idol, c’est nous en pire.
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2. L'Euro 2016 et moi

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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3. J’ai couché avec mon voisin

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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4. La sortie d'hibernation

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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5. Le bad hair day

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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6. Le mec collant

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7. Ma peur incontrôlable de l'avion

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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