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La femme enceinte relou

Tous les vendredis, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
© Louison pour Cheek Magazine
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Quand on a presque 30 ans comme moi, il y a des choses auxquelles on se résout à dire adieu -par exemple le combo grosse soirée/ journée de taf- et d’autres auxquelles on ne se résout pas à dire welcome -par exemple l’apparition des grossesses en série. Pourtant, je le savais que, quand on serait grands, on ferait des enfants. Mais je n’ai rien vu venir, et pendant que moi, j’ai toujours deux fois quinze ans, d’autres deviennent parents. Si la majorité des jeunes mères que je fréquente ont passé avec brio l’étape de la grossesse (et ont mon respect éternel car, à côté, l’épreuve du triathlon a l’air d’être du gâteau), d’autres ont mal tourné à la minute où leur test s’est avéré positif.

Les non-fumeurs qui ont envie de s’amuser préfèrent aller draguer à côté du frigo que parler vergetures dans le canap’.

La première fois que j’ai eu affaire à une femme enceinte relou, c’était aux 30 ans de Jérémie, le cousin de Sonia. Ce soir-là, je débarque à la fête vers 23 heures, une heure où le compteur cigarettes/verres a tendance à tomber en panne et un moment où je n’ai pas du tout envie qu’on m’interdise de fumer pour cause de proximité avec un embryon. Je comprends que c’est pourtant ce qui va m’arriver quand je pénètre dans un salon vide où siège Amélie, toute de Gap Maternity vêtue, entourée de ses trois copines qui s’extasient sur son ventre arrondi.

Lorsque je m’enquiers des autres invités, Jérémie m’explique, excédé, qu’il a dû créer une zone fumeurs dans la cuisine. “Je ne comprends pas pourquoi une personne dicte sa loi aux quarante autres, c’est vraiment injuste”, grogne-t-il. En effet, dans la cuisine s’entassent progressivement 80% des invités de la soirée. Parce qu’évidemment, les non-fumeurs qui ont envie de s’amuser préfèrent aller draguer à côté du frigo que parler vergetures dans le canap’.

Ce soir-là, Anna a suffisamment la forme pour nous faire un rapport détaillé de la vie de son embryon, échographies à l’appui.

Heureusement, cette dictature ne dure jamais trop longtemps, car généralement, la meuf enceinte relou tombe de sommeil très tôt. Si aux 30 ans de Jérémie, je m’en suis plutôt réjouie, j’ai été beaucoup moins contente d’être conviée à l’anniversaire de ma propre mère à 19 heures. “S’il te plaît ma chérie, ne râle pas devant ton frère, m’a-t-elle suppliée par téléphone, tu sais bien qu’Anna en est à quatre mois de grossesse et qu’elle est très fatiguée.” Eh oui, ma famille n’est pas épargnée par ce fléau, puisque la copine de mon frère s’est elle aussi transformée en femme enceinte relou.

Depuis, on dîne avec les poules quand on se voit, parce qu’Anna est “tellement crevée”. Bizarrement, je la trouve hyper pimpante à chaque rendez-vous, contrairement à notre cousine, qui a passé cinq mois sur neuf en arrêt de travail, et qui n’a emmerdé personne pendant cette période, alors que ses journées consistaient à vomir. Ce soir-là, Anna a suffisamment la forme pour nous faire un rapport détaillé de la vie de son embryon, échographies à l’appui. Pour faire plaisir à ma mère -après tout, c’est son anniversaire- je m’abstiens de tout commentaire pendant presque toute la soirée.

Je ne suis pas la seule à être soulagée de pouvoir enfin parler d’autre chose que de l’utérus de ma belle-sœur.

Lorsqu’au moment de couper le gâteau, Anna se lance dans le récit de son enquête sur l’accouchement à domicile, je décide tout de même d’agir et je glisse subtilement le nom de Jules dans la conversation. OK, ça s’appelle de la concurrence déloyale. Mais l’effet est immédiat: tout le monde me bombarde de questions et se désintéresse complètement de la vie de l’embryon. De toute façon, l’heure du couvre-feu approche. À 21h30, Anna et mon frère partent se coucher. Je peux enfin m’allumer une clope, et je réalise que je ne suis pas la seule à être soulagée de pouvoir enfin parler d’autre chose que de l’utérus de ma belle-sœur.

Là où je prends conscience que le déferlement des femmes enceintes relous ne fait que commencer, c’est quand le lendemain, à la cantine, Margaux du marketing nous annonce, à ma collègue Karine et moi, qu’elle en est à trois mois de grossesse.

Je brûle de lui répondre un truc antipathique pour couper court à cette énième conversation chiante qui se profile, mais ma culpabilité de fille n’ayant pas enfanté m’en empêche.

Je comprends pourquoi elle n’a sur son plateau qu’un morceau de blanc de poulet et une tablette de chocolat. “Entre les crudités qui sont sûrement mal lavées, la viande qui n’est pas cuite comme il faut et le fromage qui n’est pas pasteurisé, je ne peux plus rien manger ici, peste-t-elle en se caressant le ventre pendant dix minutes. Heureusement qu’il y a les hormones pour compenser… Vous ne trouvez pas que j’ai l’air vachement plus épanouie depuis que je suis enceinte?” Je brûle de lui répondre un truc antipathique pour couper court à cette énième conversation chiante qui se profile, mais ma culpabilité de fille n’ayant pas enfanté m’en empêche.

Karine n’a pas ce problème puisqu’elle est l’heureuse mère d’une petite de deux ans, qu’elle a fumé jusqu’au jour de son accouchement, et qu’elle s’est promis de ne plus jamais avoir d’enfant tellement elle a détesté sa grossesse. “Tu verras, ce sera beaucoup moins sympa quand tu auras des hémorroïdes et que tu ne baiseras plus”, lui répond-elle en attaquant son pavé de saumon. Impressionnée par cette repartie qui nous permet de changer de sujet, je jubile intérieurement et envisage de payer le champagne à Karine. Jusqu’au moment où je percute que, lorsque ma belle-sœur atteindra cette fameuse étape, j’aurai droit à tous les détails.

Romy Idol

Y comme Romy 
Romy Idol, presque 30 ans, presque un mec, presque un boulot
Robert Laffont


1. J’ai couché en anglais

Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy Idol, c’est nous en pire.
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3. J’ai couché avec mon voisin

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4. La sortie d'hibernation

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5. Le bad hair day

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6. Le mec collant

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7. Ma peur incontrôlable de l'avion

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