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Les Stan Smith

Tous les vendredis, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
© Louison pour Cheek Magazine
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Ça ne vous a pas échappé, et à moi non plus: les Stan Smith sont partout. Dans tous les magazines, sur toutes les photos Instagram et à tous les coins de rue. Dans certains quartiers parisiens, le taux de port de Stan Smith est tellement élevé que des ennemis de la basket mythique se sont rebellés contre cette dictature et ont décrété qu’il y avait une catégorie de personnes à part entière: la connasse en Stan Smith. Ok, c’est un peu violent comme affirmation, mais au fond, ce que j’ai le plus de mal à comprendre, c’est comment cette chaussure sans histoire, pour ne pas dire chiante, a pu devenir le symbole de la coolitude.

J’avais envie de me pendre quand mon paternel venait me chercher à un anniversaire avec son micro-short de tennis et ses Stan Smith.

Quand j’étais gamine, si on m’avait dit que les Stan Smith deviendraient un jour cool, je ne l’aurais jamais cru. JA-MAIS. Car des Stan Smith, je n’ai pas attendu 2015 pour en croiser tous les jours: ayant grandi dans les années 80 avec un père fan de tennis, j’ai eu la chance d’en voir traîner à la maison pendant toute mon enfance. Sauf qu’à l’époque, les mecs en Stan Smith avaient généralement cette dégaine-là. Autant dire qu’il n’y avait pas plus ringard, et que j’avais envie de me pendre quand mon paternel venait me chercher à un anniversaire avec son micro-short de tennis et ses Stan Smith. Pour moi, cette chaussure faisait partie d’une ère révolue, où les gens roulaient en deux chevaux et portaient des chemises à fleurs, tandis que nous, la relève, nous rêvions devant des Pump ou des Air Max.

Zéro accessoire, zéro couleur, zéro confort: la Stan Smith était la chaussure de daron par excellence et j’aurais préféré porter des robes à smocks toute ma vie plutôt que d’avoir à en enfiler une paire un jour. Surtout qu’avant 8 ans, j’étais sûre d’hériter du modèle à scratchs, autant dire la pire insulte à ma quête d’indépendance vers l’âge adulte.

Dans le clip de Je danse le Mia et dans La Haine, les mecs portaient des Stan Smith, et même s’ils me faisaient tous un peu peur, je découvrais qu’on pouvait avoir ça aux pieds et être cool.

Puis, les années 90, IAM et Vincent Cassel sont arrivés. Dans le clip de Je danse le Mia et dans La Haine, les mecs portaient des Stan Smith, et même s’ils me faisaient tous un peu peur, je découvrais qu’on pouvait avoir ça aux pieds et être cool. Moi qui n’avais jamais eu de curiosité particulière pour le hip-hop, j’ai réalisé avec stupeur qu’une frange de la population fan de Run DMC n’avait jamais laissé tomber la Stan Smith. Pour autant, je ne me suis pas plus habituée à la version nineties qu’à celle des eighties. Le modèle black et le baggy XXL qui l’accompagnait, les lacets qu’il ne fallait surtout pas nouer, ou pire, la version fille avec la languette rose: il n’y avait toujours rien à sauver dans la Stan Smith et j’avais d’ailleurs rejoint le clan Converse All Star/Dr Martens.

Ce n’est que lorsque je suis sortie de l’âge ingrat que j’ai commencé à percevoir la dimension mythique de cette chaussure, désormais plus portée par grand monde. Au début des années 2000, on voulait du clinquant et de la basket bling, certainement pas des tennis de mormons en promo chez Decathlon. Même mon père avait laissé tomber ce souvenir de jeunesse, histoire de préserver ses genoux. Car il faut bien le dire: faire du sport en Stan Smith est du pur suicide, je n’ai jamais compris comment des tennismen de haut niveau avaient pu gagner des compétitions avec ça.

Comme le K-Way ou les bottes en caoutchouc, que je pensais avoir relégués à tout jamais dans un recoin de mon enfance, les Stan Smith sont devenues notre madeleine de Proust.

Et puis, lentement, mais sûrement, la Stan Smith a entamé sa rédemption. À l’image des stars hollywoodiennes ayant enchaîné les descentes aux enfers et les rehabs, on l’a vue réapparaître une fois, puis deux, puis dix. Aux pieds de gens plutôt normaux, voire carrément dans la place. Le genre de personnes qui te disaient il y a dix ans: “Ah ouais, j’ai acheté ça dans une boutique vintage à Berlin.” Comme le K-Way ou les bottes en caoutchouc, que je pensais avoir relégués à tout jamais dans un recoin de mon enfance, les Stan Smith sont devenues notre madeleine de Proust, à nous les Français. Car une fois nos frontières franchies, personne ne comprenait cet engouement pour la chaussure la moins fun de la terre.

Lorsqu’Adidas a dû se rendre à l’évidence et a pris la décision d’arrêter la production de ce modèle beaucoup trop oldschool, il s’agissait de pur bon sens économique. Mais il n’en fallait pas davantage pour que la France entière se rue soudain sur ces pompes dont plus personne ne voulait ailleurs sur Terre. Et voilà comment on en est arrivé à la connasse en Stan Smith, déclinable en 20 exemplaires sur les terrasses du Carreau du Temple.

Moi qui étais à deux doigts de franchir le cap pour la première fois de ma vie (j’imaginais déjà la tête de mon père, trop heureux de m’avoir convertie 20 ans plus tard), j’ai renoncé à cet achat face au déferlement de haine provoqué par les hordes de hipsters tous chaussés pareils. Du coup, j’hésite à parier vraiment sur l’avant-garde et à ressortir mes Mostro: au moins, je suis sûre de ne croiser personne avec les mêmes baskets que moi.

Romy Idol

Y comme Romy 
Romy Idol, presque 30 ans, presque un mec, presque un boulot
Robert Laffont


1. J’ai couché en anglais

Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy Idol, c’est nous en pire.
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2. L'Euro 2016 et moi

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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3. J’ai couché avec mon voisin

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4. La sortie d'hibernation

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5. Le bad hair day

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6. Le mec collant

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7. Ma peur incontrôlable de l'avion

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