y comme romy

Le moniteur d'auto-école

Tous les vendredis, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
© Louison pour Cheek Magazine
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Depuis que j’ai fêté mes 18 ans, il y a plein de moments où j’ai encore du mal à me sentir adulte. J’ai beau avoir un travail, un appart et des plans cul réguliers, je sais bien qu’une part de moi-même est encore un peu ado. Et cette part-là est particulièrement exacerbée quand je me retrouve dans une maison de vacances au milieu de nulle part sans pouvoir aller acheter une baguette toute seule. Pourquoi? Parce que je fais partie de ces boulets qui n’ont toujours pas le permis. Eh oui, mes études aux quatre coins de la France (et un peu du globe aussi) m’ont encouragée à retarder le plus possible l’échéance de la conduite. Puis j’ai commencé à travailler, et les cours de code en plein après-midi sont devenus impossibles. Je m’étais préparée à une vie entière sans voiture -après tout c’est plus écolo- jusqu’à ce que ma grand-mère, pourtant pas un modèle d’émancipation, achève de me motiver en me glissant un jour: “Mais enfin, ma chérie, l’auto, c’est l’indépendance.” Ce jour-là, j’ai pris la décision de m’y mettre. Toute ma famille s’est cotisée pour Noël, pour mon anniversaire et pour ma fête, et je me suis inscrite.

Pour mes débuts au volant, j’ai besoin d’être rassurée sur le fait que je ne vais pas aller en prison pour homicide involontaire sur la route.

C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Jean-Yves, le moniteur d’auto-école. Jean-Yves, c’est un parfait mélange entre mon prof de maths de quatrième qui me mettait toujours 8, le père de mon copain Thomas qui me terrorisait en primaire, et le patron du café d’en bas de chez moi qui ne me dit toujours pas bonjour alors que j’y passe ma vie. Vous l’aurez compris, Jean-Yves n’est pas commode. Ce qui est un peu embêtant, car pour mes débuts au volant, j’ai besoin d’être rassurée sur le fait que je ne vais pas aller en prison pour homicide involontaire sur la route, plutôt que de me faire engueuler comme une gamine quand je galère pour trouver le clignotant. Or Jean-Yves, avec sa grosse moustache et sa grosse voix, il a le don de me ramener aux pires moments d’insécurité de ma vie.

Par exemple, si avant de démarrer une leçon, il me pose des questions sur le code de la route et que je ne sais pas y répondre, je suis de retour en CP, quand ma maîtresse me faisait les gros yeux parce que j’avais oublié la moitié de ma poésie et que j’improvisais totalement devant ma classe hilare.

L’insertion sur l’autoroute est également source d’angoisse, et fait écho à des souvenirs de terminale, seule année où j’ai fait semblant de m’intéresser à mon cours d’EPS parce que ça comptait pour le bac. Quand Jean-Yves me passe un savon parce que je fais du 60 km/h sur une quatre voies, je revois mon prof de sport hurler dans le stade d’athlétisme “Qu’est-ce que tu fous Romy??? Accélère, c’est un 100 mètres, pas un semi-marathon!

Le scooter qui me passe devant et m’oblige à piler, c’est un peu mon sapin des villes: le truc que je vois se rapprocher à la vitesse grand V mais que je me décide à contourner un peu tard.

Je ne parle même pas de mon rapport aux pédales qui trahit ma profonde absence de sens du rythme. Mon incapacité à synchroniser mes gestes a déjà valu à Jean-Yves quelques grosses frayeurs qui se sont transformées en grosses colères. Notamment le jour où j’ai confondu l’accélérateur et le frein, et où j’ai manqué emboutir le camion devant moi. Heureusement que Jean-Yves a eu le réflexe d’appuyer sur son frein à lui. Le sermon que je me suis pris après m’a quand même transportée en plein cours de danse de la fac, où je finissais toujours au fond, planquée, à force de perturber les autres avec mon décalage permanent.

Nulle en danse certes, mais nulle en ski aussi. Et donc très mauvaise au volant pour anticiper distances et obstacles. Le scooter qui me passe devant et m’oblige à piler (ou plutôt qui oblige Jean-Yves à piler parce que moi, j’allais tranquillement lui rentrer dedans), c’est un peu mon sapin des villes: le truc que je vois se rapprocher à la vitesse grand V mais que je me décide à contourner un peu tard. Et mon freinage brutal (enfin celui de Jean-Yves), c’est un peu Christian Clavier dans Les Bronzés font du ski, au moment précis où il se casse la gueule sur toute la file d’attente pour le tire-fesses. Inutile de préciser qu’à chaque fois, le scooter surprise me renvoie à mes échecs successifs à la première, la deuxième et la troisième étoile.

Enfin, je crois que ma pire humiliation reste celle du créneau. Je ne sais pas pourquoi, Jean-Yves a beau me montrer et me remontrer les gestes à effectuer pour rentrer dans cette foutue place, je n’arrive pas à les reproduire. Un peu comme lors du cours de cuisine collectif que j’ai suivi pour un EVJF. La chef a eu beau m’expliquer vingt fois comment faire monter ma mayonnaise, je ne suis jamais parvenue à obtenir autre chose qu’un jaune d’œuf avec beaucoup de moutarde dedans. Sauf qu’au prix où on payait la chef, elle n’a pas osé me faire la leçon, contrairement à Jean-Yves qui, lui, conclut chacune de mes séances par un petit “eh ben, dites-donc, le permis, c’est pas gagné”. Ce à quoi j’ai toujours envie de lui répondre qu’être adulte, de façon générale, c’est pas gagné.

Romy Idol

Y comme Romy 
Romy Idol, presque 30 ans, presque un mec, presque un boulot
Robert Laffont

 

1. J’ai couché en anglais

Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy Idol, c’est nous en pire.
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2. L'Euro 2016 et moi

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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3. J’ai couché avec mon voisin

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4. La sortie d'hibernation

Un vendredi par mois, retrouvez les aventures de Romy Idol. Mecs, boulot, famille, quotidien: Romy, c’est nous en pire.
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5. Le bad hair day

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6. Le mec collant

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7. Ma peur incontrôlable de l'avion

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