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Par Myriam Levain

Journal du confinement: les kifs de confinement (il y en a quand même)

Insecure © HBO
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Évacuons d’emblée la critique qui va surgir dans les trois secondes: bien sûr qu’on ne peut rien kiffer du confinement quand on n’a plus de quoi manger, qu’on dort dans la rue, ou qu’on vit sous le même toit que son bourreau. Il n’est pas question de peindre ici un tableau du confinement déconnecté de réalités sociales sombres, qui promettent de l’être encore plus dans les mois à venir, tant la sortie de confinement s’annonce violente. Mais il est un murmure qu’on n’entend pas -et pour cause, il est inavouable-, celui des personnes qui sont en train de prendre goût au confinement, ou en tout cas à certains de ses aspects… quand ils ne vivent pas secrètement et loin des réseaux sociaux leur meilleure vie. Que celui ou celle qui n’a jamais rêvé que le lycée ferme leur jette la première pierre. Paradoxalement, les élèves ne sont peut-être pas les plus heureux·ses en ce moment. Il semblerait qu’une fois passée la joie de voir tous ses profs absents en même temps, avoir 15 ans en confinement n’ait rien de kiffant: Snapchat ne compensera jamais le fait d’être coincé·e avec ses parents sans pouvoir voir ses ami·e·s pendant deux mois -qui valent deux siècles en période de quarantaine. Grosse pensée pour les ados confiné·e·s, donc.

“Cette assignation à résidence est en train, malgré tout, de dévoiler des aspects positifs inattendus.”

Pour des tas d’autres personnes qui sont à une étape différente de leur vie, cette assignation à résidence est en train, malgré tout, de dévoiler des aspects positifs inattendus, qui compensent parfois largement l’absence de vie sociale. Ne plus faire une heure et demie de transports pour aller au travail en est un. Certes, cela vaut surtout pour les Francilien·ne·s. Mais ça fait du monde, et toutes les personnes qui ont fait le choix de quitter la capitale ces dernières années ont peut-être montré la voie aux confiné·e·s qui se demandent actuellement s’ils et elles ont vraiment envie de renoncer à l’heure de sommeil supplémentaire gagnée depuis six semaines pour repartir bientôt dans un RER avec masque et gants. Justement, le télétravail, si décrié en France est peut-être en train de sortir gagnant du confinement, pour les professions qui peuvent le pratiquer, et pour les personnes qui arrivent à le combiner avec leur vie domestique: faire des réunions en jogging, ne plus être interrompu·e sans arrêt et pouvoir terminer ses journées plus tôt (moins de transports et plus d’efficacité, le calcul est vite fait), cela a son charme, que même les patron·ne·s les plus récalcitrant·e·s sont en train de découvrir.

Passer plus de temps chez soi (ok, c’est un euphémisme), c’est aussi refaire connaissance avec ses enfants qu’on voit si peu entre l’école et le boulot. Avec sa compagne ou son compagnon également: à la sortie, il y aura sans doute des divorces, mais il y aura aussi des mariages. Les couples qui ont survécu au confinement en sortiront renforcés, c’est certain.

“Que nous restera-t-il de cette étrange slow life une fois sorti·e·s du tunnel?”

Mais venons en fait: le vrai plaisir de confinement, quand il y en a un, c’est celui de lâcher prise. Sur tout. Et de s’adonner à certains plaisirs qu’on ne s’autorisait pas, sans se soucier du jugement des autres qu’on ne croise plus ni à la machine à café, ni au cours de gym, ni nulle part. Passer un week-end à binger des séries, ne se nourrir que de chips, ne se nourrir que de légumes bio, se coucher plus tôt, se coucher plus tard, ne plus compter le temps d’écran des enfants, rester en pyjama toute la journée, mettre sa robe de soirée préférée juste pour le plaisir, passer des heures au téléphone, jouer à la PS4 toute la nuit, ne plus porter de soutien-gorge, ne plus faire de sport, faire tout le temps du sport, passer son temps à cuisiner, prendre tous ses repas au lit, éviter ses collègues insupportables, repeindre son salon, ne plus repasser (ou refiler la corvée à l’autre et mieux répartir les tâches), écouter 200 fois la même chanson d’Ariana Grande, revoir tous ses films préférés qu’on connaît par cœur, écrire le Coronasutra, ne plus se faire les ongles, se faire tout le temps les ongles, bruncher tous les jours, passer trois heures sur Tik Tok, arrêter de zoner sur Tinder, faire la sieste, regarder les plantes pousser, ne plus être dispo pour les gens qu’on a moyennement envie de voir, enchaîner les Zoom avec ceux qu’on a tout le temps envie de voir, faire du vélo dans des villes sans voitures, lire sans s’arrêter tout un week-end, boire l’apéro tous les soirs, renouer avec les jeux de société ou les dominos, ne plus se coiffer, ranger tous ses placards, se promener la nuit quand il fait doux. La liste est aussi longue que le nombre de confiné·e·s qui arrivent à trouver dans notre situation actuelle compliquée des petits plaisirs simples dont ils et elles avaient oublié l’existence. La question est: que nous restera-t-il de cette étrange slow life une fois sorti·e·s du tunnel? Il faudra bien sûr que le contexte économique et social le permette, que les conditions sanitaires ne se détériorent pas trop… mais il est permis d’espérer que nous garderons quelques bonnes habitudes de cette période littéralement hors du temps. On pronostique déjà un nombre record de changements de vie pour les mois qui viennent.


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