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Par Myriam Levain

Journal du confinement: rester féministe (ou le devenir)

Mad Men © AMC
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Voyons les choses en face, le premier effet confinement n’est pas très positif pour les femmes, et ce, quelle que soit leur situation. Le danger le plus évident est celui qui concerne les victimes d’un conjoint violent qui se retrouvent enfermées sous le toit de leur bourreau. La secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa a bien rappelé que les modalités d’hébergement de ces femmes en situation d’urgence n’avaient pas changé et qu’il fallait avoir le réflexe d’appeler le 3919 ou le 17 quoi qu’il arrive. On ne le dira jamais assez: on peut toujours partir. On pense aussi aux femmes SDF, déjà particulièrement fragiles, qui n’ont nulle part où aller se confiner et se retrouvent en première ligne de l’épidémie qui continue de galoper dans les grandes villes. Des voix commencent à s’élever pour attirer l’attention sur leur situation, et sur celles de tous les SDF qui n’ont pas la possibilité de se confiner. Par ailleurs, on sait que les femmes constituent le gros des professions précaires et de care, qui vont se retrouver au chômage ou qui continuent de travailler sans avoir leur mot à dire, étant ainsi exposées au coronavirus alors que la consigne nationale est de s’en protéger au maximum en restant à la maison.

Retour à la case foyer pour tout le monde.

D’une manière générale, le confinement met la France face à ses inégalités, et c’est particulièrement vrai à l’intérieur d’un foyer. Paradoxalement, les femmes les plus privilégiées se retrouvent désormais confrontées aux mêmes problèmes que les autres, maintenant qu’il n’y a plus ni nounou, ni maîtresse, ni grands-parents pour s’occuper de leurs enfants et de leur intérieur. Certes, elles ont de plus grands logements et parfois des résidences secondaires avec jardin, mais la répartition des tâches -quand il y a conjoint·e- occupe leur esprit autant que celui des autres. Retour à la case foyer pour tout le monde, et elles ne sont peut-être pas les mieux armées, puisque d’habitude elles n’y sont que très peu.

Toutefois, dans les couples hétérosexuels, le choc est évidemment bien plus rude pour les conjoints, qui ont dû passer en une semaine de “Je rentrerai à 21h après ma réunion et mon afterwork quand les enfants seront couchés” à “Papa, pourquoi tu ne sais pas où sont rangées les assiettes?” On aurait pu penser que leur présence obligatoire allégerait la charge mentale des femmes, mais à J5, il semble qu’il n’en n’est rien. Enfin, pour les femmes célibataires et sans enfants, la logistique domestique est moins bouleversée, mais se pose de manière aiguë celle de la solitude (et celle, plus triviale, de l’abstinence… mais il existe des solutions). Parfois, leur sacro-sainte indépendance a été mise à mal au moment de choisir où se confiner, et elles ont préféré renoncer à leur “chambre à elle” pour emménager chez leur besta ou leur plan cul. L’issue de cette période de quarantaine généralisée nous dira si elles regrettent ou non.

Le confinement est peut-être l’occasion de rebattre les cartes pour de bon.” 

Pour toutes les femmes en tout cas, ce retour au foyer forcé ressemble à un mauvais rêve quand on sait que les trois dernières générations se sont battues pour en sortir. Sauf que le confinement est peut-être, comme sur mille autres sujets, l’occasion de rebattre les cartes pour de bon. Si les témoignages sur la charge mentale des premiers jours ne sont pas très encourageants, il reste plusieurs semaines pour inverser la tendance. Apprendre à repasser, ce n’est pas compliqué, et c’est peut-être l’occasion rêvée de s’y mettre puisque c’est le gouvernement qui nous oblige à rester chez nous. Les hommes au chômage technique ont particulièrement peu d’excuses quand les autres peuvent toujours se réfugier derrière un call, pour ceux qui ont la possibilité de télétravailler. À condition que les femmes ne prennent pas d’emblée en charge la to do list de la réorganisation générale. Pour elles aussi, le confinement est une opportunité unique de déprogrammer des modes de fonctionnement qu’elles ont intériorisés.

D’ailleurs le deuxième effet confinement va peut-être servir la cause de celles qui dénoncent le burn-out de la double journée. Dans les couples hétérosexuels, les hommes avec qui elles vivent ne peuvent plus fermer les yeux sur la quantité de choses qui occupent leur quotidien quand elles rentrent du boulot: celles qui en ont la volonté peuvent profiter de ce laboratoire que va constituer le confinement général pour exiger une réorganisation de leur vie conjugale qui soit durable une fois que la France sortira de quarantaine. Mais il va falloir négocier ferme.

Sachant que la question de fond est sans doute plus existentielle: le confinement général nous met tou·te·s face à nos choix de vie. À titre personnel, il me faut repenser une façon de vivre tournée vers les sorties, les voyages et le contact avec les autres, notamment encouragé par mon métier qui consiste à aller à leur rencontre en permanence. Pour d’autres, il pose la question d’une vie tournée vers la consommation: comment s’occuper quand on ne peut plus faire les boutiques ni partir en week-end?

Enfin, reste cette question taboue mais qu’on va peut-être enfin aborder: pour quelle raison a-t-on fait des enfants? Pour les working moms, le confinement met en lumière ce que nos modes de vie prenaient le soin de cacher: ok pour la maternité, à condition que ce ne soit pas toute la journée. Quitte à accepter le burn-out susnommé. Mais maintenant que la vie est de facto tournée vers la cuisine et les cours à domicile plus que vers les réunions clients, la question se pose clairement et la réponse n’est pas toujours facile à accepter. De même qu’il n’est pas aisé de répondre aux petit·e·s  que tout va bien se passer quand l’actualité nous prouve chaque jour un peu plus le contraire. Il ne nous reste plus qu’à miser sur le troisième effet confinement: après un mois coincé·e·s chez nous sans aller au resto ni s’acheter d’iPhone, en partageant les tâches et en passant plus de temps en famille, espérons que nous reverrons un tout petit peu notre grille de lecture du monde, et au passage celle de notre vie. 


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