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Par Myriam Levain

Journal du confinement: la revanche du jogging

Pattaya © John Waxxx / 2015 Mandarin Cinéma - Gaumont
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Au fait, comment on s’habillait avant d’être en jogging?” a lancé sur son mur Facebook une de mes amies cette semaine, suscitant une avalanche de commentaires de gens qui se sont reconnus dans ce cri du cœur de confinée. En effet, s’il y a une vraie bonne nouvelle dans notre assignation à résidence, c’est qu’elle nous permet de commencer timidement à tracer une ligne entre ce que nous faisons pour nous et ce que nous faisons par convention sociale.

Et apparemment la première chose dont se sont débarrassées la plupart des femmes, ce sont de leurs jeans ultra serrés et de leurs jupes qui n’arrêtent pas de remonter. Le jogging est le vêtement roi de ce confinement, qu’on l’avoue publiquement ou non. Sa déclinaison legging, short en éponge ou encore djellabah sont autant de variantes qui nous permettent de ne pas passer la journée en pyjama mais de gagner en confort pour passer tout ce temps entre nos quatre murs. Certaines femmes ont aussi abandonné en route le port du soutien-gorge (ce confinement va être l’occasion de tester l’efficacité du no bra), quasiment tout le monde a laissé tomber le fond de teint et c’est sûrement une très bonne nouvelle.

“Un relâchement vestimentaire qui s’apparente en fait à une libération.”

Parce qu’entre prôner la beauté au naturel sans diktats et le faire pour de vrai, il y a un pas social très compliqué que le confinement va nous aider à franchir. Difficile en effet d’argumenter qu’on met des talons juste pour son plaisir personnel, quand notre journée se résume à traverser trois pièces, préparer à manger et nettoyer la salle de bain. Les conférences téléphoniques en tout genre, de la réu avec la compta à l’apéro Skype avec les potes, restent sans doute, avec les selfies de nos story Insta, les ultimes moments de représentation où l’on peut arborer son chemisier acheté en soldes assorti d’un rouge à lèvres qui semble déjà un vestige lointain de notre vie d’avant. Le reste du temps, rien ne nous empêche d’être tirées à quatre épingles, mais il est intéressant de constater que peu de femmes -ni d’hommes- font ce choix. Un relâchement vestimentaire qui s’apparente en fait à une libération et qui nous met face à notre frénésie consumériste.

La période que nous traversons nous rappelle à chaque instant qu’il est beaucoup plus utile d’avoir une bonne liste de podcasts et du gel hydroalcoolique que sept jeans dans sept couleurs différentes -même si mettre chaque jour un jean de couleur différente peut être un vrai plaisir de confiné·e pour celles et ceux qui ont trop peur de tout lâcher, y compris leurs repères vestimentaires. Car c’est bien là que nous en sommes: vivre chez soi, c’est abandonner le contrôle du regard extérieur, comme l’a très justement rappelé Camille Froidevaux-Metterie dans sa tribune pour Libération. On le sait, il n’y a pas pire diktat que ceux qu’ont interiorisés les femmes pour rester à tout prix jeunes, belles et fermes et qu’elles s’astreignent à respecter même quand personne ne leur impose rien.

“Ce confinement nous oblige déjà à nous accepter sans certains artifices.”

Mais voilà, quand tous les coiffeurs, spas et Body Minute sont fermés, quand notre pays fait face à une épidémie angoissante et un climat politique qui l’est tout autant, nos priorités nous apparaissent clairement… et le peeling du samedi n’en est une pour personne. Le temps qu’il nous reste à la maison une fois le boulot, les devoirs et la cuisine terminée est un temps pour nous, et à chacun·e de voir ce qu’on veut en faire. Certes, la pose d’un masque ou d’une manucure maison sont des petits plaisirs comme les autres, qui font en ce moment office d’activité et de pause bienvenues. Mais au bout de quinze jours enfermé·e·s, nous commençons tout de même à savoir si nous le faisons pour nous ou pour les autres. Ce confinement nous oblige déjà à nous accepter sans certains artifices que constituent par exemple la coloration d’un coiffeur ou l’épilation à la cire chaude, impossibles à reproduire en DIY. Sans parler des soins miracle aussi chers qu’un week-end à Rome, dont on va peut-être s’apercevoir par la force des choses qu’ils ne nous rendaient pas foncièrement différentes de ce que nous sommes.

Moins de maquillage, moins de transports et plus de sommeil sont aussi des recettes de grand-mère très efficaces et très démocratiques pour se sentir plus belles. Tout comme le port du jogging, qui se marie très bien avec un haut “call compatible” et nous fait gagner quotidiennement le temps habituellement accordé à effectuer mentalement le retroplanning de notre journée avant de choisir une tenue. Nul doute que certaines étaient mieux préparées que d’autres à ce mode de vie inédit: les adeptes des aisselles poilues, des cheveux blancs et du no make-up se félicitent chaque jour de ne rien avoir à modifier de leur beauty routine. Pour les autres, l’apprentissage va se faire dans la douleur pour les unes, dans un secret soulagement pour les autres, dont j’espère qu’il laissera quelques traces. Peut-être qu’apès un mois (ou plus?) à se réhabituer à notre apparence telle qu’elle est, il n’est plus complètement exclu qu’une fois le confinement terminé, nous préférerons aller boire un café en terrasse avant de prendre rendez-vous chez l’esthéticienne.


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Pattaya © John Waxxx / 2015 Mandarin Cinéma - Gaumont - Cheek Magazine
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