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Par Myriam Levain

Journal du confinement: Le confinement solo, rêve ou cauchemar?

"Fleabag" © FR_tmdb

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Le contraire eut été étonnant, mais ce premier mois de confinement m’a rappelée à peu près tous les jours que j’étais célibataire puisque je suis confinée seule. Non que j’aie soudainement découvert que personne d’autre n’habitait dans mon appartement. Mais les commentaires que j’entends ou que je lis sur le sujet me rappellent à quel point nous vivons dans une société qui continue d’en faire un tabou et qui panique à l’idée de vivre seul·e, même dans la situation inédite et extrême que nous connaissons. Étonnant, quand, après 4 semaines, il apparaît de plus en plus clairement qu’être confiné·e seul·e est plutôt une situation enviable, et les premier·e·s intéressé·e·s sont assez unanimes lorsqu’on leur pose la question. Surtout que vivre seul·e ne signifie pas nécessairement se sentir seul·e tant les scénarios sont variables d’un foyer à un autre; est-il vraiment utile de le rappeler? Oui, il semblerait.

Comme l’a souligné le philosophe Geoffroy Delagasnerie, les contours de ce confinement sont déjà très significatifs puisque sont autorisées à rester ensemble les personnes unies par les liens du mariage ou de la famille. Dans ses impressions dissonantes sur le confinement, Geoffroy Delagasnerie rappelle que “certaines relations intimes ont été définies comme des relations étrangères que nous ne pouvons plus entretenir: il est possible de vivre à 8 dans une maison si l’on est mari et femme avec enfants et grands-parents mais deux amis célibataires ou amants qui n’habitent pas ensemble mais pourraient malgré tout être vus comme formant une petite unité domestique sont interdits de se voir. Un policier est placé entre eux. ” Il est vrai que sanitairement parlant, rien ne prouve qu’un confinement familial soit plus efficace que deux personnes qui vivent séparément et se voient en respectant chacune les règles du confinement.

“On parle beaucoup moins des personnes qui ont choisi de ne pas se confiner à deux.”

On a beaucoup dit que ces règles creusaient les inégalités qui traversent notre société. Ce qui est vrai pour la qualité de l’habitat et de l’insertion professionnelle l’est aussi pour la vie maritale. Reste à savoir si concernant notre vie privée, l’injustice est d’être confiné·e seul·e ou en famille… 

Ce qui est certain, c’est que la question mérite d’être posée. Et qu’elle ne l’est jamais, tant le couple reste l’horizon unique de notre société, comme l’a justement rappelé Sophie Cadalen sur France Inter dans une émission consacrée au célibat au temps du Covid. Pourtant, les témoignages pleuvent pour dénoncer l’actuelle persistance de l’inégale répartition des tâches, le ras-le-bol de l’école à la maison, la baisse de libido des couples ou encore le possible pic de divorces qui pourrait faire suite à cette période de confinement. Toutefois l’évidence du couple résiste à tout. Côté célibat, on s’inquiète de l’isolement des personnes fragiles qui vivent seules, ou encore de la précarisation des travailleur·se·s du sexe. Mais on parle beaucoup moins des personnes qui ont choisi de ne pas se confiner à deux, ou encore de celles qui se sentent enfin débarrassées de la pression de devoir rencontrer quelqu’un et qui ont abandonné avec joie les applis de dating. Ou bien qui les réinventent façon échanges épistolaires et relations platoniques, sans le filtre de la performance qui règne sur nos vies intimes. Le confinement a déjà débarrassé les femmes de nombreuses injonctions esthétiques, il se pourrait qu’il soit aussi en train de les débarrasser de l’injonction au couple et à la famille. 

Et le sexe dans tout ça? Si le célibat en période de confinement est nécessairement une forme d’abstinence forcée, il semblerait que les couples confinés ensemble ne vivent pas non plus leur meilleure vie sexuelle. Tout le monde s’accorde à dire que la période n’est pas très positive pour la libido en général. Et pour celles et ceux qui ont réussi à la préserver, il existe des solutions qui préexistaient au confinement: des sextoys au sexting, en passant par le porno ou les podcasts. Bien sûr, au bout de 4 semaines, il y a aussi toutes les personnes qui commencent à revoir leur plan de confinement, que ce soit pour un soir ou pour emménager chez quelqu’un. Et il y a celles et ceux qui n’ont jamais eu aucun problème avec l’abstinence, dont on survit aisément dès qu’on a cessé de la diaboliser.

“Et si ce confinement permettait de valoriser enfin les formes de vie conjugale qui sortent du cadre traditionnel?”

En bref, les célibataires ne sont sans doute pas les moins bien loti·e·s en cette période où avoir un espace à soi est devenu plus précieux que jamais. Pas de montagne de vaisselle ni de menus à prévoir sur la semaine, pas d’exercices de maths ni d’embrouille sur le film qu’on va voir, FaceTime à volonté si le besoin de parler se fait sentir, et possibilité d’aller se dégourdir les jambes à toute heure de la journée dans les conditions autorisées par les préfectures. Les confiné·e·s solo qui ont un animal ne cachent pas leur joie d’avoir une compagnie et une forme de lien tactile à l’heure où les contacts physiques et sociaux sont ce qui nous manque le plus: une simple bise ou une accolade appartiennent déjà à une époque révolue. Là encore, les femmes à chat prennent une belle revanche sur les stéréotypes dont elles ont bien du mal à se débarrasser.

Et si ce confinement permettait de valoriser enfin les formes de vie conjugale qui sortent du cadre traditionnel? Et si l’explosion de beaucoup de nos croyances incluait celles qui régissent nos vies privées et que les femmes peinent particulièrement à assumer?

La réflexion étant amorcée sur tous les aspects de nos modes de vie contemporains, pourquoi ne pas investir le champ de nos amours et de la façon dont nous les organisons? Quatre semaines après le début de nos vies confinées, il semblerait que nous en soyons loin, mais il paraît que cette nouvelle vie ne fait que commencer…


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