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Par Myriam Levain

Journal du confinement: après, c'est quand?

Contagion © 2011 Warner Bros. Entertainment Inc.
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11 mai 2020. Une date comme un grigri. Plus que 3 semaines. Mais avant quoi exactement? À quoi va ressembler notre déconfinement? Reviendrons-nous un jour à la vie que nous connaissions? Je ne parle pas de tout ce qu’il sera bon d’abandonner au monde d’avant, mais bien de tout ce qui nous manque cruellement en ce moment, de ce qui nous constitue en tant qu’humain·e·s et nous connecte en permanence à notre prochain·e sans que nous en ayons toujours conscience. De tout ça nous apprenons à nous détacher, mais pour combien de temps? Cette date butoir du 11 mai a permis de donner aux Français·e·s une fragile lumière au bout du tunnel qu’est ce printemps 2020. Pour les parents qui désespéraient de voir leurs enfants retourner sur les bancs de l’école, cette possibilité -qui n’a rien d’une certitude, comme tout le reste- constitue certainement un vrai jalon. Pour les commerces qui ont dû baisser le rideau du jour au lendemain, la perspective de pouvoir relancer un semblant d’activité est aussi un moteur. Pour tou·te·s les personnes en train de basculer dans la précarité la plus totale, il existe maintenant une date de fin potentielle au cauchemar qu’ils et elles traversent.

“Quand pourra-t-on à nouveau boire un café dehors?”

Il y a donc de vraies raisons d’attendre ce 11 mai avec impatience, malgré tous les “si” qui ont ponctué les discours d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe. Mais il y en a tout autant de s’en inquiéter, puisque politiquement, socialement, économiquement, la sortie promet d’être explosive. Par ailleurs, des domaines entiers sont laissés hors des plans de déconfinement: c’est le cas des métiers intrinsèquement fondés sur des rassemblements de gens, comme les secteurs de la restauration ou de la culture. Ce point d’interrogation concerne directement nos vies à tou·te·s. Le 11 mai, on aura le droit de sortir sans attestation. Mais quand pourra-t-on à nouveau boire un café dehors? Devra-t-on le faire à une table d’écart de nos voisin·e·s? Les salles de cinéma pourront-elles rouvrir? Quid des théâtres et des salles de concerts? Des soirées où l’on se colle à la personne de devant pour avoir une chance de se frayer un chemin vers le bar et passer commande? Des boîtes où l’on se rapproche petit à petit sur la piste de danse? Des avions qui vont devoir laisser des rangées entières vides? Des salles de sports où l’on transpire tou·te·s ensemble? Des marchés et des centres commerciaux où le virus ne va pas s’arrêter de circuler le 11 mai? Des bus et des métros qui n’ont jamais été aussi vides qu’en ce moment?

“C’est comment une vie sans jamais se toucher? Peut-on vraiment s’y habituer?”

Le 11 mai, on pourra reprendre les transports et aller au boulot. Il nous faudra très certainement porter un masque, ne rien toucher et se badigeonner de gel hydroalcoolique en permanence. En cela, le confinement constitue un bon entraînement. On pourra revoir ses proches, mais de loin, masqué·e, sans se faire la bise. À ça aussi, nous sommes en train d’essayer de nous habituer. Génial, on va pouvoir aller chez les un·e·s et les autres, partager un verre, danser ensemble dans un salon. Mais aller saluer son boulanger, est-ce la même chose que de revoir sa famille ou ses ami·e·s avec masque et distanciation sociale?  Au bout de combien d’heures reviendra-t-on à nos réflexes d’avant? On ira chez les un·e·s et chez les autres, mais comment fera-ton quand on habite loin et qu’on n’a pas son propre véhicule? Passera-t-on le taxi au karcher ou réussira-t-on à ne rien toucher dans les wagons du métro ou du tram? Apportera-t-on ses propres couverts? Pensera-t-on en permanence aux gestes qu’on a effectués ou pas? Osera-t-on s’asseoir sur les bancs publics? Recommencera-t-on à embrasser des inconnu·e·s? Ou même des personnes connues? C’est comment une vie sans jamais se toucher? Peut-on vraiment s’y habituer? En voilà des questions de riche: quand on doit survivre pour manger, toutes ces considérations sont superflues, et on ne redira jamais à quel point le confinement est le grand révélateur des inégalités nationales et mondiales.

“S’il y a bien une chose qu’on n’avait pas vu venir, c’est la vie sans contact avec les autres.”

Mais peut-être que dans cet après, on aura tiré les leçons de cette crise sans précédent. Il est aussi permis d’être optimiste et de voir les effets positifs à retirer du confinement. Il paraît que l’histoire est imprévisible, et s’il y a bien une chose qu’on n’avait pas vu venir, c’est la vie sans contact avec les autres. Pour l’instant, je n’arrive pas à visualiser à quoi cela va ressembler, je n’ai rien qui me permette de l’entrevoir. Alors je préfère fermer les yeux et convoquer mes souvenirs de marchés couverts pleins à craquer, de trajets de bus interminables et entassé·e·s, de verres passés de lèvres en lèvres, d’avions low cost sans un seul siège vide, de ces fêtes à l’odeur de tabac et de transpiration, de Châtelet-Les Halles pendant les grèves, de ces terrasses parisiennes beaucoup trop compactes, de ces files d’attente à la cantine, de ces salles de cinéma où le voisin faisait trop de bruit en mangeant son popcorn, ou encore de ces restaurants où l’on ne pouvait jamais réserver tant ils étaient remplis. J’en parle au passé en espérant pouvoir à nouveau en parler au futur… bientôt.


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