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Par Myriam Levain

Journal du confinement: La zone de confinement

Dawson © FR_tmdb
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Presque 7 semaines. À moins que ce ne soit 7 jours. Ou 7 ans. Peu importe. La faille spatio-temporelle dans laquelle nous sommes tombé·e·s mi mars semble ne devoir jamais disparaître, tant l’horizon n’est pas dégagé sur le front du coronavirus. De toute façon, nous avons perdu la notion du temps et il est de plus en plus difficile de savoir si ce film, on l’a vu en jour 3 ou en jour 43 de la quarantaine. Pourtant, d’ici une semaine -soit un siècle en temps de confinement- la vie devrait reprendre un peu, et c’est une bonne nouvelle, ne serait-ce que sur le front capillaire. Mais recommencer un semblant de vie de non-confiné·e signifie devoir sortir de la zone de confinement, cette période qui a commencé par de la sidération pour se transformer en une espèce de parenthèse imposée dans nos vies si réglées et remplies.

“Cette zone de confinement, elle a quelque chose d’une fin d’été d’enfance.” 

Paradoxalement, cela ne sera sans doute pas si simple de sortir de cette zone hors du temps dans laquelle nous avons posé de nouveaux repères malgré nous. Pour la minorité de confiné·e·s heureux·se·s, la zone de confinement s’apparente à une bulle inespérée de repos et de reconnexion avec soi et son entourage: en sortir ressemble à une punition, même si c’est inavouable publiquement. Pour tou·te·s les autres, la zone de confinement est un espace-temps plus complexe, qui ressemble autant à une prison mentale qu’à un rouleau compresseur qui nous aurait sapé toute énergie. Cette zone de confinement, elle a quelque chose d’une fin d’été d’enfance, à la fois interminable mais qu’on voudrait voir prolongée à l’infini, même quand on n’est pas parti·e en vacances, pour ne pas avoir à affronter l’incertitude de la suite.

La longue plage de temps que nous traversons, plus ou moins active selon nos métiers et nos vies familiales, nous a remis·e·s au contact de l’ennui, pour le meilleur et pour le pire. Les conversations se sont appauvries, les efforts stylistiques aussi, l’envie de remplir à tout prix ses journées de Zoom en tout genre ou de séries Netflix a décru. On se rapproche de plus en plus de l’encéphalogramme plat. Les contacts informels ont repris, faisant craindre un nouveau départ de l’épidémie. Et pourtant, c’est le signe que nous ne nous résignons pas à l’enfermement. Et que cette impression que le temps s’est arrêté n’est qu’une impression. Les professionnel·le·s de l’horticulture qui jettent depuis des semaines leur production faute de fleuristes pour les vendre le savent bien. Les professionnel·le·s de la culture qui voient chaque jour un nouveau festival annulé en savent aussi quelque chose. De même que les médecins généralistes qui craignent un pic de mortalité hors-Covid suite à la défection de leurs cabinets. Les personnes en parcours de PMA trépignent également de voir le cours de leur projet reprendre, tout comme le secteur du tourisme qui voit la haute-saison approcher à grands pas sans avoir aucune perspective pour l’été. Le temps ne s’est pas arrêté mais la quarantaine nous a figé·e·s là où nous en étions le 17 mars.

“Ce qui se passe en confinement restera-t-il en confinement?”  

Près de deux mois plus tard, qu’avons-nous tiré de la zone de confinement? Ce quotidien qui faisait notre vie et que l’on avait tendance à critiquer, était-il si mauvais que ça? Ce besoin de changer de boulot est-il toujours si urgent à l’heure où le chômage fait un bond historique? Et cet appartement en ville nous plaît-il toujours plus que cette maison avec jardin à la campagne? Et si cette pause nous permettait de prendre conscience qu’il n’est nul besoin de courir comme un·e dératé·e à l’étape suivante pour atteindre un équilibre?  La torpeur généralisée laissera-t-elle quelques traces de lenteur dans la vie d’après? Ce qui est valable dans la sphère professionnelle l’est tout autant dans le domaine personnel. Certains couples se sont vu offrir un nouveau départ inespéré tandis que d’autres ont vu leur chute se précipiter. Les relations adultères n’ont eu d’autre option que de devenir virtuelles en attendant des retrouvailles grandioses, les ex se sont recontacté·e·s, les débuts timides ont connu une accélération inattendue, des amoureux·se·s se sont enfin déclaré·e·s et les célibataires ont renoncé temporairement à pouvoir, ou devoir, faire des rencontres.

La zone de confinement, si elle est synonyme de désastre économique, et si elle est aussi synonyme pour un certain nombre d’entre nous de deuil, restera comme un moment suspendu aussi terrifiant que réjouissant puisqu’il aura fallu lâcher prise sur tout et parfois oser emprunter des chemins inattendus. Alors ce qui se passe en confinement restera-t-il en confinement? Une chose est sûre: le retour à la normale n’en sera pas un avant longtemps. Et qui sait, d’ici quelques mois serons-nous peut-être même nostalgiques de la zone de confinement, qui s’apparentera potentiellement à un sas entre deux mondes et entre deux vies dont ne sait pas encore laquelle sera la meilleure.


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