contributions

Par Sihame Assbague

Contrôles au faciès: un verdict attendu


Voilà, nous y sommes. Après deux années –que dis-je, des années– de lutte et de mobilisation sur la question des contrôles au faciès, le Tribunal de Grande Instance de Paris répondra, mercredi 2 octobre 2013, à ces treize citoyens qui ont eu le courage d’assigner l’Etat en justice pour pratiques discriminatoires.

Hasard de l’Histoire –ou pas– à quelques semaines près, ce verdict tombera trente ans après la première Marche pour l’égalité et contre le racisme. Notons, non sans cynisme, qu’à cette époque déjà, l’une des revendications concernait la justice et l’égalité de traitement face aux services de police. Et si le contexte n’est pas le même, les doléances populaires, elles, n’ont pas changé. A quelques heures de la réception du délibéré, l’humeur est donc ambivalente.

Il semblerait que nous soyons dans un climat judiciaire plus favorable à la prise en compte d’une parole jusqu’alors minorée.

Certes, il semblerait que nous soyons dans un climat judiciaire plus favorable à la prise en compte d’une parole jusqu’alors minorée par rapport à celle des institutions. Ainsi, le 20 septembre dernier, la justice se décidait-elle enfin à renvoyer en correctionnelle deux policiers impliqués dans le décès de Zyed Benna et Bouna Traoré, morts électrocutés en 2005 suite à une course-poursuite à Clichy-sous-Bois. Trois jours après, c’est un policier accusé d’homicide involontaire suite à la mort de deux adolescents à Villiers-le-Bel en 2007 qui voyait sa condamnation à six mois de prison avec sursis confirmée.

Ces avancées timides mais notables, nous ne les devons pas à ceux qui promettent à la veille d’élections, mais aux actions de celles et ceux qui, du Mouvement de l’immigration et des banlieues au Défenseur des droits en passant par Amnesty International ou encore AC- Le Feu, n’ont eu de cesse d’alerter les autorités publiques sur la nécessité de remettre les principes républicains au cœur des rapports police/citoyens.

Et si la justice semble être disposée à consentir quelques efforts pour réajuster le bandeau censé lui couvrir les yeux, l’exécutif ne prend même pas cette peine. Ainsi avons-nous entendu le représentant de l’Etat nous expliquer, lors du procès qui s’est déroulé le 3 juillet, qu’il était tout à fait normal de contrôler un noir à capuche marchant à vive allure un soir d’hiver. Ah, ces normes que l’on crée en méconnaissance totale de la garantie constitutionnelle d’aller et venir!

Ni la couleur de peau, ni le style vestimentaire, ni la vitesse de marche ne sauraient constituer des critères de contrôle.

C’est sur ce “tout à fait normal” que le gouvernement aurait dû réagir, d’autant que l’individu n’était ni recherché, ni ne correspondait à un signalement. La norme de référence, en matière de procédure de contrôle d’identité, est inscrite dans le Code de procédure pénale. Ni la couleur de peau, ni le style vestimentaire, ni la vitesse de marche ne sauraient constituer des critères de contrôle. De même, un exécutif républicain aurait eu à cœur de le rappeler en adoptant des mesures efficaces, justes et transparentes visant à lutter contre toute pratique discriminatoire et humiliante. Un exécutif républicain prendrait à cœur de renouer avec les principes fondateurs de cette République. Parce que c’est bien de la viabilité du pacte social dont il est question. Nul besoin d’avoir subi un contrôle abusif pour comprendre que des institutions qui autorisent les discriminations, les traitements inégaux, sont des institutions qui perdent la confiance des administrés et qui perdent donc en efficacité.

J’imagine le sentiment d’impuissance face à l’injustice subie.

Pour tout vous dire, et nous devons être nombreuses dans ce cas, je n’ai jamais été contrôlée. Jamais. D’un point de vue strictement individuel, je dirais même que je n’ai jamais eu à me plaindre de la police. Mais parce que je l’ai vu, parce que je l’ai entendu, parce que je l’ai ressenti au plus profond de ma chair, j’imagine ce que c’est que d’être, le temps d’un contrôle abusif, piétiné dans sa citoyenneté et dans sa dignité. J’imagine le sentiment d’impuissance face à l’injustice subie. J’imagine la colère. Et du coup, j’espère. Une chose. Que l’action entreprise par ces treize citoyens nous donne à tous la force de saisir la justice aussi souvent que nécessaire: à chaque fois que l’égalité sera bafouée.

 

 

A  l’occasion de cette décision de justice, un événement est organisé par le Collectif. Infos et inscription: www.stoplecontroleaufacies.fr


2. Militer en ligne, c’est déjà militer

Ça n’est pas une grande nouvelle, le militantisme a changé de visage. Dans les années 2000, il s’agissait d’adhérer à un mouvement, de payer une cotisation, d’aller en réunion, en manif, d’inventer des slogans, d’écrire dans des fanzines, de distribuer des tracts, de débattre jusqu’à…
Militer en ligne, c’est déjà militer - Cheek Magazine

3. Être artiste en confinement, le syndrome du banc de touche

Cet été, j’ai repeint ma chambre en jaune. J’avais besoin de changement. Je sortais d’un confinement pénible où j’avais fêté mes 32 ans avec moi-même, j’avais eu une quinzaine de dates de mon spectacle annulées et je n’avais pas pu enterrer ma tante dignement. Autant…
Être artiste en confinement, le syndrome du banc de touche - Cheek Magazine

4. Peut-on vivre encore un mois sans coiffeur, ni esthéticienne ni nouveau gloss repulpant?

Spoiler alert: oui. Aucune femme n’est jamais décédée d’avoir des cuticules ou des poils sous les bras. Mais aucune n’est décédée non plus d’avoir à lire Proust plutôt que le dernier Camille Laurens. Alors pourquoi entend-on réclamer la réouverture des librairies plutôt que celle des…
Peut-on vivre encore un mois sans coiffeur, ni esthéticienne ni nouveau gloss repulpant? - Cheek Magazine

5. “Miss”: En France, les comédies sur les gays véhiculent les LGBTphobies

Sur le papier, le film Miss de Ruben Alves, en salle le 21 octobre, est attrayant. Alex, un jeune homme réservé, rêve de devenir Miss France. Aidé de ses colocataires, il se “transforme” en femme et s’inscrit. S’en suivent des péripéties qui se veulent amusantes.…
“Miss”: En France, les comédies sur les gays véhiculent les LGBTphobies - Cheek Magazine

6. J’ai perdu mon plan de carrière, et alors?

Un jour, je me suis rendu compte que je ne savais plus où était passé mon plan de carrière. Je ne l’ai même pas cherché, je savais que je l’avais égaré. Le souvenir de son existence a instantanément laissé place à la certitude de ne…
J’ai perdu mon plan de carrière, et alors? - Cheek Magazine

7. Roméo Elvis et l’empathie à deux vitesses dont profitent toujours les mêmes

J’ai été très frappée par les réactions qui ont accompagné les excuses publiques de Roméo Elvis il y a trois jours. Dans les commentaires sous le post, on lit beaucoup de comparaisons avec l’affaire Moha La Squale, beaucoup de bienveillance, et même, des félicitations. Les gens…
Roméo Elvis et l’empathie à deux vitesses dont profitent toujours les mêmes - Cheek Magazine