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Par Myriam Levain

Journal du confinement: montre-moi ce que tu stockes, je te dirai quelle est ta névrose

© Myriam Levain pour Cheek Magazine
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Maintenant que tout le monde est enfin chez soi après quelques jours assez WTF (On reste chez soi? On boit un dernier verre? On va voter? On fait de l’exercice physique? Mais pourquoi les marchés sont encore ouverts alors qu’on est en pleine pandémie??? Et pourquoi quelques buralistes servent encore des cafés au comptoir aux client·e·s venu·e·s acheter leurs clopes????), la partie commence question névroses et angoisses. Il a déjà fallu s’enfermer sans qu’on nous ait expliqué très clairement les tenants et les aboutissants de la crise sanitaire et du confinement –coucou Emmanuel Macron-, mais maintenant, il va falloir gérer la sédentarisation collective et surtout la plus grande peur de nos sociétés d’abondance: le manque. Je ne reviendrai pas sur la ruée vers le papier toilette irrationnelle et abondamment commentée -un psychanalyste y voyait ce matin à la radio le signe qu’on avait besoin de se nettoyer du sale donc du mal.

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(Ndlr: nous ne sommes pas responsables des fautes d’orthographe des mèmes sur le confinement)

Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir à travers les groupes WhatsApp et autres posts Insta ce que les différents foyers stockent en premier lorsqu’on leur annonce une guerre invisible. J’ai bien conscience que pour une partie des Français·e·s, ce confinement précipite l’angoisse de la fin de mois au 15 du mois; et que sourire de nos stocks de PQ est un luxe que nous devons particulièrement chérir dans le contexte pénible de ce début 2020. Mais ce billet n’est qu’un billet et il n’a pas d’autre ambition que de vous révéler que beaucoup d’entre nous ont avant tout songé à… acheter des cigarettes et du vin. En même temps, tout le monde a eu besoin de son petit remontant pour accepter l’inacceptable des temps modernes, à savoir la perte de contrôle sur les événements. Et pour d’autres, ce petit remontant a pris la forme de Délichoc ou de Coca Zero, chacun ses vices. Il paraît tout de même que les dealers de la région parisienne ont eu du mal à gérer l’afflux de la demande des derniers jours, mais chut.

En regardant les achats des un·e·s et des autres, il est facile de deviner qui se confine en famille ou pas: les parents ont d’abord pensé aux gommettes, aux feutres et à la farine en quantité pour faire des ateliers gâteaux et canaliser occuper intelligemment leurs enfants pendant au moins une heure. Il est aussi aisé de dire qui a pris l’épidémie de coronavirus au sérieux ou pas. Les hypocondriaques et collapsologues ont commencé à faire leurs courses il y a un mois, en commençant par du gel hydroalcoolique -définitivement star de la saison-, des masques, des pâtes et du riz. On s’est moqué d’eux, mais résultat, ce sont eux qui ont le gel et les masques aujourd’hui.

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En revanche, si hier encore votre frigo était vide, nul doute que vous appartenez à la catégorie des insouciant·e·s voire inconscient·e·s. Et on compatit à la file d’attente que vous vous êtes tapé ce matin, une demi-heure avant le début du confinement. Pas d’inquiétude, pour l’instant, la livraison à domicile fonctionne encore… mais jusqu’à quand? Je sais que je viens de trahir mon angoisse des situations qui vrillent en une seconde. Je suis servie par l’actualité. J’ai par ailleurs cédé au besoin de fleurir mon appartement pour oublier que j’habitais au premier étage sur cour et me donner l’illusion que j’avais un contact avec l’extérieur. Je ne sais pas ce qu’un psy penserait de tout ça.

Nos choix alimentaires en eux-mêmes sont aussi révélateurs de plein d’autres choses qui en disent long sur nous et notamment sur l’histoire de nos familles. Tang Frères a été pris d’assaut ce week-end à Paris, tandis que les Méditerranéens assuraient un stock conséquent d’huile d’olive et de thon. Les membres ou les parents des grandes fratries disent n’avoir pas eu besoin de faire de stocks: leur vie est un stock permanent et leur congélateur était déjà plein. Les angoissé·e·s de la guerre ont privilégié les conserves et les féculents, pendant que les obsédé·e·s du healthy ont traqué les produits frais et bio bien plus périssables. De toute façon, on le rappelle: les commerces d’alimentation restent ouverts pendant le confinement et il sera possible de se ravitailler. Mais dans le doute, on a quand même pris des packs d’eau (tant pis pour la surconsommation de plastique) et des lentilles, ainsi que du chocolat; le confinement est une bonne occasion d’abandonner le diktat du bikini body, même si la culpabilité n’est malheureusement jamais loin.  Il serait d’ailleurs très intéressant de savoir quelles sont les motivations des personnes se réjouissant vraiment de savoir qu’on va avoir le droit de faire du jogging, en plus de faire des séries de squats dans le salon.

Si, sur le tapis roulant de la caisse, il y avait du bon vin et des préservatifs, c’est probablement que les client·e·s devant vous formaient un jeune couple prêt à se confiner dans la joie. Et s’il y avait des jolies serviettes en papier et des confettis, nul doute que vous aviez affaire à une blogueuse food, qui va pouvoir déployer des trésors de créativité sur Instagram avec toutes ces tables à dresser dans les prochaines semaines. Mais ce ne sont pas seulement nos stocks de nourriture qui parlent de nous, c’est surtout combien de temps ils vont durer. Il paraît que ce soir, certains sont déjà écoulés.


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© Myriam Levain pour Cheek Magazine

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