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Par Myriam Levain

Coronavirus: Bienvenue dans le journal d'une confinée

La Couleur des sentiments © The Walt Disney Company France
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Quelle semaine. Quel week-end. Quel début 2020. A l’heure où j’écris ces lignes, la France entière est en train de se préparer à rester confinée. 2 semaines? 5 semaines? 12 semaines? Sur les réseaux sociaux, les hypothèses se multiplient. Avec une certitude, il ne faut plus attendre pour que tout le monde s’enferme chez soi, c’est le seul rempart à la propagation efficace d’une pandémie mondiale que personne n’a vu venir tant qu’il était encore temps.

Premier constat: nous ne sommes pas éga·les·ux face au confinement. Il y a celles et ceux qui ont une résidence secondaire et qui sont en train de plier bagage vers la mer, la montagne, le vert. Quitte à ne plus voir que quelques humains, autant le faire dans la nature plutôt que cloîtré·e·s dans un F2. Il y a celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’arrêter de travailler. Celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que de continuer à travailler. Notamment le personnel soignant, sur qui repose désormais une lourde charge, qu’on pronostique exponentielle dans les 14 prochains jours. Les annonces imminentes du gouvernement devraient préciser les contours d’un confinement qui n’est pas très compliqué à imaginer si l’on regarde dans la direction de nos voisin·e·s italien·ne·s, assigné·e·s à résidence depuis une semaine, avec des consignes de sortie très strictes.

“WhatsApp est devenu notre lien privilégié.” 

Mais pour celles et ceux qui ne sont ni médecins, ni commerçant·e·s, l’organisation de cette drôle de vie pose de multiples questions telles que la gestion du télétravail, la garde des enfants ou encore l’approvisionnement du frigo. En fait, ce confinement qui se met en route est un miroir fascinant de nos modes de vie. En une semaine, on est passé des digital nomades autoentrepreneurs sautant dans le premier train ou le premier avion, à une reconfiguration des appartements en salles de classe, salles de sport ou tout simplement espaces de vie pour des gens qui ne sont jamais à la maison. On s’apprête aussi à passer du tout livraison au tout fait maison, si, comme on le pressent, les services de restauration à emporter ferment leurs portes dans les jours à venir. En une semaine, on est passé de couples colocataires ne se voyant qu’en coup de vent à une cohabitation intensive pour une durée illimitée. Avec pour beaucoup, des cours à domicile à assurer sans trop savoir comment. Mais aussi des perspectives de soirée Monopoly, bridge ou télé, comme au bon vieux temps pré-Netflix. Les personnes qui vivent seules, elles, se préparent à n’avoir pour seul contact physique que le caissier du supermarché et les voisin·e·s qu’on saluera à un mètre de distance minimum. Mais elles auront enfin le temps de lire les classiques de la littérature, de faire des grasses matinées ou de binger les séries de l’hiver.

WhatsApp est devenu le lien privilégié des familles obligées de ne pas se voir, mais aussi des groupes d’amis séparés par la contagion, ou encore des amants qui vont devoir retrouver le goût des mots. Notre mode de vie 2.0 a tout de même cela de bon qu’on a déjà créé du lien numérique depuis longtemps. Même si là encore, nous ne sommes pas éga·les·ux. Et puis sans Internet, nous n’aurions certes pas autant de fake news, mais nous n’aurions pas cette soupape que constituent les mèmes, les tweets, les vidéos: ils inondent nos téléphones depuis plusieurs jours et nous rappellent que même en temps de crise, on est encore capables de rire. Ils nous rappellent aussi à quel point l’humain est créatif et sait s’adapter à tout.

En ce jour 1 du confinement ou presque, j’ai moi-même réfléchi à la façon dont j’allais devoir revoir complètement ma façon de vivre pendant au moins un mois, peut-être deux, peut-être plus. Je fais partie des Parisien·ne·s solo vivant dans 30 mètres carrés, je suis donc beaucoup plus souvent au restaurant que dans mon salon, et je dépense l’essentiel de mon salaire en sorties et en voyages. Il y a déjà tout à repenser.

Si je fais mentalement la liste des plus et des moins du confinement, plusieurs choses m’apparaissent clairement. Mon métier étant d’écrire, je vais disposer d’un temps bien trop rare habituellement -d’où l’idée de ce journal. J’ai une liste de livres à lire qui ne cessait de l’allonger ces dernières semaines, je vais enfin pouvoir m’y mettre. Pareil pour les podcasts et les films. Je ne vais pas culpabiliser de regarder Les Bronzés pour la 2000ème fois, et je vais enfin revoir Nos meilleures années, qui dure 6h12. Ce confinement sera peut-être l’occasion pour moi de me mettre à essayer les recettes tunisiennes de ma mère dont j’ai toujours entendu qu’elles nécessitaient deux jours de RTT pour être exécutées. A moins que je n’apprenne à faire les sushis moi-même? A défaut de pouvoir aller à mon cours de Zumba hebdomadaire, j’espère avoir la possibilité de marcher dans Paris les jours où il ne pleuvra pas -si les conditions du confinement le permettent. Sinon, je tenterai peut-être enfin de faire des séries d’abdos dans mon salon, résolution que je remets au lendemain depuis 38 ans. Je suis d’un naturel optimiste alors j’ai envie de me croire armée pour cette période inédite, où je me prépare à fêter mon anniversaire par Skype. Plusieurs de mes amies mamans m’ont confié rêver de ma situation plutôt que de s’engager dans un huis clos qui les angoisse, doublé d’une charge mentale spéciale confinement. Moi, j’envie déjà leurs repas familiaux qui leur offriront le poulet basquaise et l’interaction humaine qui risquent de très vite me manquer. A chaque vie privée ses défis: les papas divorcés qui ne savent pas faire cuire un œuf, les couples qui n’habitent pas ensemble et vont devoir emménager dans des conditions très particulières, les célibataires endurci·e·s qui n’auront plus que Tinder… On prédit déjà autant de bébés que de divorces dans 9 mois, et il paraît que les commandes en ligne de sextoys s’envolent. 

“C’est le saut dans le vide pour tout le monde.” 

Et puis, il y a toutes les personnes isolées, déjà fragiles, précaires, qui risquent de l’être encore plus, et que nous allons devoir aider d’une façon ou d’une autre, ne serait-ce qu’en leur faisant leurs courses ou en leur offrant une voix par téléphone. Celles qui vont se retrouver au chômage, n’auront plus de chiffre d’affaires ou dont l’entreprise va faire faillite. Celles qui, a contrario, vont avoir l’idée du siècle et monter une startup liée à ce confinement. C’est le saut dans le vide pour tout le monde et nous n’avons pas d’autre choix que de repenser pendant les prochaines semaines un mode de vie tourné exclusivement vers la consommation et le service, de plus en plus décalé avec les enjeux du XXIème siècle. Car nous savons déjà que le dérèglement climatique n’est pas compatible avec notre façon de vivre, que le capitalisme est au bord du burnout et que nos partis politiques ont du mal à adapter leur grille de lecture du monde. Ce confinement va nous permettre, au moins temporairement, de réfléchir à petite et grande échelle à ce qui nous est essentiel.


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