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Par Faïza Zerouala

Quelques idées reçues sur les femmes portant le voile que j'aimerais bien ne plus entendre


Vous les croisez chaque jour au supermarché, dans le métro ou encore dans la salle d’attente du médecin et vous avez le sentiment de tout savoir sur le foulard, coloré ou non, plus ou moins couvrant, qui cache leur chevelure et qui est au cœur des controverses depuis 25 ans. Ces femmes, vous les voyez à intervalles réguliers dans des reportages à la musique anxiogène ou à la Une des hebdomadaires à couverture rouge pour illustrer “le danger communautariste” ou “l’islam sans gêne”. Vous avez entendu pléthore d’experts ou d’hommes et femmes politiques en tout genre disserter sur le sujet jusqu’à plus soif. Vous les voyez certes partout, mais vous ne les entendez jamais. Ces silencieuses sont la variable manquante de l’équation. Personne, ou presque, n’a songé à les écouter sur la raison de leur voilement, leur manière de le vivre et leur sentiment vis-à-vis des débats infinis dont elles sont le sujet.

La plupart des femmes musulmanes françaises se voilent de leur propre gré.

J’ai décidé d’effectuer ce travail dans un livre, Des voix derrière le voile. Le postulat de départ était simple: aller rencontrer ces femmes, sans préjugés, pour donner une vision plus juste d’une pratique plus complexe qu’il n’y paraît. Mais s’intéresser au voile, c’est se confronter à de nombreuses idées reçues. En travaillant sur le sujet, je les ai toutes entendues.

 

Les femmes se voileraient sous la contrainte

D’abord, la plus répandue, dès lors que je parlais de ce livre en gestation et en exposais brièvement les grandes lignes, surgissait presque immédiatement: “Mais ces femmes, elles sont forcées par leur père, leur frère, leur mari, hein?

Celles que j’ai rencontrées ne sont pas toutes issues de grandes familles tentaculaires. La question de savoir si les femmes que j’ai interviewées se voilaient de leur propre initiative s’est évidemment posée. Or, pour toutes, il s’agit d’un choix individuel.

Il serait faux de dire qu’absolument aucune femme en France n’est contrainte de le faire par son environnement familial ou social. Il serait tout aussi inexact de considérer que toutes les femmes voilées sont dans ce cas et d’ériger quelques exemples de voilement forcé comme une vérité absolue. La plupart des femmes musulmanes françaises se voilent de leur propre gré. La réalité comporte bien souvent plusieurs facettes et le voile n’échappe pas à cette règle.

Elles refusent de coller au cliché de la femme musulmane fatalement cantonnée au foyer et à l’éducation d’une ribambelle d’enfants.

Les témoins de Des voix derrière le voile sont françaises et ont toutes bien réfléchi avant de franchir le pas. Elles sont d’abord allées aux sources de leur foi et ont lu les textes religieux, se sont renseignées auprès de leur entourage, dans les livres pour nourrir leur réflexion. Ainsi se sont-elles forgé leur propre opinion sur le caractère obligatoire d’une prescription religieuse jugée ambiguë par certains. Le voile n’est certes pas l’un des cinq piliers de l’islam mais toutes les femmes rencontrées le considèrent comme un jalon important de leur foi.

Un bon nombre d’entre elles vivent dans une famille où leur propre mère n’est pas voilée, où elles n’ont pas de frères ou de maris, ce qui tend à confirmer qu’il s’agit d’une décision d’adulte. Laisser entendre qu’elles sont soumises reste pour elles une affirmation vexatoire.

Certaines d’entre elles travaillent, et en sont fières. Elles refusent de coller au cliché de la femme musulmane fatalement cantonnée au foyer et à l’éducation d’une ribambelle d’enfants, et conquièrent ainsi leur indépendance.

 

Se voiler reviendrait à soutenir les puissances islamistes

Le second cliché auquel j’ai régulièrement fait face concerne l’oppression des femmes dans les pays d’islam, que les femmes voilées françaises cautionneraient en se couvrant les cheveux.

Au risque de devoir rappeler des évidences géographiques, l’Iran n’est pas l’Afghanistan et les deux pays ne sont pas la France. Une femme voilée française partage peut-être la même foi qu’une Afghane mais n’évolue absolument pas dans le même contexte social et politique.

Interdire le voile à l’université ou aux mères accompagnant les sorties scolaires ne permettra pas, hélas, de résorber le chômage!

Demander à une femme voilée française de cesser de se couvrir les cheveux pour lutter contre l’oppression iranienne ou afghane est aussi efficace que de cesser de s’alimenter pour résoudre la famine en Afrique.

Tout comme interdire le voile à l’université ou aux mères accompagnant les sorties scolaires ne permettra pas, hélas, de résorber le chômage ou la crise économique!

 

Le voile, antiféministe?

Autre idée reçue contre laquelle j’ai dû lutter: non, les femmes voilées rencontrées n’ambitionnent pas d’être les fossoyeuses des luttes féministes. Certaines d’entre elles considèrent même que se voiler montre leur refus d’être considérées comme un objet sexuel. Une vision pas si éloignée des revendications féministes. Elles estiment que le destin d’une femme n’est pas forcément de finir à moitié nue sur un panneau publicitaire pour vendre du liquide vaisselle ni de servir de plante décorative et dénudée dans un clip de rap.

Le voile n’est pas, en général, prison de tissu.

Pour le reste, il est utile de préciser que les femmes voilées n’ont pas subi une greffe de tissu sur les cheveux. Elles le retirent sitôt franchi le pas de leur porte, quand elles sont en famille. Elles ne gardent pas leur foulard sous la douche, et se lavent même les cheveux! Elles ne dorment pas avec non plus. Elles ont le droit de rire, de réfléchir, de sortir, de plaisanter avec leurs copines et même de travailler. Le voile n’est pas, en général, prison de tissu. Ces femmes n’ont qu’une seule ambition, paradoxale: qu’on les laisse tranquilles et qu’on arrête de raconter des inepties à leur sujet. Elles rêvent de mener leur vie comme elles l’entendent, sans avoir le sentiment d’être scrutées et jugées.


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