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Par Léa Girardet

Le confinement n’est pas une comédie romantique


Ce matin, un journaliste m’a contactée car il voulait écrire un article sur la drague pendant le confinement. J’imagine qu’il m’a vue sur Tinder. Évidemment qu’il m’a vue sur Tinder.

Ça y est. Je suis devenue une sorte de Bridget Jones au temps du Covid-19. Je viens de fêter mes 32 ans avec moi-même, confinement oblige, et l’image de la Londonienne dépressive soufflant toute seule sur sa bougie d’anniversaire m’est revenue en pleine face. J’avais 13 ans quand le premier volume de la saga est sorti, et malheureusement l’archétype de la célibataire en mal d’amour qui contrôle son poids et tente d’arrêter de fumer en tenant un journal de bord semble plus que d’actualité me concernant. Hugh Grant et Colin Firth en moins. Dans mon immeuble, tous mes voisins sont partis, mis à part deux couples et une vieille dame qui longe les murs, aucune chance de croiser Mark Darcy avec son pull de Noël ou que Daniel Cleaver ne me propose un tour de barque. Donc, quand un journaliste, au petit matin, m’interroge sur ma façon de draguer pendant le confinement, je sens une pression sociale m’envahir alors que je n’ai absolument aucun contact avec la société.

Pourquoi faudrait-il que je remonte à cheval quand tous les écuyers sont susceptibles de me refiler une grippe dégueulasse? Et si je n’avais pas envie de draguer? Et si mon but pendant ce confinement n’était pas de trouver l’homme de ma vie mais de survivre? Je suis seule chez moi depuis quatre semaines, je me refais toutes les saisons d’Ally McbealGirlsFleabag, je résiste chaque jour à ne pas sombrer dans une profonde dépression et je devrais en plus de ça m’intéresser à des hommes que je ne connais pas afin d’assurer mes prochaines années? Non, je n’ai pas envie de faire des dates au Monoprix ou des balades sur Google Street View … J’y ai pensé, c’est vrai, il y a quelque chose de romantique dans tout ça, je me voyais déjà annoncer à mes copines ma romance incroyable avec ce Parisien confiné qui habite à quelques rues de chez moi, avec qui je corresponds tous les jours en laissant une lettre manuscrite derrière l’un des poteaux de la rue des Pyrénées. Eh bien non. Y’a R. Que dalle. Des pâtes, Koh Lanta, la rediffusion des Anges de la téléréalité et les séries citées en amont. J’aurais pu essayer de créer de l’anecdote avec Pierre, Martin, Paul ou Karim. Mais non, non, non le confinement n’est pas une comédie romantique. Bébé est clairement laissée dans un coin et elle attend le 11 mai pour se mettre une murge monumentale.

Pendant ce confinement, je me suis rendu compte que l’interdiction de rencontrer un homme me soulageait, que de devoir payer 135 euros pour toute tentative de séduction m’était plutôt agréable.

Pour une fois, oublions ce fameux “happy ending” de la rencontre amoureuse et changeons la direction de notre narration. Imaginons que notre trentenaire célibataire ne va pas ressortir avec l’espoir de se marier ou de faire un enfant, mais plutôt avec des objectifs personnels et professionnels qu’elle s’est fixés au fur et à mesure des semaines: faire un road-trip aux USA en écoutant la B.O de Thelma et Louise, voir les Contes d’Hoffmann à l’Opéra de Paris en imitant Roberto Benigni dans La Vie est belle, ou encore écrire sa propre série télévisée en essayant de proposer un personnage féminin dont le but ne serait pas de s’accoupler mais de s’accomplir. 

Contre toute attente, je crois que ce virus nous offre la possibilité de voir les choses autrement. Pour nous, les célibataires. Non seulement il nous permet de faire une pause dans notre recherche frénétique du grand amour, mais surtout il nous délivre de cette fâcheuse culpabilité d’être seule. Pendant ce confinement, je me suis rendu compte que l’interdiction de rencontrer un homme me soulageait, que de devoir payer 135 euros pour toute tentative de séduction m’était plutôt agréable et que la pression quotidienne de trouver “un pour faire deux” m’était devenue complètement secondaire. Et, jackpot, j’avais enfin réussi à me débarrasser de ce systématisme si tentant (et si féminin) de me remettre en question pour justifier mon célibat. Édouard Philippe me proposait de me reposer sur lui et de prendre en charge toutes les explications possibles à ma solitude. Eh bien je commençais sérieusement à apprécier cette proposition. 

Alors si, pour une fois, je décidais de me foutre la paix. Si pour une fois, je me regardais dans le miroir en chantant All By Myself sans aucune mélancolie. Et si, pour une fois, je comprenais que l’élément le plus badass chez Bridget Jones, ce n’est pas sa relation amoureuse, mais bien son célibat.


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