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Par Léa Girardet

Comment les films déprimants ont sauvé mon confinement

“La Vie est belle”, DR
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Je n’ai jamais compris pourquoi la majorité des gens regardaient Love Actually pour se consoler d’une rupture amoureuse. Assister aux prémices d’une histoire d’amour quand on lorgne sa boîte de Lexomil du coin de l’œil relève plus du masochisme que du réconfort. Regarder pour la énième fois le type aux pancartes exprimer tout son amour à Keira Knightley alors que notre matelas s’affaisse définitivement d’un seul côté me semble un peu pervers. 

Pour ma part, après une rupture amoureuse, j’ai plutôt tendance à regarder un bon Ken Loach. C’est incroyable comme la filmographie entière de cet homme me permet de relativiser mes problèmes. Démonstration. Est-ce qu’on m’a retiré cinq fois la garde de mes enfants? Non. Est-ce que je me suis fait torturer à petit feu en Irlande? Non. Est-ce qu’il m’est arrivé d’avoir si faim que je doive avaler une boîte de conserve avant même de sortir du magasin? Non. Est-ce que je suis dérangée au point d’imaginer Éric Cantona dans mon salon? Oui. Clairement. Mais, hormis ce dernier point, je suis persuadée que regarder un film de Ken Loach un soir de dépression est une recette beaucoup plus efficace que celle conseillée par tous les magazines féminins.

Depuis le début de la crise du Covid-19, je suis confinée toute seule dans mon appartement. Je n’ai pas réussi à créer du lien avec mes voisin·e·s, ni avec les chats qui se posent dans ma cour ni même avec le caissier du Franprix qui semblait pourtant apprécier mon humour les premiers jours. Rien. Pour tout vous dire, je suis bélier ascendant dépression et la veille de mes 32 ans j’ai senti une légère mélancolie m’envahir. J’allais pour la première fois de ma vie fêter mon anniversaire toute seule, souffler ma bougie toute seule (par pitié, faites que je ne fasse pas cette photo, même pour rire) et, bien entendu, j’allais m’atteler à boire beaucoup d’alcool toute seule. Ce n’est pas tellement le fait de boire seule qui me dérange, ne soyons pas hypocrites, on le fait tous depuis le 17 mars sans aucune culpabilité, mais plutôt le fait de boire beaucoup, toute seule, le jour de mon anniversaire, que je trouve légèrement angoissant. Pour une fille qui a pris l’habitude de saouler ses ami·e·s chaque année en faisant le décompte avant son anniversaire dès le début du mois de mars, la célébration solitaire de sa propre personne qui se profilait s’apparentait donc à une sacrée épreuve de vie.

Est-ce que les nazis sont aux portes de Paris? Non. Est-ce que mon papa me raconte des histoires drôles pour me protéger des nazis? Non. Et donc mon plus gros problème demain est de fêter mon anniversaire toute seule? Oui.

Une solution drastique m’est alors apparue: la Seconde Guerre mondiale. Aux grands maux les grands remèdes, Ken Loach n’allait pas pouvoir assurer le job, j’ai donc décidé ce soir-là de changer de réalisateur “doudou” et de regarder La Vie est belle de Roberto Benigni. Problèmes moins contemporains que Ken Loach certes, mais on reste sur de l’efficacité: les nazis. Ah les nazis, rien de mieux pour apprécier sa solitude! Eh bien, contrairement à ce que l’on a pu entendre ces dernières semaines, je peux vous affirmer que nous ne sommes pas en guerre. Mais alors, vraiment pas. Et que ma situation personnelle qui me semblait plus que désespérée m’est alors apparue complètement anecdotique. Démonstration. Est-ce que les nazis sont aux portes de Paris? Non. Est-ce que mon papa me raconte des histoires drôles pour me protéger des nazis? Non. Et donc mon plus gros problème demain est de fêter mon anniversaire toute seule? Oui. Vu comme ça c’est assez radical, mais je peux vous dire que ce dialogue interne m’a calmée tout de suite. Imaginons que j’aurais regardé Dirty Dancing. Eh bien le bilan aurait été beaucoup plus déprimant. Démonstration. Est-ce que je fais une taille 34? Non. Est-ce que j’ai encore l’âge de partir en vacances avec mes parents? Non. Est-ce que le plus beau garçon du camp de vacances (ou du bar juste à côté) s’est déjà retourné sur moi? Non. Est-ce qu’on va me laisser toute seule dans un coin le jour de mon anniversaire sans que le mec au déhanché torride ne vienne me chercher ? Oui. Bon. Autant ne pas regarder le film et se jeter tout de suite par la fenêtre. 

L’idée n’est pas tellement de minimiser son malheur ou de se réjouir de celui des autres, mais simplement de relativiser ses problèmes existentiels tels qu’une rupture amoureuse ou un confinement un peu long. Dois-je rappeler, qu’au-delà des histoires d’amour multiples, le final de Love Actually consiste à voir des gens dans un aéroport se jeter dans les bras les uns des autres? Si à la fin du film vous n’êtes pas mélancolique de l’amour et de l’époque où la distanciation sociale était inexistante alors vous êtes sûrement une personne particulièrement équilibrée et avec laquelle j’aimerais beaucoup prendre un verre après le 11 mai.


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