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“Merci ma France”: En réponse à la polémique Hapsatou Sy, elle écrit un message d'empowerment


Longtemps je me suis couchée bercée d’espoir. Ma France m’a vanté les mérites de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, elle m’a conté les vertus de la République, et elle m’a chanté les louanges lointaines du Siècle des Lumières. Alors j’ai chanté à pleine voix, des romances vidées des paroles de vieilles chansons d’autrefois. Elle a formé mon esprit à croire que si je pense alors je suis, puis a brisé ces mêmes illusions car dans ma France, qui je suis ne dépend pas de ma pensée, mais de ce qui s’en dit. 

Longtemps cet état de fait immuable m’a frustrée, peinée, mise en colère. J’étais insultée, méprisée, rejetée, crainte, fustigée.

Aujourd’hui, colère est morte.

“Ma mémoire de jeune fille d’étranger est à la recherche de son temps perdu.”

Je suis née à quarte heures de l’après-midi, à Paris. C’est ainsi que de par le droit, son sol me fît sienne, sans que mon avis ne me soit demandé. Mes parents me prénommèrent Soraya, là encore, n’ayant pas les mots, mon opinion fût laissée de côté. En Persan, Soraya signifie étoile filante, je n’ai donc aucune raison de le regretter. Cependant ma France, telle qu’avec mes nom, prénom et couleur de peau, je la connais, m’a accordé un droit de sol que j’allais découvrir culturellement conditionné, un astérisque en bas d’un contrat que je n’ai jamais signé. Les années passèrent.

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, je compris que ma Liberté était enfermée, que mon Égalité était limitée et que la Fraternité ne me serait pas accordée de ce côté-ci de la Méditerranée.

Mais comme je l’écrivais plus haut, aujourd’hui, colère est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. C’est la gratitude qui a pris le dessus, car ma mémoire de jeune fille d’étranger est à la recherche de son temps perdu.

Alors merci. Merci de m’avoir mise à l’écart, merci de me l’avoir ensuite reproché. Merci de m’avoir méprisée en raison de ma croyance, merci mon aigre-douce France. Merci de laisser des délinquants condamnés par ta justice m’insulter en raison de mon prénom, merci de supprimer des subventions pour censurer ceux dont les parents, comme les miens, sont nés sur un autre continent.

“Merci de sous-évaluer mon travail en raison de mon sexe, et lorsque je me fais harceler de prendre la longueur de ma jupe en prétexte.”

Merci de vouloir m’enfermer dans tes clichés, cependant elle n’est pas en moi cette uniformité, tu sembles simplement avoir du mal à appréhender toutes les facettes de ma complexité. Merci car sans ton dédain, je n’aurais probablement été moi que dans ta superficialité. Merci de ne pas me laisser le choix, je suis soit à eux soit à toi. Je me choisis moi, et fais fi de ta possessivité.

Merci de ne pas m’avoir donné l’opportunité de mes rêves et de m’avoir forcée à découvrir au-delà de tes frontières, car tes rues sont trop étroites, et pour atteindre mes ambitions, j’ai su traverser des mers et des océans. Pourquoi rester en prison. La frontière est grande ouverte! Merci de sous-évaluer mon travail en raison de mon sexe, et lorsque je me fais harceler de prendre la longueur de ma jupe en prétexte.

Merci de m’avoir appris que la Démocratie n’est pas toujours juste, et que ta Méritocratie ne l’est pas en fait. Merci de m’avoir enseigné à bomber le buste et à relever la tête face à tes attaques. Merci d’essayer de me tirer vers le bas, lorsque ton piédestal érigé de vanité et d’orgueil, s’effrite sous chacun de tes pas.

Merci de m’avoir appris à me battre avec mes mots et mes idées, pour mes mots et mes idées. Ma pensée n’a jamais été aussi assurée, ma foi n’a jamais été aussi affirmée, mon histoire n’a jamais été aussi légitime que depuis que tu t’épuises à essayer de me piétiner.

“Tu me rejettes donc tu t’affaiblis.”

Heureux le moment où nous serons assis dans l’Élysée. Toi et moi. Avec deux formes et deux visages, mais une seule âme. Toi et moi.

Merci de m’avoir permis de comprendre que je suis plus grande que ton approbation, et que le monde est plus vaste que ton arrogante perception. C’est la soif qui m’attira vers l’eau, me voici à présent buvant le reflet de la Lune. C’est pour éviter la folie que j’invoquai les mots, me voici à présent dansant et jouant avec tes propres plumes.

Merci de me pousser à te prouver qui je suis d’Averroès à Rûmî, de Daoud à Ngozi. Merci d’avoir exigé que je te ressemble, c’est ainsi que j’ai compris que je n’aurai jamais ta liberté sans tes sangles. Je te proposais que nous nous élevions ensemble, mais méprisante, tu te convaincs que je n’ai rien à t’apprendre. Merci de me montrer les étapes vers l’abrutissement d’une civilisation. Toi dont les débats étaient autrefois portés par Rabelais et sa substantifique moelle, il ne te reste plus à présent que tes médias médiocres et leur obsession pour le voile.

J’ai appris de tes erreurs, et encore et toujours tu as l’arrogance de ne pas écouter ma douleur, alors que tes enfants et les miens en meurent. Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le tort n’est pas l’apanage des autres.

Je pense donc je suis. Je crois donc je suis. Je me connais donc je suis. Je me défends donc je suis. Je m’exprime donc je suis. Tu me rejettes donc tu t’affaiblis. Je ne me limite pas, je suis, je vis, je crie, je lis, j’écris puis j’oublie. Et merci, car nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit.

Toi et moi,

Enrichis de nous-mêmes et libérés par nous-mêmes, serons unis dans l’extase,

Joyeux et sans vaines paroles

Toi et moi.

*Ce texte fait référence à plusieur·e·s auteur·rice·s, dont Marcel Proust, Charles Trenet, Albert Camus, Simone de Beauvoir, Emile Zola, Khalil Gibran, Rûmî et Mahmoud Darwich. 


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