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Par Myriam Levain

La loi sur la PMA est aussi l’affaire des femmes célibataires 

Le Plan B © Sony Pictures Releasing France
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Ça y est, on y est: le premier ministre Édouard Philippe vient de l’annoncer, le Parlement va enfin plancher à l’automne sur un texte de loi relatif à la PMA, texte qui devrait engendrer pas mal de discussions, ne serait-ce qu’au café du commerce. Très attendue, cette promesse du candidat Macron sera-t-elle une réalisation du président Macron? Traduction: que figurera exactement dans cette loi et pourra-t-on réellement parler d’une victoire pour les personnes concernées? En attendant de savoir si notre gouvernement et nos parlementaires voteront une telle avancée législative -qui permettrait à la France de repasser dans le camp des pays progressistes sur le sujet-, il est déjà urgent de mieux vulgariser la question; dans ce domaine, il y a beaucoup de travail, tant les idées reçues sont nombreuses en matière de PMA et révèlent à quel point nous sommes englués dans une vision conservatrice de la famille.

Se focaliser sur l’ouverture de l’accès à la PMA aux couples de femmes, c’est envisager seulement une partie de la question.

Pour commencer, rappelons que ce sigle n’est pas un synonyme de “deux femmes ayant recours à un donneur anonyme de sperme pour avoir un enfant”. Certes, les techniques de PMA -qu’il conviendrait d’appeler AMP pour assistance médicale à la procréation- permettent ce scénario, ouvrant la voie à la filiation pour les femmes lesbiennes. Mais primo, le périmètre scientifique de la PMA est bien plus large que ce geste, secondo, ce qui est autorisé en France est pour l’instant réservé en France à des couples hétérosexuels étant dans l’incapacité de concevoir. On est loin du cliché de “la PMA sans père” brandi par les adversaires du mariage pour tous. Seront donc abordées dans les discussions politiques à venir la question du don d’ovocytes, dont la France manque cruellement, tout comme celle de la levée de l’anonymat du don de gamètes (l’enfant pourra-t-il connaître son géniteur ou sa génitrice et si oui, sous quelles conditions?), l’autoconservation des ovocytes pour les femmes qui souhaiteraient se donner une chance de mener à bien une grossesse tardive, et enfin l’accès à la PMA pour les femmes qui ne sont pas en couple. Ces deux derniers points dont on ne parle pas ou plus aux infos, constituent pourtant une étape majeure dans ce qu’est en train de devenir la cellule familiale du XXIème siècle. Ouvrir ces protocoles aux femmes célibataires, c’est s’éloigner tout autant du schéma traditionnel de la famille que de les ouvrir aux couples de femmes.

Les revendications des couples de femmes et des femmes célibataires ne s’excluent pas, bien au contraire, elles doivent êtres défendues ensemble.

Se focaliser sur l’ouverture de l’accès à la PMA aux femmes lesbiennes, c’est faire le jeu de la Manif pour Tous en politisant le débat dans une direction bien précise, et c’est lire le futur projet de loi à travers un prisme très réducteur. C’est ne pas en saisir vraiment les enjeux ni voir qu’il remet en question la filiation classique de nombreuses façons, notamment en introduisant la possibilité de n’avoir qu’un parent. Les revendications des couples de femmes et des femmes célibataires ne s’excluent pas, bien au contraire, elles doivent êtres défendues ensemble. Mais il est important que la société comprenne à quel point cette future loi concerne tout le monde, même les hommes, pas épargnés par l’infertilité. Ce n’est pas le sujet abordé ici, ces lignes sont consacrées aux femmes visées, qui ne se réduisent pas à vos “charmantes voisines qui ont fait plein d’allers-retours en Belgique”. Cette loi vous concerne toutes et tous directement. Car si ce n’est pas de vous, c’est de votre sœur, de votre fille ou de votre meilleure amie dont on parle. 

De cette femme qui, à l’approche de la quarantaine, n’a pas fait comme tout le monde, pour mille raisons qui lui appartiennent, et voit le mur de l’infertilité se rapprocher dangereusement sans qu’on lui laisse d’autres options que de filer en catimini hors de nos frontières avoir recours à des techniques que nos médecins maîtrisent mais n’ont pas le droit d’appliquer en France à des personnes n’étant pas hétéros et en couple. Dans “PMA pour toutes”, il y a “toutes”, et il y a donc ces célibataires, parmi lesquelles figurent une grande majorité d’hétéros qui, comme les femmes lesbiennes, ne ressemblent pas à la caricature qu’on aimerait faire d’elles. Des femmes qui n’ont généralement pas décidé que, plus tard, quand elles seraient grandes, elles feraient congeler leurs ovocytes pour se laisser plus de temps, ou bien sauteraient le pas de faire un enfant seules. Comment le décider puisque ces modèles sont absents de nos représentations?

Cette nouvelle tranche de vie qu’on appelle celle des jeunes adultes, entre 25 et 35 ans, est une fenêtre inespérée pour toutes celles qui désirent vivre un temps pour elles avant de se retrouver plongées dans la vie familiale.

Les partisan·e·s de la Manif pour Tous n’ont pas tant de raisons d’être inquiet·e·s: aujourd’hui en France, on n’envisage pas la famille autrement qu’avec un papa et une maman, généralement âgés de moins de 35 ans. Souvent divorcés, certes. Dans des familles recomposées, oui. Mais notre modernité quant à la filiation s’arrête généralement là, en témoignent les non-dits qui entourent encore les enfants nés de don de gamètes ou le tabou qui pèse justement sur les mamans solos. Ce sont elles, les grandes oubliées du débat selon la sociologue Dominique Mehl, qui souligne leur invisibilité dans les médias et dans la société, en décalage avec leur nombre croissant aux sorties d’école. Paradoxalement, les couples de femmes ont sans doute cela de rassurant qu’ils forment une cellule familiale plus proche des représentations traditionnelles en abritant deux parents. Par ailleurs, ces couples n’ont pas d’autre choix que d’avoir recours à la science alors que les femmes célibataires hétéros portent le poids de la culpabilité de n’avoir pas procréé à l’ancienne alors que leur sexualité le leur permettait. Cette double peine -elles se retrouvent exclues du tableau traditionnel et affrontent le parcours du combattant alors qu’elles auraient peut-être eu la possibilité de faire autrement- explique probablement qu’elles aient encore des difficultés à porter haut et fort leurs revendications. Pourtant, à ce jour, nul ne peut dire quel schéma est le meilleur pour l’enfant, tant la famille reste un mystère insondable, quelle que soit sa forme. Quel couple hétérosexuel, marié selon toutes les conventions, ayant fait des bébés sous la couette et pas dans un labo, peut avoir la garantie que ses enfants seront heureux et insérés socialement? 

À l’heure où les femmes conquièrent chaque jour un peu plus de liberté, de quel droit interdit-on encore à ces dernières de décider de la manière dont elles veulent enfanter? Surtout quand on sait qu’une fois mères, elles seront en première ligne de la gestion des tâches domestiques.

 

Les mamans hétéros et mariées sont sans doute les mieux placées pour savoir qu’une femme est largement capable d’élever seule des enfants, d’autant plus si elle l’a décidé. Ces mêmes femmes, si elles sont honnêtes, savent aussi très bien pourquoi d’autres ont repoussé l’âge de la maternité. Comme le rappelle la docteure Véronique Fournier dans la vidéo ci-dessus, cette nouvelle tranche de vie qu’on appelle celle des jeunes adultes, entre 25 et 35 ans, est une fenêtre inespérée pour toutes celles qui désirent vivre un temps pour elles avant de se retrouver plongées dans la vie familiale. Une vie familiale où la place de la mère reste centrale puisque le congé paternité est encore symbolique en France. Une vie familiale dont les femmes se retrouvent en charge malgré elles parce que la conquête du marché du travail n’a pas été accompagnée d’un affranchissement des contraintes domestiques. Enfin, une vie familiale qui signe parfois la mort d’un couple en tant que tel, puisqu’il est très compliqué de faire cohabiter libido, gâteaux pour la kermesse et rendez-vous chez le pédiatre pour la gastro du petit dernier. 

À celles qui ne se sont pas précipitées dans cette direction, ne faisons pas payer ces quelques années de liberté. Cette future loi sur la PMA sera aussi la leur si cette dernière leur permet d’autoconserver leurs ovocytes ou d’avoir recours au don de gamètes sans devoir justifier d’une vie de couple, ce qui est toujours exigé lors de l’actuel parcours médical français. N’attendons plus, autorisons-les à procréer comme elles le souhaitent, plus tard et avec beaucoup de péripéties qui constituent déjà suffisamment d’épreuves. Surtout, arrêtons de les juger, donnons-leur la parole dans les médias, accordons-leur de la visibilité et du respect: elles sont déjà entrées dans la modernité, elles.   

À écouter: notre podcast Il était une fois la PMA.


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