contributions

Vos préférences sexuelles sentent-elles bon le racisme?

© Scarlotta Harlott
© Scarlotta Harlott

© Scarlotta Harlott


“Je suis désolé·e mais je ne sors pas avec des noir·es”, “Moi j’adore parce que vous avez des trop belles formes (sous-entendu des grosses fesses / des gros seins)”, “J’ai jamais essayé avec une noire”, “tu es tellement exotique”, “panthère”, “lionne”, “tigresse”, sont autant de phrases qui colorent le paysage de ma vie sentimentale et sexuelle.

Amusons-nous à déconstruire ensemble le racisme qui se cache derrière ces phrases, et qui semble échapper à certains.

Pourquoi, me direz-vous, la notion “d’exotisme”,  lorsque l’on cherche à me séduire, me donne envie de distribuer des coups de pioche? Tout d’abord parce que l’exotisme, id est ce qui évoque les mœurs, les habitants ou les paysages de pays lointains (c’est la définition du Petit Larousse), fut une notion apportée durant l’époque coloniale (voire même avant). Ce mot permettait à la fois de s’extasier de la singularité des peuples étrangers, mais il permettait également de justifier l’incivilisation de ces derniers, ainsi que les exactions qui furent menées à leur encontre sous le prétexte d’amener les peuples barbares à la civilisation.

L’exotisme peut, par exemple, rappeler Gauguin à Tahiti. Moi, il me rappelle surtout un vieux croulant qui couchait avec des jeunes filles de 13 ans; fait que l’Histoire a savamment transformé en “relations passionnées” d’un artiste avant-garde avec les “tentatrices” locales.

Je rappelle également que les synonymes accolés à “exotique” sont: “bizarre”, “inhabituel”, “étrange”, “anormal”.

“Vous niez toute individualité, toute unicité propre à nous, les individus formant la communauté noire.”

La phrase “Je n’ai jamais couché avec une noire” est en bonne position dans le hit-parade des pick-up lines qu’on me sert. Devrais-je rappeler que les femmes noires, asiatiques, et de n’importe quelle autre communauté, ne sont pas des expériences sexuelles? Apparemment, oui! Le magazine Santeplusmag a publié un charmant article: “12 expériences sexuelles à essayer au moins une fois dans sa vie”. L’auteur de l’article stipule que coucher avec une personne d’un pays étranger est un must: “Est-ce que vous avez déjà été attiré par un étranger? Une Asiatique aux cheveux brillants ou un Africain au corps sexy? Foncez, une touche d’exotisme ne vous fera que du bien!”. Non, je ne suis pas sur Terre pour pimenter la vie sexuelle des mous du gland.

 Que se cache-t-il derrière les phrases: “No Blacks” (que l’on peut trouver dans les descriptions de profils Tinder/Grindr/…), “Je ne suis pas attiré·e par les Noir·e·s”, “Je ne sors pas avec des Noir·e·s”? En plus de puer violemment du derche, ces phrases laissent sous-entendre qu’il n’existerait qu’un seul type de Noir·e·s, un “type” étonnamment composé de clichés et de stéréotypes. En utilisant ces phrases pour restreindre votre dating pool, vous niez tout d’abord toute individualité, toute unicité propre à nous, les individus formant la communauté noire. Dans une vidéo intitulée Les Femmes noires ne sont pas attirantes, Naya Ali regroupe toutes les justifications qu’on lui a données pour étayer cette théorie. Trois réponses en ressortent: 1) Nous n’avons pas de beaux traits. 2) Nous sommes agressives. 3) Nous n’avons pas la même culture. Trois réponses qui correspondent, à s’y méprendre, aux trois images les plus véhiculées dans les médias pour décrire la femme noire, soit: la Mama, la figure de l’Angry Black Woman et l’éternelle jeune fille des cités. Cette dernière est particulièrement aimée du cinéma français. Elle est toujours agressive, en décrochage scolaire et ne se définit pas comme Française (en l’occurrence), car elle ne se reconnaît pas dans cette culture. Trois réponses qui se calquent sur des images médiatisées à outrance.

“‘Je ne sors pas avec des noir·es’ est une phrase d’une violence incroyable.”

Quelques exemples: on trouvera la figure de la Mama dans le rôle de Mammy, interprété par Hattie McDaniel, dans Autant en emporte le vent (1939). Eddie Murphy en fera une parfaite caricature dans Big Mama (2000) ainsi que dans Norbit (2007). Certains classiques de Disney la mettent aussi en scène. L’Angry Black Woman, de son côté, apparaît dans la moitié des TV shows Américains comme dans The Real Housewives of Atlanta, ou encore au cinéma (FBI: Fausses blondes infiltrées), ou alors dans un bon paquet de clips musicaux. L’Angry Black Woman présente un cliché dommageable, puisqu’elle décrit les femmes noires comme irascibles, colériques, illogiques et s’emportant sans raison apparente. La jeune fille des cités, celle qui “refuse l’assimilation” et qui habite dans les blocs HLM, est présente dans un film comme Bande de filles (2014).

 “Je ne sors pas avec des noir·es” est une phrase d’une violence incroyable. Elle avise qu’au final, nous ne sommes pas rejetées pour qui nous sommes, mais bien par rapport aux clichés qui nous sont associés.

Personne ne vous jettera de pierres parce que vous aimez les femmes aux yeux bleus et aux cheveux blonds. Par contre, il est intéressant de reconnaître que cette “préférence” est façonnée par des images véhiculées par la société et par les médias. En effet, le corps blanc est considéré comme étant le standard de beauté ultime. Son omniprésence et sa surreprésentation au cinéma, dans la littérature et dans la pub, ne sont pas anodines. Il est posé comme étant le plus attrayant, au sommet de l’échelle de la beauté. Plus un corps s’en éloignera, moins il sera légitime. Montrer des femmes noires utiliser des produits de dépigmentation de la peau afin de la rendre plus “claire” n’est pas anodin. Que le budget capillaire des femmes noires se compte en millions d’euros pour rendre leurs cheveux plus lisses n’est pas anodin non plus. Moi la première, je suis passée par la case “défrisage”, car à 11 ans, je savais déjà que mes cheveux crépus n’étaient pas socialement acceptés ni acceptables, et qu’ils me marginalisaient. Naya résume bien cette idée: Je le répète, un goût est un goût; une préférence est une préférence; c’est pas grave. Préférer les blondes, les yeux marrons, les petits, les baraqués, etc., c’est normal! Mais les femmes noires ne sont pas UN physique. Elles ne se ressemblent pas toutes. Comme beaucoup de choses, votre préférence pour une ethnie ou une autre est une construction sociale. Alors posez-vous les bonnes questions. Demandez-vous s’il est possible de déconstruire votre a priori ou si vous n’êtes qu’un gros ****** de raciste?”


1. J'ai couché avec un seul homme dans ma vie, et tout va bien

J’ai 30 ans. Je n’ai jamais été larguée et je n’ai jamais largué personne. Non vous n’êtes pas en train de lire le journal de Bridget Jones et d’ailleurs je ne suis pas là pour me plaindre. Mais les faits sont là: la rupture, je…
© Scarlotta Harlott - Cheek Magazine
© Scarlotta Harlott

2. J'ai fait un AVC à 33 ans

Ce matin de novembre 2018, j’ignorais en me réveillant que toute ma vie changerait en quelques heures. Je m'appelle Margot, à l'époque j'ai 33 ans, je suis prof en collège, jeune maman et je vais basculer dans le monde du handicap. Tout s'enchaîne, les secours, l'arrivée aux…
© Scarlotta Harlott - Cheek Magazine
© Scarlotta Harlott

3. L’égalité des genres commence par l’éducation de nos filles et de nos garçons 

Qui fait à manger ce midi? Qui lance une machine? Qui range, passe l’aspirateur ou fait la liste des courses? Et par-dessus tout, à l’heure du télétravail généralisé, qui s’occupe des enfants? Le confinement a été notre grand tête-à-tête avec les inégalités de genre. En…
© Scarlotta Harlott - Cheek Magazine
© Scarlotta Harlott

5. Journal du confinement: Ce déconfinement qui ne vend pas du rêve

Quand nous nous sommes embarqué·e·s dans la grande aventure du confinement, il y a presque deux mois, nous ne savions pas très bien ce que nous faisions. Nous avons donc commencé par nous barricader chez nous quand nous le pouvions, en stockant des pâtes et…
© Scarlotta Harlott - Cheek Magazine
© Scarlotta Harlott

6. Comment les films déprimants ont sauvé mon confinement

Je n’ai jamais compris pourquoi la majorité des gens regardaient Love Actually pour se consoler d’une rupture amoureuse. Assister aux prémices d’une histoire d’amour quand on lorgne sa boîte de Lexomil du coin de l’œil relève plus du masochisme que du réconfort. Regarder pour la énième…
© Scarlotta Harlott - Cheek Magazine
© Scarlotta Harlott

7. Confinement: suis-je la seule à aimer ça (et à en avoir honte…)?

Attention, il ne s’agit pas de sexe: aimer ça, je suis loin d’être la seule, et avoir honte, ce n’est plus le cas de personne, j’espère. Non, il s’agit du confinement. Pour de multiples raisons, j’adore ce que je suis en train de vivre, et…
© Scarlotta Harlott - Cheek Magazine
© Scarlotta Harlott