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Par Fiona Schmidt

Roméo Elvis et l’empathie à deux vitesses dont profitent toujours les mêmes

Instagram / @elvis.romeo
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J’ai été très frappée par les réactions qui ont accompagné les excuses publiques de Roméo Elvis il y a trois jours. Dans les commentaires sous le post, on lit beaucoup de comparaisons avec l’affaire Moha La Squale, beaucoup de bienveillance, et même, des félicitations. Les gens font deux poids deux mesures, ils trient le bon gars de l’ivraie, ils jugent que Moha La Squale est un “vrai” agresseur alors que Roméo Elvis est juste un “mec normal qui a un peu dérapé”, et même un “bon gars” puisqu’il a eu le courage de reconnaître sa faute publiquement. Ils passent l’éponge avec soulagement, ils sont heureux d’être magnanimes avec un type qui le mérite, un type sympa qui a du talent et une soeur sympa qui a du talent aussi, bref, ils sont heureux d’être magnanimes avec un homme qui leur ressemble, en plus célèbre et en plus belge.

C’est cette légèreté qui me frappe. Cette légèreté, et aussi cette empathie à deux vitesses dont profitent toujours les mêmes, les hommes cis hétéros blancs, les frères, les potes, les gentils maris, les honnêtes travailleurs, les bons pères de famille, les fils attentionnés, les gendres idéaux,  bref, les mecs au-dessus de tout soupçon. Le niveau d’exigence vis-à-vis de ces hommes continue d’être extrêmement peu élevé, comme si leurs erreurs à eux étaient moins graves que celles des autres. Comme si l’erreur était humaine pour tout le monde mais qu’eux étant plus humains que n’importe qui, l’éponge était plus facile à passer pour eux, et que c’était normal de la passer plus vite.

“Lorsqu’un brave type agresse sexuellement une femme, on suppose toujours que c’est elle qui a merdé la première.”

C’est le genre de mecs dont les actes ne sont jamais totalement répréhensibles, et dont la responsabilité n’est jamais entièrement engagée. Il y a toujours une femme dans les parages pour porter leurs responsabilités à leur place, façon sherpa. Dans le cas de Roméo Elvis, c’est lui qui s’est mal comporté, mais c’est sa sœur et sa fiancée qui ont immédiatement payé les conséquences de son comportement. C’est d’Angèle dont les réseaux sociaux ont exigé des excuses et une réaction, pas de lui. C’est aussi le genre de mecs dont les intentions comptent plus que les actes, et dont on suppose toujours qu’elles sont bonnes. Lorsqu’un brave type agresse sexuellement une femme, on suppose toujours que c’est elle qui a merdé la première, que sa tenue ou son comportement étaient inappropriés, ou alors qu’il s’agit d’un hasard malheureux, pas vraiment d’une faute.

Lorsque Roméo Elvis s’excuse, il commence d’ailleurs par minimiser les faits. Il ne parle pas d’agression sexuelle mais de maladresse et de malentendu. Il ne dit pas “J’ai merdé et je suis seul responsable” , il dit: “J’ai utilisé mes mains de manière inappropriée sur quelqu’un”, il dit avoir cru “répondre à une invitation qui n’en était pas une”. Pourtant, le témoignage de la jeune femme ne laisse place à aucune ambiguïté: elle essayait des vêtements dans une cabine d’essayage dont elle avait tiré le rideau, il est entré sans invitation, et sans invitation lui a touché les seins avant de mettre les mains dans son pantalon et sur ses fesses. Mais le témoignage de la jeune femme importe peu, la vérité des faits importe peu, puisque lui a reconnu sa version des faits et s’en est excusé: la parole des hommes vaut davantage que celle des femmes, puisqu’elle a la faculté magique d’effacer leurs actes, dont les femmes de leur entourage sont quoiqu’il en soit toujours plus responsables qu’eux. Et puis il a mieux agi qu’un autre mec auquel on reproche des faits de la même nature et qui lui, est un vrai méchant qui a fait de la prison (et s’appelle Mohamed, en plus). Mais depuis quand le fait de se comporter “moins mal” que quelqu’un d’autre relativise la nature de ce comportement? Ce n’est pas parce que quelqu’un casse un seul vase alors que quelqu’un d’autre en casse plusieurs que le premier vase est moins cassé, pas vrai?

Je ne juge pas les faits. Je ne juge pas Roméo Elvis. J’analyse la réaction du quidam dont je fais partie, et cette réaction m’inquiète d’autant plus que j’ai eu sensiblement la même. J’ai été soulagée que Roméo Elvis s’excuse parce que j’aime bien Roméo Elvis et j’aime beaucoup sa sœur. J’ai été soulagée qu’un mec qui ressemble à mes potes ne soit pas un monstre, qu’il ait “juste déconné” , et qu’il soit à ce point formidable qu’il s’en excuse publiquement.

“Les agressions sexuelles et sexistes ne s’endigueront pas tant que l’on considérera les victimes comme des ‘salopes’ et/ou des ‘menteuses’ et les agresseurs comme des ‘coquinous’.”

Sauf que le fait d’assumer ses responsabilités n’a rien de formidable: c’est ce qu’on attend de n’importe quelle femme, qu’elle soit célèbre ou pas. Dès leur plus jeune âge, on apprend aux filles à être responsables de leurs actes parce que leurs actes sont susceptibles d’avoir des conséquences sur les actes des garçons qu’on ne peut pas leur reprocher parce qu’ils relèvent de la nature et du droit le fameux “droit d’importuner” cher à Catherine Deneuve, souvenez-vous… 

On apprend donc aux filles que les garçons ont le droit d’agir comme bon leur semble et qu’il est de leur devoir à elles de composer avec ce droit, sans jamais le remettre en cause. Partout dans le monde, on apprend aux filles qu’elles sont responsables de leurs actes et aussi des actes des garçons, mais comme dans notre pays on est hyper moderne et égalitaire, on félicite les hommes de 27 ans lorsqu’ils font la moitié, même pas, le quart de ce que les jeunes filles savent faire à 10 ans. La latitude immense qu’on laisse à certains hommes s’agissant de leurs rapports aux femmes est inquiétante et elle doit changer. Les agressions sexuelles et sexistes ne s’endigueront pas tant que l’on considérera les victimes comme des “salopes” et/ou des “menteuses” et les agresseurs comme des “coquinous”, et tant que les agressions sexistes seront perçues comme des “bêtises” d’enfant dont il suffit de s’excuser pour être absous. 

L’enjeu, ce n’est pas de reconnaître ses fautes. L’enjeu, c’est de faire en sorte de ne pas fauter. 

Les mecs, il est temps que vous soyez enfin aussi adultes que les fillettes de 10 ans.


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