culture

Rentrée Littéraire

Les 12 romans Cheek de la rentrée littéraire

Notre sélection pour vous aider à mettre des autrices dans votre pile de livres de septembre.
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems

"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems


Que l’on vous rassure tout de suite: le confinement et les bouleversements des calendriers éditoriaux n’empêchent pas cette rentrée littéraire d’être particulièrement riche et passionnante. L’occasion de retrouver le chemin des librairies et de soutenir des autrices qui traitent de sujets aussi différents que le colorisme, le sexisme du monde de l’art, le mouvement #metoo, les Gilets Jaunes ou les mariages forcés au Sahel… Et la sororité, qui traverse presque l’intégralité de ces œuvres. Notre top 12 des romans Cheek cette rentrée littéraire 2020.

 

Chavirer, de Lola Lafon (Actes Sud)

chavirer lola lafon actes sud

Ça raconte quoi: Quand elle avait 13 ans, Cléo a été repérée pour obtenir une bourse de la Fondation Galatée. Une opportunité inattendue de s’émanciper de sa vie monotone en banlieue parisienne. Sauf que la fondation s’avère être une manière de fournir des jeunes filles à des hommes puissants. Cléo va, malgré elle, entraîner des camarades de classe dans ce piège.

Pourquoi on le recommande: Chavirer se présente sous la forme d’un roman choral qui permet à Lola Lafon d’explorer de nombreuses thématiques, de les faire dialoguer et converger pour dresser un panorama très complet de la société française contemporaine: la lutte des classes, l’antisémitisme, la misogynie, le mouvement #metoo… Chavirer est un grand roman qui raconte et décrit avec une précision chirurgicale le corps des femmes et tout ce qu’il traverse. Comment il réagit au monde extérieur, comment il se fait souffrir, comment il se protège. Lola Lafon convoque tour à tour des images poétiques et des termes médicaux pour théoriser tout ce que la société projette sur la chair des femmes. Tout son roman fait dialoguer les victimes, et réfléchit sur les rouages complexes de leur culpabilité. Pour elles, l’autrice a une tendresse infinie: pour les danseuses des plateaux des émissions de Michel Drucker, les adolescentes, pour les mères qui font ce qu’elles peuvent, pour les femmes engagées et celles qui ne le sont pas. Probablement le plus beau roman écrit à ce jour sur le mouvement #metoo.

 

L’autre moitié de soi, de Brit Bennett (Autrement)

Ça raconte quoi: Brit Bennett retrace dans ce roman l’itinéraire de deux sœurs jumelles qui se sont enfuies de leur petite ville du Sud des États-Unis alors qu’elles n’avaient que 16 ans. Quatorze ans plus tard, l’une d’entre elles, Desiree, se réintègre à la communauté noire de la ville. L’autre jumelle, Stella, coupe les ponts avec sa famille et s’invente une nouvelle histoire en se faisant passer pour une femme blanche. Le roman décortique la manière dont les deux héroïnes et leurs filles vont vivre leurs identités respectives.

Pourquoi on le recommande: Après Le cœur battant de nos mères (Autrement, 2016), Brit Bennett confirme qu’elle est l’une des voix les plus enthousiasmantes de la scène littéraire américaine actuelle. L’autre moitié de soi est un roman magistral sur l’identité dans lequel l’autrice traite de sujets complexes avec une sensibilité infinie: colorisme, white passing, transidentité, gémellité, sororité, liens du sang et liens du cœur, privilège blanc, convergence des luttes, précarité… Tout comme dans son précédent roman, Brit Bennett excelle dans la nuance et l’empathie, et le portrait fin de ses personnages tisse une réflexion politique passionnante sur notre société contemporaine. L’autre moitié de soi se lit à la fois comme une histoire intime de la famille et comme un grand récit sur l’Amérique, la déségrégation et les racines du racisme.

Traduit de l’américain par Karine Lalechère

 

Térébenthine, de Carole Fives (Gallimard)

Ça raconte quoi: Trois étudiant·e·s des Beaux-Arts, deux filles et un garçon, se rencontrent et se lient d’amitié autour d’une ambition commune, celle de devenir peintres. Un rêve qui s’avère difficile à réaliser dans le monde de l’art contemporain, dominé par la performance et l’art vidéo.

Pourquoi on le recommande: Carole Fives signe un grand roman féministe sur la place des femmes dans un monde de l’art très masculin. Elle raconte la manière dont l’art a été dominé par les hommes, des professeurs qui essaient de profiter de leurs étudiantes à l’invisibilisation des femmes et de leurs œuvres. Pourquoi les femmes sont-elles si nombreuses sur les bancs des Beaux-Arts puis absentes d’une grande partie des grandes galeries? Térébenthine est non seulement une réflexion lucide et souvent tendre sur le milieu de l’art et ce que cela signifie d’être un·e artiste au début des années 2000, mais aussi une grande leçon d’histoire de l’art sur les grandes figures féminines qui ont traversé l’histoire.

 

Liv Maria, de Julia Kerninon (L’Iconoclaste)

Ça raconte quoi: Liv Maria Christensen grandit sur une petite île bretonne avant d’être brutalement envoyée à Berlin par ses parents après avoir subi une agression sexuelle. Le roman suit la vie de cette femme en quête de liberté, de la mort de ses parents à son départ en Amérique Latine. Une vie marquée par les secrets et les non-dits.

Pourquoi on le recommande: Parce que l’écriture sublime de Julia Kerninon nous fait tomber amoureux·ses dès les premières pages de ce personnage féminin passionnant, qui nous entraîne en voyage en Bretagne, en Irlande, en Allemagne et sur les routes d’Amérique du Sud. De la première à la dernière page, elle déjoue nos attentes et nous pousse à comprendre le désir de liberté de son héroïne. Un roman magnifique qui décortique toutes les manières dont la société se méfie d’une femme qui échappe aux carcans de la société.

 

Le coût de la vie et Ce que je ne veux pas savoir de Deborah Levy (Éditions du sous-sol)

Ça raconte quoi: Dans les deux premiers tomes de ses mémoires, l’autrice et dramaturge Deborah Levy revient sur les grandes étapes qui ont marqué sa vie, de son enfance et son rapport à sa mère à son mariage et son divorce, en passant par sa relation à ses enfants et par sa volonté farouche de trouver une pièce à elle pour mener à bien ses travaux d’écriture.

Pourquoi on le recommande: Dans un passage de ses mémoires, Deborah Levy raconte son implication dans l’adaptation sur grand écran de l’un de ses romans. Elle explique avoir voulu convaincre les producteurs qu’il était possible de faire vivre le passé à l’écran sans faire usage du traditionnel flashback. Les producteurs ne l’ont pas crue. C’est pourtant exactement ce qu’elle fait dans ses mémoires: elle mêle passé et présent comme si tous les instants d’une vie pouvaient cohabiter sur la page. Elle se raconte dans une perspective féministe tous les rôles qu’elle a tenu dans sa vie: autrice, mère, femme. Dans une écriture remarquable de fluidité, ces deux textes courts sont traversés de fulgurances poétiques.  

Traduit de l’anglais par Céline Leroy

 

Betty, de Tiffany McDaniel (Éditions Gallmeister)

Ça raconte quoi: Betty est une jeune fille née dans une famille de huit enfants d’une mère blanche et d’un père cherokee. Inspiré de l’histoire de famille de l’autrice, ce grand récit épique de plus de 700 pages navigue entre les traumas de la lignée de la mère et les histoires fantastiques et rêvées du père.

Pourquoi on le recommande: N’ayez pas peur de vous plonger dans ce pavé magistral qui se lit d’une traite. Vous serez immédiatement happé·e par l’étrangeté hypnotique de cette fresque familiale qui explore la manière dont le traumatisme des violences sexuelles se transmet de génération en génération comme une malédiction. Avec autant de poésie que de brutalité, Tiffany McDaniel décortique l’apprentissage de Betty tandis qu’elle devient une femme qui découvre la misogynie et le racisme de ses camarades de classe et des professeurs. C’est aussi une ode à l’amour entre sœurs et à la manière dont les femmes essaient, ensemble, de déjouer les nombreux pièges qui se dressent sur leur chemin. Tiffany McDaniel parsème aussi son récit de contes et de croyances cherokee et fait vivre cette culture dans toute la structure de son roman. Une voix aussi singulière qu’enthousiasmante.

Traduit de l’américain par François Happe

 

Les tentacules, de Rita Indiana (Rue de l’échiquier)

Ça raconte quoi: Le roman de Rita Indiana suit deux récits et deux personnages en République Dominicaine en 2027 et en 2000. La première, Acilde, vit dans un futur ravagé par les catastrophes écologiques. Le deuxième, Argenis, est un artiste en résidence. Les deux personnages vont se croiser dans le passé sous des identités différentes et vont voir leurs destins se mêler de manière inattendue…

Pourquoi on le recommande: Parce que Les tentacules est un roman qui ne ressemble à aucun autre qui parle d’identité, de l’individualité face au collectif, d’écologie, du désastre à venir, de racisme, de transidentité et du milieu de l’art. La fluidité du texte et de la langue est totale, non seulement dans l’écriture, mais aussi dans le passage du masculin au féminin, dans la manière d’envisager le passé et le présent sur un même plan. En abolissant les frontières du genre et du temps, l’autrice, par ailleurs très engagée dans les milieux féministes et lesbiens en République Dominicaine, invente une langue très politique. Elle réfléchit sans cesse au poids des mots, à l’imagerie misogyne et colonialiste et trace les contours d’un nouveau monde.

Traduit de l’espagnol (République dominicaine) par François-Michel Durazzo

 

Fille, femme, autre, de Bernardine Evaristo (éditions du Globe)

Ça raconte quoi: Dans ce roman choral qui a décroché le très prestigieux Booker Prize en 2019, Bernardine Evaristo raconte les histoires de douze femmes noires dont les itinéraires se répondent d’un chapitre à l’autre.

Pourquoi on le recommande: Bernardine Evaristo fait dialoguer des femmes à travers les années, les générations, les classes sociales et les pays dans un grand roman féministe et profondément inclusif. Avec son style qui se passe souvent de ponctuation, elle analyse les rapports de classe, de genre et de race avec beaucoup de finesse, d’ironie, de mordant et de tendresse. La société britannique, la communauté LGBTIQ+, les réseaux sociaux, les rapports entre génération, l’amour sous toutes ses formes sont passés au crible. À l’heure où l’on débat sans cesse sur le point de vue, sur le fait de laisser la parole aux personnes concernées, ce roman est particulièrement d’actualité puisqu’il est tout entier tourné autour du dialogue. Peut-être la meilleure manière, aujourd’hui, de raconter le monde dans lequel nous habitons.

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Françoise Adelstain

 

Les autres américains, de Laila Lalami (Christian Bourgois éditeur)

Ça raconte quoi: Un soir, Driss Guerraoui, américain d’origine marocaine, est percuté par une voiture devant le diner qu’il tient depuis des années. Ce drame est le point de départ du brillant roman choral de Laila Lalami où elle donne la parole à un policier, à l’enquêtrice, à l’un des témoins, à la femme de Driss et surtout à Nora, sa fille, qui se bat pour connaître la vérité. S’agit-il d’un accident ou d’un crime raciste?

Pourquoi on le recommande: En faisant entendre ces voix diverses, Laila Lalami raconte l’histoire d’une Amérique pétrie de contradictions et gangrenée par le racisme systémique. Elle raconte aussi l’itinéraire d’une jeune femme qui culpabilise de ne pas avoir suivi la voie tracée par ses parents et qui a peur ne pas avoir tiré profit de leurs nombreux sacrifices. La recherche de la vérité sur la mort de Driss donne à Laila Lalami l’occasion de réfléchir en miroir à la société américaine et à la cellule familiale, au sein de laquelle les nombreux secrets de chacun·e menacent l’équilibre collectif.

Traduit de l’américain par Aurélie Tronchet

 

Le cœur synthétique, de Chloé Delaume (Seuil)

Ça raconte quoi: À 46 ans, Adélaïde se sépare de son mari. Entre son job d’attachée de presse dans l’édition et ses sorties avec ses amies, elle se persuade qu’il lui faut à tout prix se lancer dans une nouvelle relation amoureuse au plus vite. Elle se rend compte que cette quête sera plus difficile qu’elle ne le pense.  

Pourquoi on le recommande: Parce que Chloé Delaume raconte l’obsession de notre société pour le couple hétérosexuel. Quels sont les liens entre le féminisme et le couple? Comment se réinventer à la quarantaine? Comment exister dans le marché de la séduction? Pourquoi le couple hétérosexuel est-il si important en 2020 et comment peut-on s’en dépêtrer? Chloé Delaume réfléchit à tous ces sujets et réussit à donner du sens à tout ce qui existe en dehors du mariage et de la maternité. Le cœur synthétique est notamment une ode superbe à l’amitié entre femmes, à la sororité et à toutes ces façons dont les relations non-amoureuses donnent une grande valeur à la vie. En filigrane, l’autrice raconte aussi le rapport complexe de toute une génération au travail.

 

Comme un empire dans un empire, d’Alice Zeniter (Flammarion)

Ça raconte quoi: Antoine est assistant parlementaire et rêve d’écrire un roman sur la guerre d’Espagne dans l’esprit du Land and Freedom de Ken Loach. L. est hackeuse et son petit ami, qui s’en est pris à une société de surveillance, vient d’être arrêté. Les deux vont se rencontrer à un moment charnière de leur existence.

Pourquoi on le recommande: Le roman d’Alice Zeniter réfléchit à l’engagement et à toutes les formes qu’il peut prendre en 2020. L’engagement de L., qui aide des femmes surveillées par leurs conjoints. Celui d’Antoine, qui veut changer le système de l’intérieur. L’engagement de l’un de ses amis qui vit dans une ZAD autogérée. Qu’ils ou elles soient hackeur·ses, sur les ronds-points avec les Gilets Jaunes ou militant·e·s en ligne, les personnages du roman sont tous en proie au doute. Avec beaucoup d’empathie et de précision, Alice Zeniter raconte la quête de sens de toute une génération et notamment d’une femme qui, après avoir appris à vivre en ligne, apprend à vivre avec son corps et son identité dans le monde réel. Jamais moralisateur, Comme un empire dans un empire donne de la foi dans les combats de demain.

 

Les impatientes, de Djaïli Amadou Amal (éditions Emmanuelle Collas)

Ça raconte quoi: Ramla, Hindou et Safira, vivent au Sahel. La première a été obligée de s’unir avec un homme déjà marié. La seconde a été forcée d’épouser son cousin violent et alcoolique, qui la bat régulièrement. Et la troisième voit son mari prendre une nouvelle épouse et se sent terriblement délaissée et humiliée.

Pourquoi on le recommande: Le récit de Djaïli Amadou Amal s’articule autour d’un mot, qui est répété sans cesse à ses trois héroïnes: “patience”. Dans ce mot se cache la violence et le mépris dont ces femmes sont victimes alors qu’elles essaient d’exprimer à leur famille ce qu’elles vivent dans leur couple. L’autrice les émancipe en leur donnant une voix, en les faisant raconter de l’intérieur ce qu’elles traversent. Elle brise le silence autour de la polygamie, des violences conjugales et du silence qui règne autour de leur condition. Un récit féministe et nécessaire.

Pauline Le Gall


1. Notre Cheek list de livres à offrir pour les fêtes

Si vous manquez d’inspiration pour les fêtes de fin d’année, voilà nos recommandations lecture pour faire plaisir à vos proches ou remplir votre wishlist.
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems

2. Après “10 pour cent”, Stéfi Celma nous fait découvrir ses talents de musicienne

Avec Maison de Terre, premier single chaloupé aux influences bossa nova, l’actrice Stéfi Celma, géniale dans la série 10 pour cent, renoue avec la musique, sa toute première passion. Interview.
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems

3. Cinéma: Les filles impopulaires du lycée prennent enfin leur revanche

Longtemps monolithiques et répondant à un cahier des charges des plus sexistes, le filles impopulaires des teen movies gagnent enfin en profondeur. Analyse.
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems

4. La traduction anglais-français permet-elle de se libérer des stéréotypes de genre?

De la recherche d’une équivalence au “they” non-binaire à l’utilisation de l’écriture inclusive, la traduction permet de réfléchir à l’évolution des usages et à l’avenir de la langue française.
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems

5. Pourquoi il faut voir et revoir “La Revanche d'une blonde”

La Revanche d’une blonde, film culte des années 2000, est moins chamallow qu’il n’y paraît et conserve aujourd’hui toute sa puissance féministe, emmené par la jeune Reese Witherspoon qui a depuis conquis Hollywood.  
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems

6. Riot Grrrl: la relève est bien là dans le monde de la musique

Dream Wife, MOURN, Hinds… autant de girls bands francs et passionnés, dans leur vingtaine, qui n’ont pas grandi avec les riot grrrl, mais qui cultivent quelques points communs avec le mouvement punk féministe des années 90.
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems

7. Les 5 films et séries Cheek du confinement S02

Parce qu’on sait désormais à quel point une bonne série est importante en confinement, voici notre sélection Cheek, avec un film en prime. 
"Carrie" © 2012 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. and Screen Gems