culture

L'interview de Safia Bahmed-Schwartz / Alex June

“À chaque fois que je monte sur scène, je meurs”

Tout au long de l’année, l’artiste Safia Bahmed-Schwartz part à la rencontre de ses pairs pour tenter de définir ce qu’est l’art. 
© Eva Niollet / DR
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Artiste chilienne installée à Paris, Alex June a sorti un album, Big Bang, en fin d’année dernière et donnera un concert parisien le 14 février à l’Espace B. Musicienne, chanteuse, mais aussi dessinatrice, j’ai parlé avec elle de l’imaginaire, de rupture amoureuse, de politique et de la nécessité de rester curieux. 

Salut Alex June, qui es-tu?

Je suis compositrice et dessinatrice. Je suis chilienne, résidant en France depuis sept ans, je fais encore des études d’art et j’ai sorti mon album le 4 novembre 2013.

C’est quoi cet album?

Il s’appelle Big Bang, je l’ai préparé pendant deux ans. J’ai d’abord fait des compositions enregistrées avec mon ordinateur, puis je les ai perfectionnées en utilisant une boîte à rythmes et grâce à des collaborations.

Tu fais tes propres instrumentaux?

J’ai toujours fait mes propres instrumentaux, avec un petit synthé. Je m’enregistrais avec ma webcam, puis je réutilisais ces enregistrements en fond et recomposais par dessus.

Tu dessines aussi?

Oui je suis dessinatrice, je fais des illustrations, des dessins grands formats, influencés par l’iconographie de la renaissance, par des paysages ou des êtres imaginaires.

C’est-à-dire?

Des êtres utopiques, venus d’ailleurs, des paysages irréels qui transportent dans une autre galaxie, dans d’autres univers.

C’est quoi l’art pour toi?

Grosse question! L’art est une expression qui devrait nous faire découvrir d’autres espaces, mentaux ou imaginaires, et nous ouvrir à d’autres interprétations. Ma musique et mes dessins doivent me faire rêver, quitter cette planète, être un échappatoire à mes problèmes ou me donner la capacité de réinterpréter des choses. L’art, c’est une porte ou une clé vers autre chose.

“Lorsqu’on suit les protocoles d’une société, on peut devenir esclave, il faut rester cet enfant curieux et aventurier.”

Tu offres la même chose à travers la musique qu’à travers le dessin?

Oui, absolument. Et quand je fais des performances aussi.

Quel genre de performances?

Par exemple, lors d’une exposition que j’ai organisée, j’ai invité un accordéoniste du métro à venir jouer pendant le vernissage, durant lequel je chantais aussi de l’opéra.  

De quoi parlent tes chansons?

De rupture amoureuse, parce que quand je préparais l’album, c’est ce que je traversais. J’étais mal, je voulais mourir, donc j’ai chanté là-dessus. Je parle aussi de l’enfance, et du fait qu’il ne faut pas se rigidifier dans sa vie d’adulte. Lorsqu’on suit les protocoles d’une société, on peut devenir esclave, il faut rester cet enfant curieux et aventurier. Enfin, je parle d’univers cosmique. Parfois, j’invente des paroles, un langage imaginaire qui invite l’auditeur à faire sa propre interprétation.

Tes parents ont été exilés politique, ils sont venus en France quand tu étais très jeune. Tu penses qu’un artiste a une responsabilité politique?

Je déteste la politique, je trouve que ça ne marche pas. Je suis née avec un père qui me parlait de socialisme, on ne nous offrait ni Barbies, ni chewing-gums. Quand j’avais 15 ans, mon père m’a dit qu’il ne croyait plus en la politique, qu’il ne voulait plus sauver le monde et qu’il avait perdu la lutte. C’était hyper fort pour moi à cet âge-là, d’apprendre ça, de le voir s’habiller en Nike. Je me suis rendu compte que tout ce qu’il m’a appris d’idéalisme, ça se reflète dans mon travail: j’ai en moi ce désir de liberté, de création, la volonté d’échapper à un système en créant des espaces ou des situations nouvelles.

Pour qui crées-tu?

Pour les gens. Je me donne toute entière à eux. J’ai ce don de chanter, c’est la seule chose que je sais faire, je n’ai pas d’autre métier. Et ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. 

Pourquoi c’est pas facile?

Parce que souvent, quand tu t’exposes, tu reçois beaucoup de critiques. Tu es nue devant les gens, face à tous ces idéaux et toutes ces pensées. Je souffre beaucoup de ça: à chaque fois que je monte sur scène, je meurs. Mais je ne pourrais pas faire autre chose. Rêver et faire rêver, c’est la seule chose que j’aime.


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© Eva Niollet / DR - Cheek Magazine
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