culture

Cinéma

De l'angoisse à la camaraderie: les amitiés féminines vues par le cinéma 

Dans Queen of Earth, en salles le 9 septembre, Alex Ross Perry s’invite dans une amitié toxique entre femmes. Un sujet récurrent sur grand écran, où les cinéastes n’ont eu de cesse de l’illustrer sous différents schémas, du thriller à la comédie. Passage en revue de huit films qui mettent sérieusement à mal le concept de BFF. 

Queen of Earth, d’Alex Ross Perry (2015)

Le pitch: Pour se remettre d’une rupture difficile, Catherine s’en va passer une semaine dans la maison de vacances de sa meilleure amie Virginia. Petit problème, cette prétendue cure de remise en forme se transforme en incubateur à folie pour Catherine, campée par une Elisabeth Moss glaçante. Très rapidement, elle passe du statut de pauvre petite chose pas très sympathique  à celui de poupée malfaisante genre Annabelle. Face à elle, Virginia (Katherine Waterston) tente tant bien que mal de faire son travail de “best mate”, mais ne peut qu’avoir de la suspicion et  du mépris à l’égard de son amie.

Ce que cela nous dit: Malgré les années et les confidences, il est toujours naïf de prétendre connaître réellement quelqu’un, et de rester, comme le scandait Lorie à l’époque, une “meilleure amie”.

 

The Duchess, de Saul Dibb (2008)

Le pitch: Dans le Royaume-Uni du XVIIIème siècle, la très aristocratique Georgiana, duchesse du Devonshire (Keira Knightley), vit son existence, partagée entre la folie des mondanités, un fougueux amant, et un époux avenant comme une porte de prison. Un quotidien où vient s’installer Elizabeth Foster (Hayley Atwell), séparée de son époux qui la tient à distance de ses enfants. Meilleure amie de la duchesse, elle finit dans le lit du duc.

Ce que cela nous dit:  Le réalisateur met ici en scène la figure de style classique de la BFF voleuse de mari… Ou plutôt, du mari voleur de BFF. Un passage douloureux, où le personnage-phare du film, déjà accablé par les tromperies multipliées de son mari, se fend d’un “Je ne possédais qu’une seule chose en propre. Pourquoi ne m’avez-vous pas laissé Elizabeth?”

 

Lolita malgré moi, de Mark Waters (2003)

Le pitch: Fraîchement débarquée d’Afrique avec ses parents zoologistes, la jeune Cady découvre l’enfer du lycée, gouverné par les Plastiques, trois poupées Barbie à taille humaine toutes de rose vêtues, dont l’omnipotente et tyrannique Regina. Notre héroïne, interprétée par une toute jeune Lindsay Lohan, trouve dans un premier temps réconfort et refuge chez les marginaux du bahut, qui doivent leur exclusion à leur homosexualité. Elle intègre par la suite le triumvirat fuchsia en taupe, afin d’y recueillir secrets et révélations, mais se laissera gagner par leurs auras maléfiques pour devenir l’une d’elles.

Ce que cela nous dit: Le lycée peut parfois revêtir l’aspect d’une cité barbare, dirigée par trois monstresses, amies non pas par plaisir de camaraderie mais pour celui du pouvoir et de l’influence. Bref, vive le lycée.

 

Mes meilleures amies, de Paul Feig (2011)

Le pitch: Annie apprend que sa meilleure amie Lillian va se marier. Elle obtient de ce fait la lourde tâche d’organiser enterrement de vie de jeune fille et autre festivités en tant que demoiselle d’honneur. Mais problème, elle va devoir composer avec un cortège d’autre demoiselles incontrôlables, dont la démoniaque Helen qui tente de prendre la place d’Annie dans le cœur de son amie.

Ce que cela nous dit: Rare comédie à dépeindre l’amitié entre filles à grand renfort de blagues potaches, Mes meilleures amies montre que des infidélités entre amies peuvent être tout aussi douloureuses que celles en amour.

 

JF partagerait appartement, de Barbet Schroeder (1992)

Le pitch: À la suite de sa rupture avec son mec, Allison Jones (Bridget Fonda), se cherche une coloc’. Son choix se porte sur la timide Hedra Carlson (Jennifer Jason Leigh), qui ne tarde pas à partager avec elle l’appartement new-yorkais qu’elle occupe. Mais, à mesure que les jours passent, le comportement de Hedra devient de plus en plus inquiétant et intrusif, au point de virer, n’ayons pas peur des mots, au pur cauchemar. 

Ce que cela nous dit: Ce thriller domestique -un sous-genre en vogue aux États-Unis entre la fin des années 80 et le début des années 90, qui mettait en scène des psychopathes dans le cadre de la famille, ou du moins, du foyer- semble délivrer une double morale. Que l’on pourrait résumer ainsi: “les apparences sont trompeuses” et “mieux vaut être seule que mal accompagnée”. 

 

Ghost World, de Terry Zwigoff (2001)

Le pitch: Rebecca et Enid voient avec enthousiasme l’arrivée de la fin du lycée. Méprisantes vis-à-vis de leurs camarades, elles n’ont comme objectif que celui d’emménager ensemble. Elles vont faire la connaissance de Seymour, un homme étrange dont va s’amouracher Enid. De son côté, Rebecca va chercher un petit boulot et s’active pour trouver leur nouveau chez-elles. Dans cette adaptation culte de la BD de Daniel Clowes, les deux jeunes filles vont prendre des trajectoires différentes: archétype de la ménagère qui se réjouit face à sa planche à repasser pour l’une, études d’art et peur du futur pour l’autre.

Ce que cela nous dit: Plus que toutes les disputes, coups bas et autre désaccords du monde, grandir et surtout passer à l’âge adulte est l’une des causes de rupture les plus radicales.

 

Respire, de Mélanie Laurent (2014) 

Le pitch: Au lycée, Sarah arrive en cours d’année dans la classe de Charlie. La première, flamboyante et sûre d’elle, archétype de la petite nouvelle dont tout le monde veut être l’ami, jette son dévolu sur la seconde. Cette dernière, plutôt réservée et pas très bien dans ses pompes, se sent “choisie”… Et se laisse embarquer dans une amitié toxique, placée sous le signe de la perversion et de la manipulation.

Ce que cela nous dit: Le deuxième film de Mélanie Laurent, adapté du roman éponyme d’Anne-Sophie Brasme, évoque la cruauté de certaines amitiés adolescentes. À l’âge où se forge l’identité, deux chemins possibles semblent s’offrir à nous: l’affirmation ou l’oubli de soi.

 

Thelma et Louise, de Ridley Scott (1991)

Le pitch: Les deux amies Thelma et Louise sont lassées de leur vie et de leurs conjoints. Un mari, incarnation parfaite du machisme, pour la première, et un musicien en permanence sur la route pour la deuxième. Pour trancher avec ce quotidien morose, Louise emmène sa meilleure amie dans un roadtrip. Celui-ci prend une toute autre allure quand Louise abat un homme qui tente de violer Thelma. Le duo commence alors une cavale mémorable sur la route 66.

Ce que cela nous dit: Film cultissime et engagé, Thelma et Louise donne aux femmes des attributs habituellement “masculins” comme la voiture, les armes et la violence, et fait d’elles de véritables cow-boys au milieu de paysages américains. Mais échapper à la vie maritale a un prix, et ces deux-là paieront très cher leur volonté d’émancipation. 

Lisa Agostini


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© Potemkine Films  - Cheek Magazine
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