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Elles démontent les clichés misogynes sur Snapchat, et c’est drôle

Les comédiennes Anna Apter et Laura Felpin ont remporté le concours de courts-métrages organisé par l’association No Gynophobie, grâce à un film tourné sur Snapchat, dans lequel elles ridiculisent les clichés misogynes. Rencontre avec deux jeunes femmes pour qui le féminisme doit avant tout faire rire.
Anna Apter et Laura Felpin, DR
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En allant à une projection de courts-métrages sur les violences faites aux femmes, on ne s’attendait pas à se marrer. C’est pourtant par le rire qu’Anna Apter, 28 ans, et Laura Felpin, 26 ans, ont séduit le jury de l’association No Gynophobie, qui leur a décerné le prix du meilleur court-métrage. Elles ont été les premières surprises de ce succès et en guise de discours, elles se sont pris dans les bras parce qu’il n’y avait “pas d’autre équipe technique à remercier”. Et pour cause, ce court-métrage, elles l’ont fait toutes seules, avec leurs téléphones, leurs blagues et leur féminisme sous le bras.

Le prix leur sera remis demain au festival de Cannes, par Lisa Azuelos, la fondatrice de l’association. La réalisatrice s’est engagée contre les violences faites aux femmes, en prenant le parti de les réunir en un seul et même mot, gynophobie, qui signifie littéralement “l’aversion pour les femmes”. C’est sur ce thème qu’elle a lancé un concours de courts-métrages le 8 mars dernier.

C’est un challenge d’essayer de faire rire sur un sujet pareil, mais c’est aussi un super moyen de faire bouger les consciences.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le film des deux gagnantes sort clairement du lot parmi les dix finalistes. L’écrasante majorité des réalisatrices et réalisateurs a choisi de montrer la violence du quotidien de femmes battues, violées, harcelées. Malgré de très beaux résultats comme La Chambre rouge de Dalila Hamdad et Les Amants maudits de Clémence Plaquet, ces images donnent plus envie de détourner le regard que d’agir.

C’est ce qu’ont compris les deux amies, qui se sont rencontrées il y a un an à peine en fréquentant la même école de théâtre: “Ce qui nous a réunies, c’est qu’on adore se marrer. Alors on a décidé de se marrer sur ce sujet-là aussi”, raconte Laura Felpin. Rencontre avec deux jeunes femmes qu’on va suivre de près.

Pourquoi avoir décidé de réaliser ce court-métrage ensemble?

Laura Felpin: Depuis longtemps, on avait envie de faire quelque chose sur le sujet des discriminations envers les femmes. Quand on s’est aperçues de l’existence du concours, c’est-à-dire trois jours avant la fin des inscriptions, on a sauté sur l’occasion. On y a mis tout ce qui nous fait rire sur les clichés gynophobes, on a utilisé les personnages qu’on s’invente d’habitude pour faire des imitations entre nous. On n’en revenait pas quand ils nous ont annoncé qu’on était sélectionnées! D’ailleurs, on a failli ne pas venir quand on a vu qu’il y avait tant de beaux films en compétition…

Vous avez bien fait de changer d’avis!

L.F.: Oui! Mais franchement, on ne s’attendait pas du tout à gagner, ce sont des blagues, des caricatures qu’on se fait entre nous, même nos potes sont un peu blasés, alors faire rire toute une salle… Mais c’est la preuve que les gens ont été touchés et ça nous encourage à continuer.

L’humour, c’était l’ingrédient indispensable pour parler des violences faites aux femmes?

L.F.: Absolument. Je trouve qu’on n’exploite pas assez l’humour dans les spots de prévention, ils sont toujours ultra-violents et moralisateurs. C’est un challenge d’essayer de faire rire sur un sujet pareil, mais c’est aussi un super moyen de faire bouger les consciences.

Anna Apter: Et ça n’empêche pas du tout de faire passer le message. Même si la forme de notre film est satirique, le fond est ultra-féministe.

C’est quoi pour vous le féminisme aujourd’hui?

L.F.: Jusqu’à récemment, je ne me considérais pas vraiment comme féministe. Quand je pensais féminisme, je pensais Femen, je me disais, moi je ne passe pas mon temps à gueuler, je ne me retrouve pas dans les extrêmes… Et puis Anna m’a dit ce truc très intelligent: le féminisme, c’est tout simplement estimer que la femme doit être l’égale de l’homme en toutes circonstances.

Que pensez-vous de la création du mot gynophobie et de la volonté de Lisa Azuelos de le faire entrer dans le dictionnaire?

A.A.: Je trouve ça fou qu’on ne se soit pas rendu compte avant qu’il n’y avait pas de mots aussi forts qu’homophobie ou antisémitisme pour la haine des femmes. C’est extrêmement important!

L.F.: Comme l’a dit Lisa Azuelos, “macho” ou “misogyne”, ça ne dérange plus personne. On dit facilement de quelqu’un qu’il est misogyne mais “sympa quand même”. “Gynophobe”, on dirait un gros mot, ça me plaît, c’est une manière de dire toutes les violences faites aux femmes en une seconde.

 

Les clichés que vous dénoncez dans votre film sont tous énoncés par des femmes, pourquoi?

A.A.: On s’est aperçues que la haine des femmes était très souvent véhiculée par les femmes elles-mêmes. Et ce, sans qu’elles s’en rendent forcément compte. Toutes ces remarques qu’on dit sans réfléchir, tous ces clichés… On a voulu montrer qu’elles se tiraient elles-mêmes une balle dans le pied. 

Ce sont des phrases que vous avez entendues?

A.A.: On en a entendu certaines, on en a beaucoup lu sur les réseaux sociaux aussi. Avec ces nouvelles technologies, on donne effectivement la parole à tout le monde, mais du coup on lit et on entend énormément de conneries en retour. Et en matière de sexisme, c’est assez déprimant.

Mais vous avez filmé sur Snapchat, c’est une manière de montrer que les réseaux sociaux peuvent être utilisés à bon escient?

L.F.: Oui d’une certaine manière! C’est aussi qu’on voulait un format rapide, vif, qui interpelle les  gens de notre génération. En plus on avait une contrainte de temps, trois jours seulement pour créer un court-métrage! Sur Snapchat, les vidéos font dix secondes, donc ça nous évitait de dire trop de bêtises, il fallait faire vite et incisif. D’ailleurs, la plupart des scènes sont improvisées. Dès qu’on avait une idée, on filmait une réplique et on se l’envoyait.

Quels sont vos projets pour la suite?

L.F.: On a envie de monter un collectif de femmes du milieu du spectacle, des comédiennes, des réalisatrices, des monteuses…

A.A.: On va aussi continuer de faire des courts-métrages, et de s’exprimer par l’humour, maintenant qu’on sait qu’on arrive à faire rire d’autres personnes que nous-mêmes! On a vraiment envie de donner la parole aux femmes.

Propos recueillis par Clémentine Spiler


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