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Cinéma

3 bonnes raisons d’aller voir “Adolescentes”

Pour son nouveau documentaire, Sébastien Lifshitz a filmé le quotidien d’Anaïs et Emma de leurs 13 à 18 ans. Il en a tiré un bouleversant témoignage sur les transformations que traversent les jeunes filles d’aujourd’hui à l’aube de l’âge adulte. On vous donne trois bonnes raisons d’aller le voir.
© Sébastien Lifshitz
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En salles le 9 septembre, Adolescentes, le dernier-né de Sébastien Lifshitz (Les Invisibles, Les Vies de Thérèse) documente avec sensibilité les enjeux du passage à l’âge adulte. Armé de sa caméra et de sa patience, le réalisateur primé au Festival de Locarno a accompagné Anaïs et Emma “au plus près de leur intimité, même dans les moments où ça n’allait pas” nous dit-il, de leur entrée en 4ème au bac -cinq années décisives où se bousculent les transformations et les premières fois. Entre disputes avec les parents, angoisse des examens, déceptions amoureuses et drames personnels, on y picore des bribes de vie qui, mises bout à bout, retracent le parcours souvent mouvementé de ces deux jeunes filles liées par une indéfectible amitié.

“Les filles de cette génération sont différentes, pour la plupart plus affirmées et plus matures.”

Un témoignage brut de ce que signifie devenir une femme

Motivé à l’origine par le seul désir de capturer le passage à l’âge adulte au sein de la jeune génération, Sébastien Lifshitz s’est embarqué dans le projet sans trop savoir ce qui l’attendait. “Au départ, j’étais parti pour filmer un garçon, mais quand je suis arrivé à Brive (Corrèze) et que j’ai rencontré les proviseur·e·s des lycées, ils·elles m’ont tou·te·s dit la même chose: les filles de cette génération en particulier sont différentes, pour la plupart plus affirmées et plus matures, avec un souci d’égalité assez fort, contrairement aux garçons qui sont sensiblement les mêmes que ceux d’il y a vingt ans”. Un constat qu’incarne bien l’évolution du duo à l’écran, qui s’interroge beaucoup sur le monde qui les entoure, leur avenir, ou encore sur la perte de virginité. Très tôt, dans le film, Anaïs et Emma se demandent quel est le “bon âge” pour passer le pas. “Il y a des choses qui ne changent pas, et la ‘première fois’ en fait partie: encore aujourd’hui, pour une fille, ça reste un moment compliqué, remarque le réalisateur. La question de la réputation des filles, qui risquent de se faire insulter si elles couchent, est toujours bien présente. Elles ne sont pas si libres que ça de disposer de leur corps comme elles l’entendent.” Anaïs, qui confie par ailleurs avoir subi de nombreuses injonctions liées à son poids, abonde: “La pression de la société envers les femmes est très lourde: on devrait avoir le droit de s’habiller comme on veut, porter un crop top sans se faire insulter dans la rue…”

 

Une amitié qui échappe aux déterminismes sociaux

Ce double portrait tire aussi sa force de la relation touchante qui lie les deux protagonistes, alors même que tout semble les opposer. “Anaïs est quelqu’un qui déborde un peu et moi je suis très timide, un peu renfermée: on est vraiment le miroir l’une de l’autre”, sourit Emma. De plus, les deux jeunes filles sont issues de milieux sociaux opposés, qui conditionnent en partie la trajectoire qu’elles prennent et finit par les éloigner un peu au lycée. Anaïs vient d’une famille modeste, sa mère a d’importants problèmes de santé et n’a pas toujours la possibilité de l’aider dans son parcours scolaire; Emma évolue dans un milieu plus bourgeois, sa mère l’épaule dans ses révisions et suit de très près ses choix concernant son orientation et son avenir. Tandis que la première se frotte aux réalités du bac pro, la seconde s’interroge sur le choix des études supérieures, rêve de travailler dans le cinéma. “Je trouvais ça émouvant de voir que même si elles prennent des chemins différents, chacune voulait savoir comment l’autre évoluait, confie le réalisateur, même si elles sont conscientes aussi que la vie finira peut-être par les séparer.” 

“On pense souvent que les ados sont dans leur bulle, mais l’actualité les touche.”

 

Un portrait de la génération Z en filigrane

Derrière le quotidien de ces jeunes filles qui se déroule au fil des saisons, Sébastien Lifshitz dresse aussi, en fond, un tableau de la jeunesse française. “Je voulais inclure les moments de la vie française -les attentats de 2015, les élections présidentielles en 2017-qui sont venus nourrir la vie d’Anaïs et Emma”, appuie-t-il. Raison pour laquelle il n’hésite pas, dans le documentaire, à dévoiler les réactions des ados après les attaques de Charlie Hebdo et du 13-Novembre. Anaïs “[se] souvient encore de la colère [qu’elle] a ressentie” à l’égard de l’islamophobie ambiante, contre laquelle on la voit s’insurger à table face à ses parents. “On pense souvent que les ados sont dans leur bulle, mais je me suis rendu compte que l’actualité les touche et qu’ils·elles ont des choses à dire”, commente le réalisateur. Avant de conclure sur l’angoisse qui teinte très tôt leurs perspectives de l’avenir, notamment du point de vue de l’insertion professionnelle. Emma détaille: “La pression commence dès la 3ème, quand il faut choisir entre lycée professionnel ou lycée général. Après il y a eu Parcoursup (Ndlr: la plateforme d’orientation post-bac), on était la première année d’essai [en 2018] et c’était plutôt catastrophique. Et maintenant, il y a tous les problèmes à la fac. Pendant le confinement, on nous a laissé·e·s tomber, il a fallu se battre pour valider nos cursus.” 

 

Sophie Kloetzli


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