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Comment le climat est devenu un sujet phare dans la pop culture

Miroirs d’une génération inquiète de l’avenir de la planète, les stars n’ont jamais été aussi nombreuses à prendre position dans la lutte contre le dérèglement climatique. Aux paroles de chansons, posts engagés et autres discours militants s’ajoute désormais une remise en question de leurs pratiques. Enquête.
Capture d'écran du clip “On a cassé la planète” de Suzane
Capture d'écran du clip “On a cassé la planète” de Suzane

Capture d'écran du clip “On a cassé la planète” de Suzane


S’il fallait une preuve supplémentaire que le climat s’était imposé comme l’une des préoccupations majeures des jeunes générations, il faut regarder du côté de la pop culture. En quelques années, toute une série d’artistes influent·e·s s’est emparée de ce sujet brûlant. Parmi eux·elles, Billie Eilish avec son clip aux accents apocalyptiques All the Good Girls Go To Hell, dans lequel elle évoque les incendies ravageurs en Californie et la montée des océans. Assortie d’un message appelant à se mobiliser pour la protection de l’environnement, la vidéo, qui dépasse les 170 millions de vue sur YouTube, montre la jeune chanteuse sous les traits d’un ange englué dans une nappe de pétrole émergeant dans un paysage dévasté.

Plus près de nous, citons les paroles engagées de Suzane (“Ça se réchauffe, ça se réchauffe, ça se réchauffe, la planète a la tête en surchauffe” dans son clip choc Il est où le SAV tourné dans une immense décharge à ciel ouvert au Sénégal. Ou encore la chanson improvisée d’Angèle, Trop tard -“On est dans la merde jusqu’au cou, c’est fou comme on a su oublier. Le déni, c’est tellement plus cool que ce genre de vérité. Quand on se rendra compte du temps, du temps, du temps… Il sera trop tard…”- avec ces quelques mots de description: Ce que la canicule, les 42 degrés, les articles alarmant sur l’état de notre planète et les critiques sur Greta Thunberg m’inspirent.” 

 

Un sujet devenu mainstream

Fini le temps où l’écologie restait cantonnée aux rapports scientifiques et autres discours politiques: le mouvement est désormais aussi culturel. Certain·e·s artistes n’hésitent pas à lui consacrer des œuvres à part entière, à l’instar de Lorde qui a fait une pause dans sa carrière musicale pour explorer l’Antarctique et alerter sur le changement climatique -elle en a fait un livre-photo, Going South, à paraître en février- ou de Grimes avec son album Miss Anthropocene, figure qu’elle décrit comme la déesse anthropomorphe du changement climatique. Même les plaidoyers de Greta Thunberg se retrouvent mixés en chanson, comme le tube Right here, right now du DJ Fatboy Slim ou The 1975 du groupe de rock britannique du même nom. Se faisant l’écho d’un sentiment d’éco-anxiété et d’urgence de plus en plus partagé, les artistes contribuent à ancrer ces questions dans nos quotidiens, à l’image de Pomme qui livre dans les Séquoias une ballade mélancolique sur la disparition du vivant:Avant les arbres assassinés / Avant que tout soit emporté / Je veux retourner dans l’allée / Entendre les séquoias pleurer”. Nina Veyrier, son attachée de presse chez Polydor, commente: “Elle ne parle pas frontalement d’écologie dans ses chansons, mais dans sa manière d’évoquer la nature, on sent une douceur, un amour de la planète… 

La chanteuse de 24 ans -Claire Pommet au civil- prend aussi régulièrement la parole dans les médias pour faire part de ses habitudes écolos (végétarisme, courses en vrac, confection de produits d’entretien…) À en croire Nina Veyrier, cette tendance infuse de plus en plus le monde de la musique: “Depuis deux ou trois ans, l’écologie est vraiment devenue un sujet récurrent d’interview avec les artistes. Avant, l’amour de la nature n’était pas forcément quelque chose que l’on mettait en avant. Maintenant qu’on valorise ces sujets, ça permet d’en parler plus largement et de manière plus mainstream. Des thèmes au passage bien souvent investis par des femmes, observe Nathalie Blanc, directrice du Centre des Politiques de la Terre à l’Université de Paris et spécialiste des liens entre art et écologie, qui évoque une féminisation dans le domaine du spectacle de la prise en charge de la question écologique.

 

Des paroles aux actes

Alors certes, le phénomène n’est pas nouveau: des artistes comme Marvin Gaye (Mercy Mercy Me (The Ecology) en 1971) ou Sting (dans son discours en 1989) parmi d’autres alertaient déjà sur l’état de notre planète à leur époque. Plus récemment, les engagements pour le climat pris par Mélanie Laurent -coréalisatrice de Demain-, Marion Cotillard -qui s’est mobilisée dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat- ou encore Emma Watson -qui est notamment l’ambassadrice de l’application Good on You permettant d’identifier les marques de vêtements éthiques et durables- continuent de faire l’actualité. La différence est qu’on est beaucoup plus qu’il y a 20 ou 30 ans dans un régime où tout se sait et tout se voit, analyse Jamil Dakhlia, sociologue et auteur de Mythologie de la peopolisation (2010). Les célébrités doivent aussi communiquer sur leur quotidien à travers les réseaux sociaux où il est très facile de vérifier la cohérence entre les paroles et les actes. Certains comportements -les vols long courrier, le monde du luxe…- liés à la célébrité sont en conflit avec les valeurs qu’ils ou elles défendent.” Et de fait, certaines stars, comme Leonardo di Caprio, en ont fait les frais: très engagé à travers sa fondation œuvrant pour la protection de l’environnement, l’acteur a été épinglé pour ses trajets en jet privé.

Forcément, le message passe mieux lorsque la démarche est sincère. Aujourd’hui, les plus investi·e·s dans la cause climatiqueenvisagent de véritablement changer leurs pratiques, remarque Nathalie Blanc. C’est un enjeu nouveau et récent qui est apparu, même s’il est peut-être encore marginal. C’est le cas de Billie Eilish, qui s’est associée à l’ONG Reverb pour alléger l’impact environnemental de ses tournées (installation de fontaines à eau sur les sites des concerts, autorisation des gourdes dans les salles, recyclage…) Idem pour Pomme: “Elle a demandé à ce que ses albums soient imprimés sur du papier recyclé pour remplacer le boîtier en cristal. Depuis, nous avons un peu revu nos habitudes et décidé d’en faire de même pour tous les albums chez Universal, raconte Nina Veyrier. La musicienne a aussi décidé de verdir son merchandising en vendant des bleus de travail chinés en friperie agrémentés de patchs à son effigie pour les customiser, et de s’associer à une “référente environnement” pour limiter le gaspillage et les déchets. Elle n’en reste pas moins consciente des limites: “Malheureusement, je ne peux pas aller en cheval à mes concerts, a-t-elle déclaré dans une interview à Konbini. Par contre je peux faire tout le reste des efforts qui sont possibles.

Sophie Kloetzli


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Capture d'écran du clip “On a cassé la planète” de Suzane  - Cheek Magazine
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