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Le clit test va-t-il révolutionner le sexe à l'écran?

On a beau le chercher, le clitoris reste un grand absent de la sexualité à l’écran. Le clit test devrait aider à le rendre visible. 
Titanic © Twentieth Century Fox France
Titanic © Twentieth Century Fox France

Titanic © Twentieth Century Fox France


Avez-vous déjà vu jouir une femme à l’écran? On vous voit venir, la scène du restaurant dans le film Quand Harry rencontre Sally ne compte pas. Encore très souvent cantonnées au rôle de faire-valoir de leur partenaire masculin, les femmes ne sont pas très convaincantes quand elles jouissent dans nos films et séries préférés. On a beau le chercher, le clitoris reste un grand absent de la sexualité à l’écran, alors qu’il est le principal pourvoyeur de la jouissance féminine. Lancé par Frances Rayner, une Ecossaise en mal de représentation de sexe féministe, le Clit Test est un outil qui permet de pointer les défaillances de la représentation du plaisir féminin à l’écran. “J’ai voulu porter l’attention sur l’absurdité du sexe tel qu’il était représenté parce que j’étais frustrée de voir des scènes qui suggéraient toujours que les femmes cis jouissaient d’une pénétration, traditionnelle et hétéronormée ”, explique Frances Rayner. 

 

 

Bechdel version sexe

On vous a souvent parlé du test de Bechdel -à faire passer pour savoir si un film ou une série est soumise au male gaze. Point de vue masculin imposé aux personnages, il objectifie bien souvent le corps des femmes en reprenant tous les codes sociaux imposés par le patriarcat. Cette fois, l’idée est la même que pour le Bechdel: questionner des œuvres, que l’on chérit parfois pour savoir si la représentation du plaisir féminin sonne juste. Les trois questions posées sont les suivantes: Est-il question de masturbation féminine (seule ou à plusieurs)? Un cunnilingus est-il pratiqué ? La scène de sexe se termine-t-elle par l’éjaculation de monsieur? Pour sa créatrice, l’échec au Clit Test ressemble à ça:Un échec classique est ce que l’on voit trop souvent -du sexe n’impliquant que la pénétration sans une once de stimulation clitoridienne- en général accompagné d’un orgasme façon Quand Harry rencontre Sally”.

Mais alors, qui pour sortir du lot? Dans une vidéo publiée sur YouTube le 29 août dernier, Clara aka Clarinette, s’interrogeait sur la représentation du plaisir et de la sexualité, des adolescentes notamment. Interrogée sur le Clit Test, elle note plusieurs bons élèves, parmi lesquels Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma, et Lady Bird, de Greta Gerwig. Elle ajoute même que ce dernier “montre d’une façon brute la médiocrité de la sexualité adolescente”. Autre bon point pour la série Netflix Sex Education, créée par Laurie Nunn et aussi saluée par Alexia Bacouël, sexothérapeute. 

 

 

Quelle frustration de voir deux personnages flirter, se chauffer, pour que finalement monsieur pénètre madame et puis s’en aille. En plus de produire une certaine déception chez les spectateur·rice·s, cette vision très phallocentrée du plaisir sexuel s’immisce dans notre quotidien. “C’est encore stéréotypé. J’en parle dans mon livre, ça ne permet pas aux femmes d’avoir du plaisir si elles restent dans le schéma typique”, explique Alexia Bacouël, autrice des Dessous du plaisir. Et, même si les lignes bougent (notamment à la télévision), les relations amoureuses et sexuelles des personnages restent très centrées sur l’hétéronormativité. Quid du plaisir entre femmes? Dans son ouvrage Le regard féminin, Iris Brey interroge les façons de montrer la sexualité entre femmes. Tantôt fétichisée pour le réalisateur comme pour le spectateur -dans La Vie d’Adèle par exemple- elle se trouve sublimée dans des films au female gaze, comme Portrait de la jeune fille en feu. Et ça a son importance. “Si on montre la puissance du clitoris et le fait que les femmes n’ont pas besoin d’un pénis pour se pénétrer et pour jouir, ça déstabilise l’ordre patriarcal. Il y a quelque chose de politique là-dedans”, explique l’autrice. 

 

Où est le clitoris? 

Abordé pour la première fois sur nos écrans en 2017 dans la série Crazy Ex Girlfriend, le mot clitoris (et encore plus son image) reste encore tabou. Au cinéma, l’évolution des mœurs est encore plus lente et incertaine face au puritanisme de bon nombre de studios. S’il n’est que très peu abordé dans le 7ème art, le clitoris est d’autant plus difficile à montrer, du fait de son emplacement et sa petite taille. Célébré, il l’est, dans le film documentaire, Sorcières, de Camille Dusselier, avec l’activiste Thérèse Clerc. Une représentation très forte, soulignée par Iris Brey, qui elle aussi se questionne sur les possibilités légales de montrer un tel organe à l’écran sans basculer dans le registre de la pornographie

De plus, il est dangereux de tomber dans le “tout-clitoris” pour défendre une sexualité épanouie. Surtout, que toutes les femmes n’ont pas de clitoris ou de vulve, la sexualité des personnes transgenres et non-binaires étant plus qu’invisibilisée. Ce n’est pas la seule et unique source de plaisir, et ça pourrait avoir un effet pervers de dire ça”,précise la sexothérapeute Alexia Bacouël. La sexualité c’est à la fois biologique, psychologique et social. C’est très complexe”.  

 

Un orgasme trop souvent simulé

“Ça peut être vite très angoissant pour quelqu’un qui s’éveille à la sexualité”, nous dit Clara en marge de sa vidéo où elle analyse, entre autres, la série Euphoria. Entre les scènes de violences sexuelles et de défaut de consentement, s’immiscent des attentes autour de ce à quoi le sexe doit ressembler. Sans parler de pilosité (ou plutôt de non-pilosité) des actrices. Toutes semblent coincées dans une palette de jeu assez restreinte quand il est question de sexualité. Bouche en cœur, petit râle doucereux, et cheveux savamment emmêlés donnent une image chorégraphiée de la femme pratiquant l’acte. Et pour l’orgasme, là encore des codes le cantonnent à une scénographie bien précise. “Il y a une tradition cinématographique qui vient de la première représentation de l’orgasme féminin dans Extase, explique Iris Brey. Hedy Lamarr se cache le visage au moment où elle jouit. (…) c’est quelque chose qui a été perpétué.”

Depuis le milieu des années 30, l’orgasme féminin est traditionnellement caché et pose ainsi la question de l’implication des acteur·rice·s dans leur rôle. C’est si intime de jouir, chaque personne réagit à sa (ou ses) manière(s). “On s’approche de la définition du sublime de Kant, c’est à la fois quelque chose de fascinant et d’effrayant” conclut Iris Brey. Trop beau pour être montré, peut-être. Mais encore faudrait-il essayer. 

Caroline Ernesty


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