culture

Cinéma

“Les conquérantes”: Le droit de vote des Suissesses dans un feel good movie vibrant

Les Conquérantes nous plonge dans le petit village d’Appenzell en 1971, année du référendum sur le droit de vote des femmes. Une fiction féministe en salles mercredi 31 octobre.
© Alamodefilm
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1971: un vent de liberté souffle sur le monde occidental, insufflé par Woodstock, mai 68, le mouvement hippie ou encore la révolution sexuelle. Pourtant, dans le petit village suisse d’Appenzell, la mode est plus que jamais à la tradition. Les femmes sont de bonnes mères de famille, ménagères, et surtout, elles n’ont pas le droit de vote et ne peuvent travailler qu’avec l’accord de leur mari. Parmi elles, se trouve notre héroïne: Nora, jeune femme mariée qui divise ses journées entre ménage, cuisine, vaisselle, et prise en charge de ses deux garçons. Si elle avance à une militante féministe, au début du film, qu’elle n’a “pas besoin d’être libérée”, la protagoniste prend rapidement conscience de sa soumission -et de celle de ses paires- à la gent masculine. À quelques mois du référendum sur le droit de vote et d’éligibilité des femmes, elle décide même de créer un mouvement de pression en faveur du “oui”. D’abord seule, elle est rapidement rejointe par Vroni, l’une des aînées du village, et Graziella, une Italienne qui a immigré en Suisse. Elles ouvrent ensemble le débat et permettent aux autres femmes d’oser se positionner contre leurs maris et de réclamer des droits élémentaires, à commencer par celui de participer au processus législatif.

Le fond a beau être politique, Les Conquérantes est un feel good movie assumé. Petra Volpe, la réalisatrice, fait brillamment évoluer le caractère des femmes en même temps qu’elles adoptent, au fur et à mesure de l’intrigue, les codes vestimentaires des années 70. Ainsi, les premiers actes de rébellion de Nora seront de troquer sa jupe longue contre un pantalon patte d’eph et son chignon sage contre une frange ébouriffée. La bande originale, très girl power, compte You Don’t Own Me de Lesley Gore ou l’hymne féministe  d’Aretha Franklin Respect. Autant de bonnes raisons d’aller découvrir ce film en salles. 

 

Les conquérantes nous rappellent que “le privé est politique” 

C’est sans doute l’une des scènes les plus marquantes du film: alors qu’elles se retrouvent sans trop le vouloir à une réunion féministe dirigée par une hippie suédoise, Vroni, Nora et sa belle-sœur sont invitées à observer leurs sexes dans un miroir. L’idée est de mieux connaître son corps pour se réapproprier sa sexualité. Car, comme l’explique leur mentor d’un jour, si le combat pour l’accès aux urnes est indispensable, la lutte féministe doit être envisagée à plus large échelle et commence dans la sphère privée, par le plaisir féminin par exemple. Mais, pour accéder à l’égalité des sexes dans le sexe, encore faut-il que les femmes connaissent leur anatomie. Elle présente à l’assistance une affiche avec différentes formes de vulves, chacune associée à un nom d’animal. Nos trois héroïnes, qui n’ont jamais observé leur entrejambe, saisissent des miroirs et découvrent enfin leur sexe. 

 

 

La grève, instrument de lutte féministe

Une fois la prise de conscience réalisée par les femmes du village, il reste à convaincre les hommes. Pour ce faire, Petra Volpe a décidé d’utiliser dans son film un instrument bien connu des mouvements féministes: la grève. Les femmes cessent les missions qui leurs ont été assignées en tant que mères et épouses et décident de se retirer dans le café de Graziella jusqu’au référendum. Les hommes s’aperçoivent alors à quel point ils ont jusqu’ici vécu comme des assistés. Ce n’est pas la première fois que les femmes en grève sont portées sur grand écran. En 2011, dans La Source des femmes, les épouses d’un village du nord de l’Afrique décident de faire la grève du sexe pour faire pression sur les hommes et les inciter à aller eux-mêmes chercher l’eau au puits pour faire vivre leur famille. En 2010, le film We Want Sex Equality raconte la première grève des ouvrières de l’usine Ford, à Dagenham, en Angleterre, pour obtenir la complète égalité salariale entre hommes et femmes. Et, bonne nouvelle pour les cinéastes: il reste beaucoup d’autres grèves féminines et féministes à adapter au cinéma, comme celle des midinettes de 1917 à Paris, qui débouche sur une loi instaurant la semaine de cinq jours et demi. Autre exemple, en Islande: le 24 octobre 1975, entre  90 et 95% des femmes cessent toute activité, de leur emploi aux tâches ménagères, pour faire valoir leurs droits

 

Petra Volpe et sa lutte contre le patriarcat, ennemi des femmes comme des hommes

Dans Les Conquérantes, la figure masculine est décrite avec ambiguïté. Si les hommes apparaissent d’abord comme tous unis contre le droit de vote des femmes, on comprend vite que leur appréhension s’appuie sur la peur de perdre leur identité, celle qui les opprime finalement aussi. En 1971, l’homme d’Appenzell doit être protecteur et capable de faire vivre sa famille. Le beau-frère de Nora illustre bien cette idée: sous la pression de son père, il reprend la ferme familiale, qu’il tient à bout de bras. Parce qu’il refuse d’admettre ses difficultés, il glisse doucement vers la dépression et se réfugie dans l’alcool. Dans l’émission de radio suisse Vertigo, en juin dernier, Petra Volpe expliquait qu’il était “très important de montrer que le patriarcat n’ [était] pas la lutte des hommes contre les femmes mais un système, une idée, qui est dirigée contre hommes et femmes”. “Il faut que les hommes comprennent ça et commencent à lutter contre ce système qui nous écrase tous, qui prend notre joie, nos libertés, et nos possibilités en tant qu’êtres humains”, continuait-elle. C’est sûrement parce que le film s’oppose à la définition fausse et manichéenne du féminisme, qui fait des hommes des ennemis, que Les Conquérantes a rencontré un tel succès. Au festival du film de Tribeca, où le film a été primé à trois reprises, le jury a vu dans cette œuvre “une histoire magnifiquement filmée maîtrisant à la fois le drame et la comédie et décrivant de manière complexe (…) l’expérience féminine en s’appuyant sur des figures profondément politiques”. On ne saurait mieux résumer la chose.

Margot Cherrid


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