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Comment “Dawson” a repensé les masculinités avant l'heure

Oui, Dawson était un mec insupportable, mais la série qui porte son nom ne devrait pas être réduite aux apitoiements de son personnage principal.
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Avant son arrivée sur Netflix, on parlait peu de Dawson ailleurs que chez les fans hardcore. Seule preuve que la série culte avait un jour existé: un gif de Dawson, le personnage, pleurant toutes les larmes de son corps, devenu culte.

 

 

C’est plutôt chanceux, car ce gif représente très bien la série. Plus que tout, Dawson est une série sur les sentiments et la fragilité de mecs adolescents, diffusée sur des chaînes de télé mainstream et qui déconstruisait de nombreux stéréotypes dès la fin des années 90. Loin des clichés d’obsédés sexuels, les garçons de Dawson sont en effet des êtres humains capables d’exprimer leurs sentiments, d’apprendre et d’évoluer. À l’époque de Beverly Hills et American Pie, Dawson proposait des personnages masculins qui mettaient au défi l’hétéronormativité et qui ont posé des jalons pour la suite. Passage en revue des rôles principaux masculins.

 

Dawson, l’ado à qui tout est dû

Peu de personnages ont aussi bien représenté l’auto-apitoiement permanent de l’homme blanc multi-privilégié que Dawson. Dès le premier épisode diffusé en 1999, l’adolescent de Capeside, interprété par James Van Der Beek, passe son temps à se lamenter, même si foncièrement tout va bien dans sa vie, et à exiger l’attention de son entourage. Il semble penser que le monde tourne autour de lui: sa passion pour Spielberg est la meilleure, ses opinions sont supérieures à toutes les autres et ses ami·e·s doivent être à sa disposition. Il refuse notamment de laisser sa meilleure amie/âme sœur Joey (Katie Holmes) sortir avec son meilleur ami Pacey Witter (Joshua Jackson). Il s’agit pour lui de la plus grande trahison, comme si Pacey lui volait quelque chose, ou plutôt quelqu’un, qui lui revenait de droit.

A bien des égards, Dawson a proposé une nouvelle vision de la masculinité, une masculinité fragile dans le meilleur sens du terme. 

On comprend pourquoi Dawson a été estampillé “mec toxique” ces derniers temps, mais ce serait trop facile de le résumer ainsi. Après d’innombrables discussions dramatiques, l’ado finit par dire à Joey de suivre son cœur et s’effondre en sanglots (et devient un mème à l’histoire fascinante). C’est à ce moment-là que le personnage de Dawson devient intéressant. L’ado insupportable, le “nice guy” à tendance harceleur, va alors commencer à évoluer, à écouter les autres, à douter que tout lui soit dû. Sa capacité à parler en long, en large et en travers de ses sentiments à ses proches ne lui sert plus à s’apitoyer, mais à grandir.

À bien des égards, Dawson a proposé très tôt une nouvelle vision de la masculinité, une masculinité fragile dans le meilleur sens du terme, une masculinité à l’écoute de ses émotions, une masculinité qui communique. Le succès de la série a aussi montré que des ados “normaux”, ni beaux ni moches, ni populaires ni rebelles, méritaient notre attention. Qu’un mec aussi plouc que Dawson (y a-t-il une passion plus nulle que l’œuvre de Spielberg?) pouvait être un sujet intéressant. Au fur et à mesure des saisons, Dawson devient de plus en plus conscient d’être l’antithèse du cool; il décide alors d’ouvrir ses horizons, d’écouter de la musique, de s’intéresser à la photographie, de questionner ses sources d’inspiration, de découvrir le monde. Ses efforts le feront grandir tout en lui permettant de réaliser qu’il n’a pas à avoir honte de ses passions, aussi impopulaires soient-elles. D’une certaine façon, il a montré qu’un nerd pouvait être un “love interest”. C’est grâce à lui que des Dan Humphrey et autre Seth Cohen ont pu exister.

 

Pacey, l’icône du consentement

Assez rapidement, Dawson a été éclipsé dans le cœur des fans par son meilleur ami: Pacey. Pacey est tout l’inverse de Dawson, c’est un ado à qui la vie n’a pas souri, un élève en échec scolaire, un garçon que le manque de confiance en soi a rendu arrogant, une victime de la masculinité violente. Son père, le shérif de la ville, passe son temps à lui dire qu’il ne vaut rien, tout incapable qu’il est d’accepter sa maladresse et son grand cœur. Convaincu après des années de malamour familial d’être voué à l’échec, Pacey apprendra à s’aimer et à aimer. Il passe d’un garçon qui séduit une des ses professeures (sans conteste, l’intrigue la plus gênante et datée de la série) à un petit ami parfait. Un ado qui vit ses sentiments à fond sans jamais les imposer. Avant d’embrasser Joey pour la deuxième fois, il la prévient et compte jusqu’à 10 pour lui laisser la possibilité de refuser ce baiser. Cette recherche du consentement, de l’égalité et du respect sera une constante dans ses relations.

 

Pacey Dawson

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Autre qualité de Pacey: l’écoute. Il prête une attention toute particulière à ce que ressentent ses petites copines, mais aussi ses ami·e·s en général. Il n’hésite pas à se mettre en danger pour défendre ce qui lui semble juste, comme lorsqu’il part en croisade contre un professeur qui a humilié son ami Jack en classe. Un vrai “Social Justice Warrior” avant l’heure. Pour autant, Pacey est loin du cliché du sauveur, du chevalier à la rescousse des demoiselles. C’est un ado qui veut aider les autres autant qu’il veut être aidé. Il n’a pas peur de saisir la main tendue de ses amis ou de demander des services. La fierté a ses limites.

 

Jack, le sportif pas comme les autres

Il aura fallu attendre la saison 2 pour qu’arrive le personnage le plus important de la série: Jack McPhee (Kerr Smith). Au départ un garçon réservé et intéressé par l’art, il réalise au cours de la saison être gay, fait son coming-out à ses camarades de classe et sa famille et rejoint, contre toute attente, l’équipe de football américain du lycée. À la fois sportif populaire et “misfit”, son personnage est bien loin des clichés sur les gays de l’époque. Le personnage de Jack entre dans l’histoire à la fin de la saison deux lorsqu’il embrasse un garçon qui l’intéresse: ce baiser est souvent considéré comme le premier baiser “passionné” entre deux hommes à l’écran. Rien que ça.

 

 

À l’inverse de Buffy contre les vampires, diffusée en même temps, Dawson a pris le temps d’explorer les difficultés que pouvaient rencontrer un·e ado bi ou homo à la fin des années 90. Greg Berlanti, le scénariste de la saison 2 et showrunner de la saison 3 et 4, s’est inspiré de son expérience d’adolescent gay pour écrire ce personnage. Kevin Williamson, le créateur de la série, y a ajouté son expérience de coming-out apaisé. La série raconte les gestes manqués, la déchirure entre l’envie de normalité et le besoin d’être soi, la difficulté à être accepté par sa famille, et bien sûr l’homophobie. Le personnage de Jack montre que n’importe quel ado peut être courageux, qu’il faut oser s’affirmer face aux normes pour vivre heureux. Malgré les réactions haineuses, le jeune homme s’impose et se rend aux soirées de son lycée avec ses crushs, entraîne une équipe de foot pour enfants et rejoint une fraternité sans se cacher ni sans se perdre.

Dawson a été la première série à montrer que les jeunes hommes étaient capables d’exprimer leurs émotions, leurs espoirs, leurs tristesses et leurs désirs, qu’ils ne se limitaient pas à un cliché mais avaient des centres d’intérêts et des personnalités complexes, et surtout qu’ils étaient capables de grandir et d’évoluer. Des représentations qui résonnent avec notre époque et qui expliquent probablement le choix de Netflix de rediffuser intégralement la série. 

Aline Mayard 


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