culture

Déborah de Robertis: cette artiste met son corps au service de l’art

L’artiste luxembourgeoise Déborah de Robertis utilise la nudité comme art pour sortir des sentiers battus. À l’origine de plusieurs actions en France qualifiées d’exhibitionnistes, elle a récemment réalisé une nouvelle performance aux Pays-Bas.
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À 32 ans, Déborah de Robertis chamboule les codes du monde de l’art. Lors de sa dernière action, le 19 juin, elle a proposé une version “moins poussiéreuse” du teaser de l’exposition Easy Virtue, qui s’achevait au musée Van Gogh d’Amsterdam -après être passée par la France sous l’intitulé Splendeurs et misères – images de la prostitution, 1850-1910. Les tableaux présentés racontent l’engouement pour la prostitution en France dans la deuxième partie du XIXème siècle. C’est donc vêtue d’un body en dentelle rouge laissant apparaître ses attributs sexuels, et armée de nombreux faux billets de banque, que Déborah de Robertis s’est placée en femme émancipée, devant The Gallien girl, de Frantisek Kupka, le tableau vedette de l’exposition. Dans un geste viril provocateur, elle a lancé ces billets vers les spectateurs afin de renverser le rapport entre la prostituée et son client tout en critiquant le modèle du marché de l’art. 

Voici la version officielle du teaser, relayée par le musée:

 

 

Et la version réinterprétée par Déborah de Robertis, légèrement plus hot:

 

 

Vous l’aurez compris, Déborah de Robertis fait partie de ces artistes qui utilisent leur corps comme outil de travail. Déjà connue pour ce genre d’exploits -deux plaintes ont été déposées contre elle pour exhibition sexuelle par le Musée d’Orsay-, elle continue ses actions malgré les gardes à vue et les réactions violentes dont elle fait parfois l’objet. Nous l’avons rencontrée. 

Pourquoi avoir recours à la nudité dans tes actions?

Ma nudité est un vêtement, si je ne me mets pas nue pour refaire L’Origine du monde ou Olympia, mon message ne sera pas compris. J’ai l’impression que les institutions tentent de mettre en avant une forme d’émancipation ou un certain féminisme lorsqu’ils traitent de la nudité féminine. Alors qu’en réalité, ils l’utilisent pour racoler et faire venir le public aux expositions. Lorsque je vais au bout de la question de la nudité elle-même, la réaction des institutions est vraiment paradoxale et contradictoire par rapport à ce qu’ils affichent sur les murs de leurs musées. Ils se cachent derrière l’exhibitionnisme et les faux prétextes alors qu’ils ont la possibilité de comprendre ma performance.

 

 

Quelle est la réaction du public quand tu te déshabilles?

Les réactions sont très différentes selon les actions que je mène. Pour L’Origine du monde, je tremblais beaucoup avant de débuter ma performance mais, dès que je me suis lancée, je suis redevenue très calme. J’ai eu l’impression d’avoir transmis toute cette appréhension au public, j’ai vu de la peur dans le regard des gens, comme s’ils se mettaient à ma place. Mais par la suite, l’enthousiasme a pris le pas sur la tension qui régnait dans la pièce. Pour Olympia, les gens étaient très attentifs car, cette fois-ci, je m’exprimais, je lisais un discours que j’avais préparé. Ils étaient présents à mes côtés, j’ai vraiment ressenti de la curiosité et de l’intérêt de leur part. Enfin, lors de ma dernière action à Amsterdam, le public était très silencieux. J’étais tellement bien intégrée dans le décor qu’ils ont crû que ma performance en faisait partie.

 

Déborah de Robertis DR

© Simon Guillemin

Comme toi, les Femen ont fait leur spécialité de se déshabiller dans des endroits publics. Te sens-tu proche d’elles?

Nous avons en commun la prise de position dans l’espace public mais, de mon côté, cela se concentre sur le domaine artistique et le point de vue du modèle féminin. Tout comme moi, elles se heurtent à une autorité qui voudrait réduire une prise de position politique ou artistique à de la nudité gratuite. Mais ce sont des combats qui sont très différents. Je suis féministe, mais, dans mon travail, j’aime bien dire que je n’ai pas l’impression de me battre contre quelque chose: c’est au contraire tout le monde qui se bat contre moi lors de mes actions. 

Propos recueillis par Clémence Drouet 


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