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“Filles de Blédards”, le collectif qui met l'immigration au centre de l'art

À l’occasion de sa première exposition à Marseille, Nouveaux Sacrés, le collectif Filles de Blédards est revenu sur la genèse de son projet, tout en réaffirmant sa volonté de questionner “les identités de l’immigration”. Portrait d’un collectif féminin qui se réapproprie le discours colonial.  
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À Marseille, non loin des grands escaliers de la gare Saint-Charles, la galerie indépendante Voiture 14 abrite la toute dernière exposition du collectif Filles de Blédards, en partenariat avec l’association bruxelloise Living Leaving Dakota. Dans cet espace, à la lisière entre le white cube et le squat, plusieurs compositions d’artistes émergent·e·s tapissent les murs. Vidéo d’un corps d’homme noir en tension faisant la promotion d’une crème miraculeuse, sculpture aux formes sinueuses, peinture de femme posant en odalisque… Autant de propositions plastiques répondant à une seule et même thématique: le nouveau sacré. Un thème abordé sous plusieurs angles, tantôt interrogeant les revers du néo-libéralisme, tantôt explorant les questions migratoires, et la difficulté d’appréhender le sacré lorsqu’on est partagé entre plusieurs cultures. Des problématiques chères aux deux curatrices et instigatrices du collectif Filles de Blédards, la Franco-capverdienne Alexia Fiasco et la Franco-marocaine Mariam SaintDenis. “Derrière Filles de Blédards, nous avions envie de réunir des personnes concernées par les histoires d’immigration post-coloniale”, nous confie la seconde.

 

Entre “artivisme” et réappropriation du discours colonial 

Les deux jeunes femmes se rencontrent sur Instagram en 2017, mises en relation par un ami qui perçoit dans leurs travaux des aspirations similaires. Toutes deux photographes aux parcours non linéaires -l’une quasi autodidacte, la seconde formée aux beaux-arts et aux sciences de la communication-, elles interrogent l’histoire de leurs pères, immigrés post-coloniaux vivant en France. Outre cette sensibilité et ces histoires familiales communes, les deux plasticiennes sont animées par une même volonté: mettre en lumière leurs productions et celles de jeunes artistes -filles et fils de “blédards”- à qui on ne donne pas assez la parole. “Avec le collectif, on fait beaucoup de curation, mais on essaye, Mariam et moi, de toujours exposer un peu aussi. Pour nous, c’est important de se rappeler qu’on est aussi des artistes et surtout qu’on est légitimes à parler de nos histoires, revendique Alexia Fiasco. Et Mariam SaintDenis de poursuivre: “Ce que l’on aime, c’est partir de nos histoires intimes pour parler de sujets plus universels. On veut se réapproprier nos récits, se réapproprier nos mémoires bafouées par la colonisation.” 

Pour ces deux esthètes de 29 ans, il n’y a rien de péjoratif derrière le terme “blédard”. Bien au contraire. Pour elles, son utilisation est une manière de reconquérir un discours colonial et d’afficher leur fierté d’être des filles d’immigré·e·s aux identités hybrides. “Nous, filles et fils d’immigré·e·s, de la deuxième et troisième génération, on s’approprie ce terme. Parfois, il peut même être gage de fierté. L’idée, c’est de faire comprendre que nous aussi on a des histoires. On a des récits que la République française n’a pas envie d’entendre. D’autant plus dans le milieu de l’art où l’on est toujours confronté aux discours de personnes privilégiées”, rétorque la jeune Franco-marocaine avec véhémence. 

 

Sensibiliser les publics concernés 

À travers leurs différents événements -fêtes, expositions et autres festivals- organisés entre Paris et Marseille depuis le début de l’année 2019, c’est aussi un travail de médiation que tentent d’effectuer les deux plasticiennes. Sensibles aux problématiques socio-culturelles, elles veulent ouvrir leurs manifestations à un public concerné, une population qui n’a pas toujours accès aux sphères artistiques. “Avec Filles de Blédards, il y a aussi la volonté d’ouvrir nos expos à un public concerné par ces thématiques mais pas forcément initié au monde de l’art. L’idée, c’est aussi que l’échange ne se fasse pas que dans un sens. Ça ne sera pas forcément Édouard, qui sort des Beaux-Arts de Paris, qui va expliquer à Yassine la portée d’une image alors que ce n’est pas son histoire à lui”, ajoute Alexia Fiasco. Aujourd’hui, tout l’enjeu pour ces deux jeunes femmes est de rester dans un système d’autogestion tout en continuant à se développer. “La médiation et la curation, c’est compliqué pour une structure comme la nôtre car on veut rester dans l’autonomie et dans l’autogestion. On va peut-être devoir se faire subventionner mais on ne veut pas que ça soit par n’importe qui. On ne veut pas se faire récupérer.

Aphélandra Siassia 


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