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Dans un essai passionnant, Iris Brey analyse le “female gaze” à l'écran

Avec Le Regard féminin, une révolution à l’écran, la journaliste et essayiste Iris Brey signe un livre qui fera date sur les représentations des femmes à l’écran. 
© Patrice Normand
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Collaboratrice de Cheek et des Inrockuptibles, chroniqueuse sur France Culture et docteure en théorie du cinéma, Iris Brey publie Le Regard féminin, une révolution à l’écran. Après Sex and the Series (2018), la journaliste et essayiste propose sa propre définition du “female gaze” dans un livre érudit et féministe, qui fera date sur la question de la représentation des femmes à l’écran. Des films du début XXème d’Alice Guy aux séries de Jill Soloway, en passant par le d’ores et déjà culte Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Iris Brey propose une nouvelle lecture de l’histoire du cinéma. 

 

Peux-tu rappeler ce qu’est le male gaze?

Le terme a été inventé par la critique et réalisatrice Laura Mulvey en 1975 dans un article. Elle y explique que dans le cinéma hollywoodien classique, le regard du spectateur s’identifie au regard de la caméra, qui est celui du héros. Et que celui-ci prend du plaisir en regardant le corps des femmes comme objets inanimés. Pour elle, ce regard est au centre de la manière dont on apprend à désirer, et le désir du spectateur est celui du voyeur.

Pourquoi as-tu décidé pour ta part de consacrer un essai au female gaze?

Car il n’y avait pas de définition précise de ce qu’est le regard féminin. A mon sens, le limiter à un regard de femme était trop essentialisant. J’ai donc travaillé de manière empirique, en regardant des films par ce prisme-là, afin de générer une définition.

Pourquoi le female gaze ne doit-il pas être considéré comme l’opposé du male gaze?

Car le female gaze, ce n’est pas regarder des hommes comme des objets et en retirer du plaisir. L’idée n’est pas de reproduire la même chose que le male gaze en regardant les autres à leur insu. Il y a un vrai déplacement, il s’agit avant tout de devenir actif·ve·s en regardant les œuvres, et non plus captif·ve·s.

“Avec #MeToo, on a commencé à s’interroger sur la différence entre la manière de filmer les corps de femmes et ceux des hommes.”

Les femmes sont-elles les seules à pouvoir générer du female gaze?

Non, les hommes le peuvent aussi, puisque les films qui produisent du female gaze nous placent à l’intérieur de l’expérience de l’héroïne, parlent de son point de vue, ce que n’importe quel·le cinéaste peut faire. Ils sont évidemment peu nombreux à le faire mais on peut citer parmi eux des réalisateurs comme Ridley Scott ou Luis Buñuel.

#MeToo a-t-il été l’initiateur d’un nouveau female gaze?

Le female gaze existe depuis les débuts du cinéma avec l’arrivée d’Alice Guy en 1906, mais avec #MeToo, le terme s’est mis à circuler davantage car on a commencé à s’interroger sur la différence entre la manière de filmer les corps de femmes et ceux des hommes, en d’autres termes sur les représentations de genre.

Si tu devais conseiller un seul film pour avoir une idée précise de ce qu’est le female gaze?

Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma. Parce qu’il nous montre comment le désir peu se bâtir sur l’égalité et non sur la domination. Céline Sciamma y invente de nouvelles manières de filmer le désir féminin.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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