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Pourquoi il faut voir et revoir “La Revanche d'une blonde”

La Revanche d’une blonde, film culte des années 2000, est moins chamallow qu’il n’y paraît et conserve aujourd’hui toute sa puissance féministe, emmené par la jeune Reese Witherspoon qui a depuis conquis Hollywood.  
© 2001 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc
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Quel meilleur moment qu’un confinement pour revoir un film culte? Parmi ceux qui nous ont marqué dans les années 2000, il y a La Revanche d’une blonde (Legally Blonde en VO)ou l’histoire d’Elle Woods, jeune Barbie blonde tout de rose vêtue qui réussit à rentrer -et à percer- à Harvard.

Si on s’en tient à l’affiche, aux photos promos sucrées et à quelques extraits de YouTube, rien ne présage de la pertinence et de l’immortalité de La Revanche d’une blonde. Le film sorti en 2001 et dont le troisième volet, scénarisé par Mindy Kaling (The Mindy Project) est prévu pour mai 2022 suit les aventures d’une blonde au brushing parfait comme on en a vu beaucoup d’autres. Habillée de façon très girly  -ah ses mules nacrées à cœurs roses- et affublée d’un micro-chien assorti à ses tenues, elle veut tenter par tous les moyens de reconquérir son ex. Sur le papier, on a connu plus révolutionnaire.

Sauf qu’à l’image d’autres comédies faussement romantiques des années 90/2000 (Clueless en tête), le propos se révèle bien plus subversif que les bon nombre de bluettes romantiques du genre. Car l’histoire d’Elle Woods, est celle d’une émancipation plus que d’une vengeance amoureuse. Sous ses airs de bimbo qui passe une bonne partie de son temps à choisir la robe parfaite et à se manucurer, se cache une Hillary Clinton en puissance.

 

 

Faux semblants

Elle Woods, incarnée par la toujours stupéfiante Reese Witherspoon, apparaît au départ comme une princesse californienne passionnée par le merchandising de mode et sans substance, mais son monde rose bonbon s’écroule quand est elle larguée du jour au lendemain par son fiancé tout aussi parfait qu’elle. Ce dernier lui balance sans prendre de pincettes: “Si je veux être sénateur à 30 ans, je dois épouser une Jackie, pas une Marilyn.” Effondrée, la jeune fille lui demande alors s’il la quitte car elle est “trop blonde” et qu’elle a “de gros nibards” avant que ne commence un revirement chez la jeune fille.

Pour reconquérir son Ken carriériste, Elle décide de s’inscrire en droit à Harvard, comme lui. Dans cette école réputée, elle se voit méprisée pour ses looks trop glamour, sa superficialité et son manque de légitimité. Sauf que, surprise, cette lectrice assidue de Cosmopolitan se révèle géniale à la fois en classe et en salle d’audience. Avec un cœur gros comme ça pour ne rien gâcher puisque dans le deuxième volet de la saga, La Blonde Contre-Attaque (moins fin que le premier round), elle défend la cause animale.

“Elle Woods reprend le pouvoir sur sa vie et sur l’image de jolie blonde écervelée que les autres ont d’elle et que la société produit à son sujet.”

Un parcours loin des clichés qui fait d’Elle une héroïne de l’empowerment déguisée en lolita. Les cinéphiles s’accordent pour voir en Legally Blonde un excellent long-métrage qui prend le parti des femmes. Manon Le Roy Le Marrec, journaliste mode, nous en parle comme d’un “film féministe reprenant les codes des teen movies -souvent sexistes- du début des années 2000. Il fait partie des œuvres majeures du féminisme pop.” Pour la critique cinéma Pauline Mallet, “Elle Woods reprend le pouvoir sur sa vie et sur l’image de jolie blonde écervelée que les autres ont d’elle et que la société produit à son sujet. Elle part à Harvard pour plaire à un garçon, et finalement elle va se révéler seule, sans lui. Le fait qu’elle se lie d’amitié avec Vivian, qui par essence est sa rivale puisqu’elle sort avec son ex-petit-ami (Ndlr: un bel exemple de sororité), brise les codes. C’est un féminisme qui embrasse les diktats pour se les réapproprier. Il faut souligner aussi que le film est réalisé par un homme, Robert Luketic, mais qu’il est écrit par deux femmes, Karen McCullah Lutz et Kristen Smith.” On peut ajouter que Legally Blonde est adapté d’un livre de femme, celui du même nom d’Amanda Brown, une blonde qui a étudié dans de prestigieuses écoles de droit américaines. On peut cependant nuancer le propos: Cette “blonde et légale” n’est pas Gloria Steinem et le film manque totalement le sujet de l’intersectionnalité et de la diversité, ce qui aurait pu en faire un chef-d’œuvre total.

 

Pervertir les codes

La grande force de La Revanche d’une Blonde, c’est surtout la revanche qu’il prend sur les stéréotypes dans lesquels sont enfermés les femmes. L’héroïne arbore un masque, celui de l’hyperféminité et de la coquetterie, pour mieux faire avancer ses idées et gagner des procès. Elle joue la poupée en prenant l’apparence de celle qui répond, de façon outrancière, à que le patriarcat lui demande. Mais c’est pour tromper son monde et lui tendre un miroir vers ses vices. Le spectateur comprend peu à peu que la bêtise n’est peut-être pas l’apanage des blondes ou des filles trop bien habillées, mais bien celle des loups qui les entourent. Parmi eux, se trouve ce prof de droit qui veut échanger des faveurs sexuelles à des élèves contre une aide notable dans leur carrière. On notera au passage que cet abus de pouvoir masculin est abordé bien avant #MeToo et #TimesUp alors qu’il restait peu traité à l’époque. Legally Blonde se lit comme une satire sociale qui ne s’attaque pas aux femmes superficielles, mais au contraire, à leurs détracteurs.

Elle revendique la liberté d’endosser le rôle qui lui plaît.

Isabelle Regnier, journaliste au Monde qui a longtemps écrit sur le cinéma avant de gérer la rubrique architecture du journal, explique: “Être une fille n’est pas une limitation pour le personnage principal. Cette idée de ‘fille’ est poussée jusqu’à la caricature -elle s’appelle quand même Elle! ‘Et alors?’, nous dit-elle. Si vous pensez qu’une caricature de fille doit se traduire par ‘personne sans cerveau’, c’est votre problème, pas le sien. Elle subvertit le cliché par son esprit, ses actions. Elle revendique la liberté d’endosser le rôle qui lui plaît. Il y a un côté très camp dans cette attitude. Le plaisir du travestissement, le retournement du stigmate… Ça rejoint aussi la question du voile islamique, ce bout de tissu qu’une partie de la population voudrait retirer aux femmes au motif qu’il matérialiserait de la domination masculine. Cela nie toute forme de libre arbitre à celles qui le portent, ignorant plus encore le jeu auquel elles peuvent se livrer avec les strates de significations. En adoptant la panoplie de codes de la blonde superficielle pour en détourner le sens, Elle donne un coup de pied dans l’ordre dominant des représentations.”

 

Elle, référence bimbo

Dans ce cadre, on peut revoir aujourd’hui la comédie hollywoodienne comme un étendard pour toutes celles -et ceux- qui refusent de choisir entre porter du gloss et lire Nietzsche. Le personnage incarné par Reese Witherspoon est un symbole du sort un peu trop souvent réservé par notre société à celles qui affichent sans vergogne les attributs d’une féminité exagérée. On pense notamment à Kim Kardashian, qui s’est déjà déguisée en Elle Woods pour Halloween. L’ex-star de télé-réalité dont tout le monde sous-estime l’intelligence a fini par s’attaquer à la réforme des prisons et à rencontrer Trump à la Maison Blanche.

 

 

Il y a aussi Paris Hilton, cette “dumb blonde” dont la longévité de carrière et le sens de la dérision prouvent qu’elle n’en a jamais été une malgré les strass et le micro-chien (autre point commun avec Elle Woods). En jouant le rôle d’une fausse idiote, Reese Witherspoon a ouvert la voie à beaucoup de personnages fictionnels (la dernière en date étant Emily In Paris) et aidé des consœurs bien réelles en démentant les idées reçues à leur sujet. “Pour un film datant de 2001, analyse Manon Le Roy Le Marrec, je trouve qu’il prend une distance intéressante sur les filles considérées comme des ‘bimbos superficielles’. À cette époque, Paris Hilton fait parler d’elle et apparaît dans Zoolander, un film qui se moque de la mode et du mannequinat. Dans un documentaire sorti récemment, This is Paris, elle témoigne de ce rôle de blonde écervelée qu’elle a joué toute sa vie – allant même jusqu’à changer sa voix.”

Elle Woods est interprétée par Reese Witherspoon, une actrice qui elle aussi a été longtemps cantonnée à des comédies romantiques et des rôles de blonde avant que son talent ne perce au grand jour grâce à des séries comme Big Little Lies ou le film Wild, poursuit Manon Le Roy Le Marrec. La Revanche d’une Blonde nous dit de voir plus loin que la plastique parfaite de Kim Kardashian ou la décapotable rose de Paris Hilton. On peut aimer les artifices et rester une bosseuse. On peut renvoyer une image ultra-sexualisée et l’utiliser, consciemment ou pas, pour réussir dans un système patriarcal.”

 

 

Blondophobie

Le film a ainsi rendu service à des femmes dont on a sous-estimé l’intelligence. Brigette Schoenung, écrivaine, scénariste et historienne américaine aussi blonde que Reese Whiterspoon nous avoue: “Elle Woods autonomise les femmes car elle sait être aussi intelligente et capable que n’importe quel homme dans sa classe. Elle me parle parce que j’ai été la risée de certaines personnes pour m’habiller de manière ‘féminine’ et pour mon type de corps. Aux États-Unis, il existe un stéréotype selon lequel les féministes ressembleraient à des hommes, ce qui est injuste pour les féministes et pour les femmes en général. Ceux qui ont adopté ce stéréotype jugent ceux qui ne leur correspondent pas. Quand les gens me rencontrent, ils sont toujours surpris par ce que ce qui sort de ma bouche. Mais porter de beaux vêtements et du maquillage ne me rend pas stupide. On devrait avoir le droit de s’habiller dans ce dans quoi on se sent à l’aise.”

On se souvient aussi en France, de la pastille La Minute Blonde de Frédérique Bel, dans laquelle elle interprétait le personnage de Dorothy Doll, sœur cachée d’Elle Woods, qui a collé à la peau de l’actrice. La jeune femme y dénonçait la société du spectacle en arborant une perruque platine et déblatérait des mots caustiques.

 

 

Elle se souvient: “La féminité montrée à l’écran dans les sketchs servait de seau de vaseline. Je prenais une voix toute mignonne, souriais, sortais des micro-robes, que me donnaient Lagerfeld et Castelbajac, et ressemblais à une poupée. Mais je disais des phrases horribles, blaguait sur Poutine et pratiquait l’humour noir. Ça ne serait jamais passé sans cette apparence girly.” Emprisonnée ensuite quelque temps dans cette image de blonde, Frédérique Bel, qui a fait des études de lettres modernes et détient une maîtrise d’histoire de l’art, se voyait proposer des rôles de ravissante idiote. Avant de se teindre en brune et de décrocher des propositions bien plus intéressantes et décalées. On peut voir là une forme de misogynie et de blondophobie. “La blondeur reste associée à des idées d’enfance, d’innocence, ajoute l’actrice, mais aussi de sexualité débordante à la Marilyn Monroe. Il faudrait que les hommes comprennent qu’on peut devenir blonde sans faire cela pour leur plaire. Tout comme on peut porter des talons hauts ou de la lingerie sexy pour se sentir fortes et confiantes pour soi-même, pas pour les autres.” Ce qui rejoint la leçon de Elle Woods déclamée à un moment où on entendait rarement de telles idées dans un film hollywoodien mainstream: “Vous devez toujours avoir confiance en vous”.

Violaine Schütz


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