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Cinéma

“Lady Bird”: pourquoi le film de Greta Gerwig est un teen movie féministe

À 34 ans, Greta Gerwig passe derrière la caméra et réalise Lady Bird, un premier film solaire sur une relation mère-fille, où rayonne l’actrice Saoirse Ronan. Un long métrage qui lui a valu une nomination aux Oscars dans la catégorie meilleure réalisation.
Saoirse Ronan et Beanie Feldstein, DR
Saoirse Ronan et Beanie Feldstein, DR

Saoirse Ronan et Beanie Feldstein, DR


Christine est dans sa dernière année de lycée et elle veut à tout prix deux choses: qu’on la surnomme Lady Bird et être prise dans une université de la côte Est pour fuir sa Californie natale. Elle se frotte à deux obstacles majeurs: sa famille modeste n’a pas les moyens de lui payer une université privée et Lady Bird a conscience d’être une étudiante assez médiocre. La réalisatrice Greta Gerwig, dans ce premier film poignant, réussit à transmettre la nostalgie attachée aux années lycée, l’anxiété liée à cet état liminaire où l’on se sent au bord de l’âge adulte et fait émaner de son héroïne, interprétée par la géniale Saoirse Ronan, une énergie vitale. Lady Bird est un teen movie féministe, on vous dit pourquoi. 

 

 

Le duo Greta Gerwig et Saoirse Ronan

Greta Gerwig s’était fait remarquer jusqu’à maintenant pour ses qualités de comédienne. On la qualifiait de “muse” du cinéma mumblecore quand elle apparaissait dans tous les films du cinéma indépendant américain au milieu des années 2000. Elle a ensuite éclaboussé de son talent un public plus large dans les films de Noah Baumbach (Frances Ha) et de Woody Allen (To Rome with Love). Gerwig et son 1m73 remplissait alors la case de la jeune fille adorable dans sa bizarrerie, son côté décalé devenant son atout charme principal. Mais la jeune femme ne veut plus être l’égérie de ces hommes-artistes, à elle de poser son regard sur des femmes. Et son regard créé l’inverse de l’objectification: Lady Bird n’incarne en rien une jolie chose fragile et passive. C’est une jeune femme pleine de fougue qui veut prendre son destin en main. Pas de jugement du personnage, pas de sexualisation gratuite. Gerwig filme Saoirse Ronan avec tendresse, comme si elle accompagnait son personnage mais aussi l’épaulait. La caméra est un filet, prête à cueillir son héroïne si elle tombe trop brutalement. Saoirse Ronan, quant à elle, donne à Lady Bird une voix distincte. La comédienne trouve un juste milieu assez rare au cinéma. Les côtés loufoques de l’héroïne sont présents mais jamais agaçants, elle rayonne sans être vraiment jolie ou mise en valeur -Saoirse Ronan a d’ailleurs accepté de laisser apparaître son acné à l’écran– et sa persévérance fait rire mais reste avant tout touchante. Le cliché de la “awkward girl” est totalement déjoué, sûrement parce que la caméra de Greta Gerwig ne la juge jamais.

Saoirse Ronan Greta Gerwig

Saoirse Ronan et Greta Gerwig sur le tournage de Lady Bird, DR

 

La sororité à l’écran

Dans tout film d’ado avec un personnage féminin, il est question de rêve de mariage avec un prince charmant et de perte de virginité. L’héroïne de Lady Bird traverse évidemment ces désirs et ces questionnements, qui se cristallisent lorsqu’elle rencontre Danny dans le club de théâtre de son lycée catholique. Et pourtant l’histoire d’amour majeure du film est avant tout une histoire d’amitié, celle entre Lady Bird et Julie (Beanie Feldstein), sa meilleure amie boulotte encore coincée dans l’enfance. C’est avec elle qu’elle pique les hosties de la messe, les mange allongée dans le couloir du lycée, les jambes en l’air, et échange des techniques de masturbation sous la douche, entre deux fous rires qui révèlent leur gêne. Quand Lady Bird passe une audition pour intégrer le spectacle de fin d’année, elle se met à chanter seule sur scène, face au professeur qui la juge. Gerwig filme son visage cherchant une marque d’encouragement et d’approbation. Mais Lady Bird ne regarde pas l’homme décisionnaire mais sa meilleure amie. Ce genre de déplacements simples permettent au film de Gerwig de ne pas réduire son héroïne à un énième personnage féminin qui se façonne grâce au regard d’un homme. Son pygmalion n’a pas besoin d’être désirée par un mâle pour s’émanciper, juste d’être soutenue par une amie bienveillante. Cela paraît banal, mais reste pourtant si rare comme représentation au cinéma.

Beanie Feldstein Saoirse Ronan lady bird

Beanie Feldstein et Saoirse Ronan, DR

La relation mère-fille

Lady Bird s’ouvre sur un plan d’une mère et d’une fille allongées sur un lit. Quelques secondes d’accalmie, qui seront évidemment suivies d’une dispute et même d’une chute. Ne supportant plus les remarques sèches de sa mère, Lady Bird, alors que sa mère conduit, se jette par la portière. Un bras cassé plus tard, les deux femmes reprennent leur relation compliquée. Gerwig slalome entre les clichés, comme toute adolescente, il est difficile pour Lady Bird de s’émanciper du joug maternel. Cependant, la réalisatrice réussit à nous montrer en quoi cette relation demeure toujours unique. Sûrement parce que ses personnages ne donnent jamais l’impression d’être des stéréotypes sur pattes, au contraire, Gerwig prend le temps de les nuancer, de les étoffer et de les rendre extrêmement attachants. Les émotions sont exacerbées, mais le film ne tombe jamais dans les cris. Gerwig refuse de simplifier cette relation, elle filme la violence et les déceptions avec pudeur. Un simple tremblement de lèvre indique une trahison, une mèche replacée derrière une oreille traduit l’amour infini de sa mère pour son enfant. Cette justesse des gestes et des sentiments révèle que Greta Gerwig a déjà tout d’une grande. À 34 ans, elle est devenue la cinquième femme nommée pour l’Oscar de la réalisation. Un vent jeune et féministe souffle enfin sur Hollywood.

Iris Brey


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