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En Iran, Maryam Haidari fait entendre sa voix par la poésie

Maryam Haidari est une des rares poétesses iraniennes qui partage son temps entre Téhéran et Beyrouth, au Liban. On l’a rencontrée à Sète au festival Voix de Méditerranée en Méditerranée.
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Il n’est pas si fréquent de croiser le chemin de jeunes femmes iraniennes, encore moins de rencontrer des autrices qui résident encore en Iran. C’est pourquoi nous avons sauté sur l’occasion d’interviewer la poétesse Maryam Haidari, 35 ans, au festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée qui se tenait à Sète du 19 au 27  juillet. Ces derniers mois, les nouvelles qui nous parviennent d’Iran sont plutôt inquiétantes. En mars, Nasrin Sotoudeh, avocate iranienne engagée pour les droits des femmes a été condamnée à 33 ans d’emprisonnement et 148 coups de fouets. Elle est accusée de “conspiration” et “propagande contre le système” pour avoir milité contre le port du voile et défendu des opposants au régime lors de manifestations. Les 148 coups de fouets, quant à eux, sont la punition pour avoir “commis un acte immoral”, à savoir apparaître en public sans hijab. Quelques semaines plus tard, en avril, trois femmes qui avaient milité contre le port du voile ont d’ailleurs été condamnées à une vingtaine d’années de prison. 

Les Iraniennes qui bravent ces interdits le payent généralement par l’exil, à l’instar de la boxeuse Sadaf Khadem, qui, au même moment, a gagné pour la première fois dans l’histoire de l’Iran un combat international, mais ne peut plus revenir dans son pays.

Ce quotidien difficile pour les femmes explique sans doute les hésitations de Maryam Haidari et le ton de sa voix très bas, proche du chuchotement, lors de notre rencontre. La jeune femme écrit pour le site Internet indépendant Raseef 22 basé au Liban, et est venue défendre à Sète son recueil de poésie Une porte entrouverte publié en 2018 aux éditions Al-Mutawassit. Au premier abord, elle semble peu assurée, et c’est seulement lorsque la pièce se vide de ses occupants masculins qu’elle ose petit à petit parler. Interview express. 

Dans un pays où le droit d’expression et les droits des femmes sont très muselés, qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire?

Mon désir d’être écrivaine remonte à l’enfance. J’avais 12 ans lorsqu’à l’école on m’a demandé d’écrire un texte en persan, la langue officielle de l’Iran. Ça m’a beaucoup amusée et j’ai été félicitée pour mon travail. À partir de ce moment-là, mon rêve a été de devenir poète et écrivaine mais de langue arabe car ma famille parle arabe. Pendant longtemps, je n’ai malheureusement écrit qu’en persan puisqu’en Iran, nous n’apprenons pas l’arabe littéraire à l’école. C’est en travaillant toute seule que j’ai finalement réussi à apprendre à écrire en arabe à 15 ans. Et j’ai enfin pu écrire dans la langue que je voulais!

“C’est mon frère qui m’a poussée à être indépendante.”

Est-ce plus facile qu’avant d’être une femme en Iran?

Par le passé, être une femme iranienne était vraiment très dur, particulièrement dans les campagnes. La capitale a toujours été un peu plus permissive quant aux droits des femmes. Je viens moi-même d’Ahvaz, une petite ville dans le sud du pays. Les valeurs traditionnelles y sont toujours très présentes: une femme se doit d’être vertueuse et de rester à la maison. Moi j’ai toujours refusé cela, j’ai toujours essayé d’être forte face à ce que les hommes disaient ou ce qu’on attendait de moi. Mais c’est très difficile car tout homme, connu ou inconnu, a le droit d’avoir un avis sur le comportement des femmes, même dans la rue. Concrètement ce pays est une grande “famille” qui surveille constamment nos faits et gestes. Ce sont nos oncles, nos frères, qui nous disent ce qu’on a le droit ou non de faire. Ils peuvent nous interpeller à tout instant pour nous critiquer et dicter notre conduite.

Mais tu voyages et écris… comment as-tu réussi à te libérer de ces contraintes?

Cela fait 10 ans que j’habite entre Beyrouth et Téhéran. Je suis partie car j’avais trouvé du travail au Liban pour un site indépendant. De plus, mon statut m’a aidée: qu’on soit un homme ou une femme, être poète en Iran, c’est être reconnu·e et admiré·e. Aujourd’hui on peut quand même dire que c’est moins compliqué d’être une femme, la situation s’est améliorée. Internet et les médias internationaux ont beaucoup participé à cette émancipation. Les femmes travaillent, elles sont devenues plus fortes, plus indépendantes.

Tu dis que ton statut de poète te protège, êtes-vous nombreuses dans ce cas en Iran?

Je connais peu de femmes poétesses comme moi. Je suis assez unique dans mon genre. Mais j’ai pas mal d’amies qui sont photographes, peintres, réalisatrices… Malgré les difficultés qu’elles peuvent rencontrer, elles veulent tout faire, parfois plus que les hommes et certains d’entre eux se sentent mis en danger. Heureusement, mes amis masculins, eux, sont extrêmement enthousiastes à propos de ces changements. D’ailleurs, c’est mon frère qui m’a poussée à être indépendante, et non ma mère. Il m’a toujours encouragée à écrire, à être forte.

Propos recueillis par Alice de Brancion, à Sète


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