culture

L'interview de Safia Bahmed-Schwartz / Morgane Tschiember

“Même si je fais des pièces monumentales, il y a une sorte de timidité dans mon travail”

Tout au long de l’année, l’artiste Safia Bahmed-Schwartz part à la rencontre de ses pairs pour tenter de définir ce qu’est l’art. 
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En pleine semaine de l’art, j’ai rencontré Morgane Tschiember, une jeune artiste contemporaine à la dérive qui participe à la FIAC et à la Yia Art Fair, pour qu’elle me parle de son travail, de contrôle et d’idées reçues.

Salut Morgane, est-ce que tu peux te présenter?

Morgane Tschiember, artiste à la dérive.

C’est quoi ton parcours?

C’est très simple: quand j’avais quatre ans, j’ai regardé mes parents et je leur ai dit que je voulais devenir artiste. Petite, j’allais aux Beaux-arts avec un carton sous le bras, je n’ai rien fait d’autre. 

Ton travail prend des formes différentes, il traite de quoi dans le fond?

Même si je fais des pièces monumentales, il y a une sorte de timidité dans mon travail. Je me sens proche de la culture japonaise dans laquelle on a plutôt tendance à enlever des éléments qu’à en rajouter, cela révèle des relations fortes entre les éléments. Mon travail construit des rapports, des relations: à l’espace, aux matériaux, au son, à la couleur, au corps, aux oiseaux, au cinéma, à la musique, au paysage, aux technologies, à l’histoire, à l’autre, etc. La liste est trop longue…

Loevenbruck Morgane Tschiember

Loevenbrück © Morgane Tschiember 

Il n’y a pas vraiment de fil conducteur finalement?

Avoir un fil ou quelque chose qui tente d’ancrer son travail c’est  bien, mais il y a surtout l’état d’esprit dans lequel on travaille. Moi, j’aime me laisser porter, embarquer, dériver. Le contrôle, c’est juste du désir, savoir où l’on désire aller, aller vers quel objet. Personne n’est maître de son bateau, il y a toujours quelque chose qui nous échappe, et qui devient une partie importante du travail.

Est-ce lié à une certaine timidité dans ton travail ou au fait que, dans l’idéologie collective, un artiste doit montrer des œuvres complètement finies et non des recherches? 

Je pense qu’il y a un peu des deux. Quand je dis que je suis une artiste à la dérive, c’est que j’ai décidé de m’autoriser de ne pas essayer d’aller contre les choses mais avec elles. C’est toujours une histoire de relation. Quand je fais une série, cette série m’amène à autre chose. Une expérience en amène une autre. Il  y a des va et vient et énormément de dialogues dans toutes mes pièces. Et il y a cette forme finie qui m’ennuyait et qui n’était plus nécessaire, le truc c’est d’enlever ces carcasses qu’on nous a mises.

Tu aurais un exemple pour illustrer ton propos?

Je me souviens d’une pièce que j’ai faite au CRAC à Sète pour laquelle j’avais mélangé de la peinture à l’huile et de la peinture à l’eau alors qu’on m’avait toujours dit qu’on ne pouvait pas les mélanger. J’ai fabriqué une machine avec un système de rouages, avec des tubes, et les peintures se sont laissé une place respective, il s’est passé plein de choses intéressantes. J’ai mis quinze ans à me dire qu’il fallait se détacher de ce qu’on nous a appris et faire ce qu’on a envie de faire. 

running bond Morgane Tschiember

Running Bond © Morgane Tschiember 

Certains artistes font faire leurs œuvres, toi tu les fais toi-même, pourquoi?

Parce que ce sont des recherches qui s’associent les unes aux autres. En faisant moi-même mes pièces, je découvre des choses que je n’aurais pas pu imaginer. La sculpture, ce n’est pas une idée, il y a quelque chose qui me dépasse et en même temps que j’essaie de contrôler. C’est une relation passionnante.

Quand on regarde ton travail dans son ensemble, il ne laisse pas paraître que tu es une femme, à part peut-être dans Running Bond, cette série faite de parpaings liés par du ciment pailleté rose.

Si un artiste homme utilisait du rose, on dirait “c’est intéressant, cette couleur si difficile à manier”, mais je suis une femme alors on dit “elle utilise du rose parce que c’est une femme”. J’adore le rose, c’est pour moi la couleur qui possède le plus grand spectre: elle peut aller dans les rouges, les jaunes, les blancs, les bleus, tout en restant une variante de rose. C’est la couleur la plus intéressante, la plus attractive et répulsive à la fois, la plus incarnée et la plus divine. Franchement, il est temps que ce genre de regard change.

On fait comment pour que les regards changent? C’est le rôle des artistes? ou du public?

Travailler, travailler… On ne peut rien faire d’autre. 

Swing Morgane Tschiember

Swing © Morgane Tschiember

Tu as été prof aux Beaux-arts de Quimper, tu es intervenue à ceux de Toulouse, la jeune création t’importe, tu la soutiens, si tu avais un conseil à donner à un jeune artiste, quel serait-il?

En effet, je soutiens la jeune création, j’organise d’ailleurs une expo de mes chouchous pendant la FIAC: “Shoot the band”, 74 rue Charlot dans le 3ème à Paris. Quant au conseil: ne pas rester tout seul dans son atelier, dialoguer, partager, échanger.

Tu es maman depuis trois ans, est-ce que ça change fondamentalement quelque chose dans ton travail?

Si j’avais su que ça décuplerait mon énergie, je l’aurais fait avant. Si j’avais un conseil à donner aux femmes artistes, ce serait “Faites des enfants”.

Et alors, c’est quoi l’art pour toi?

Ce que l’on n’arrive pas à définir. 


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