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“Newport Beach”, brûlot féministe et anti-capitaliste des années 2000?

Sororité, empouvoirement, masculinité non-toxique, déclassement social volontaire et militantisme écolo… Et si Newport Beach, dont on fête cette année les 15 ans de la diffusion française, était une critique du mode de vie des 1% californiens?
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2004, Paris Hilton est une superstar depuis la diffusion de sa sextape, les joggings Juicy sont à la mode et Nip/Tuck scandalise avec son regard non-censuré sur la chirurgie esthétique. C’est alors que naît Newport Beach. Quand la série débarque sur France 2 le 9 octobre 2004, elle nous plonge dans la Californie plastique du début du millénaire. Un ado des quartiers pauvres, Ryan Atwood, y est adopté par une famille riche, les Cohen. À travers ses yeux, on découvre la très cossue ville de Newport Beach, ses hommes capitalistes et ses femmes-objets. Tous les ingrédients sont réunis pour un soap opera sur la vie glamour des 1%. Mais ce n’est pas le chemin choisi par Newport Beach.

 

 

Méfiez-vous des jolies filles

Au début de la saison 1, rien ne laisse présager une série féministe. Seth, fils unique des Cohen et nerd sans ami, est amoureux d’une jolie fille à qui il n’a jamais parlé: Summer Roberts. Celle-ci passe son temps en maillot de bain, espérant séduire des hommes qui ont de l’argent. Mais très rapidement, on comprend pourquoi Seth est amoureux d’elle depuis la primaire. Summer est tout l’inverse de la fille futile qu’elle fait semblant d’être. Elle est intelligente, généreuse, curieuse, drôle et déborde d’idées. Avec ce personnage, Newport Beach nous rappelle que les filles en jupes ras-la-culotte ne sont pas débiles, qu’elles jouent parfois simplement les ingénues parce qu’on leur a appris à le faire. Pour réussir, il faut un homme riche, pour le séduire, il faut l’être moins que lui. Si Summer prend conscience de son potentiel et de sa force, c’est en partie grâce à Anna Stern, une intello qui aime le froid et les comics. Dans une émission de téléréalité, elles ne seraient jamais devenues amies. Les deux, étant amoureuses de Seth Cohen, auraient dû se tirer dans les pattes et se crêper le chignon. Elles vont au contraire apprendre à se connaître, à voir les qualités de l’autre, se respecter, se soutenir. Qu’importe si Seth a choisi l’autre, elles resteront amies. Cette sororité, pas vraiment à la mode à l’époque, est omniprésente dans la série. Marissa Cooper, la petite copine de Ryan, et Theresa Diaz, l’ex de ce dernier, sont là l’une pour l’autre. Même Kirsten, la mère de Seth, finira par soutenir la mère de Marissa, l’insupportable Julie Cooper-Nichol, qui est tout à la fois l’ex-femme de son amoureux de lycée et la nouvelle femme de son père. Bienvenue à Newport Beach, ville des relations incestueuses.

Tous les hommes ne sont pas à jeter à la poubelle dans Newport Beach. Si la série a eu tant de succès, c’est probablement grâce au personnage de Seth Cohen.

 

Qui a besoin d’hommes?

Difficile d’apprécier Julie. Égoïste et manipulatrice, elle divorce après avoir vidé les comptes en banque de son mari, séduit un homme vieux et riche et se soucie plus du “qu’en dira-t-on” que du bonheur de ses filles. Mais, dans Newport Beach, même les gold diggers ont le droit d’être humaines. En apprenant d’où elle vient et la façon dont les hommes l’ont traitée, on comprend mieux ses actions. Elle se noue progressivement d’amitié avec Kirsten, la working woman parfaite. Kirsten exerce un métier très stressant, gagne (beaucoup) plus d’argent que son mari, s’occupe de sa famille et trouve quand même le temps d’aller au cours de Pilates et d’organiser des événements sociaux. Ensemble, elles vont s’émanciper. Kirsten va apprendre à se libérer de la pression qui pèse sur les mères qui travaillent et Julie va se mettre à travailler pour devenir indépendante. Plus tard, elles vont monter une entreprise ensemble. Cerise sur le gâteau, Julie va obtenir un diplôme et dire non à deux propositions de mariage.

 

 

Masculinité non toxique

Mais tous les hommes ne sont pas à jeter à la poubelle dans Newport Beach. Si la série a eu tant de succès, c’est probablement grâce au personnage de Seth Cohen. Avait-on vu un adolescent comme lui avant la série californienne? Sensible, mélomane, maladroit, il a prouvé que la fragilité et l’intellect étaient sexy. Dans son couple avec Summer, c’est lui qui fait les déclarations d’amour et elle qui bricole. Quand il se comporte mal avec des filles, les autres hommes de la série le reprennent toujours. Il faut dire que son père est un gaucho qui s’intéresse plus au bien-être collectif qu’à l’argent ou au pouvoir, et que Ryan est un ancien enfant mal-aimé bien intentionné. Seul protagoniste élevé dans la violence, il cherchera tout au long de la série à s’en passer et à exprimer ses sentiments.

 

Fini le shopping

Et puis, il y a le sujet du consumérisme. Ados typiques des années 2000, Summer et Marissa adorent le shopping au début de la série. C’est leur safe space. La ruine du père de Marissa, puis de sa mère, va changer leur rapport à l’argent. [ATTENTION SPOILER] Après l’accident de voiture qui tue Marissa (ne laissez pas cette analyse vous faire oublier qu’il s’agit d’un soap opera tiré par les cheveux), Summer va utiliser le militantisme écologique pour éviter de faire son deuil. Mal épilée, mal habillée (bonjour les clichés), elle devient anti-capitaliste. Elle finira par faire son deuil mais n’oubliera pas ce qu’elle a découvert: la planète est en danger. Elle partira en mission à travers le monde, avec le soutien de Seth. Sans devenir militants, les parents eux aussi questionnent le mode de vie consumériste. Le père et la mère de Marissa préfèrent vivre libres que riches et les parents Cohen quittent leur maison géante pour vivre de façon plus modeste, loin du bling-bling de Newport Beach. 

Aline Mayard

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