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Ces icônes de la pop culture qui sont caricaturées de façon sexiste

Quand on parle d’elles, on les dit malheureuses en amour, abandonnées, perdues, au lieu de célébrer avant tout leur incroyable réussite. On vous propose de voir les choses autrement.
© Rune Hellestad/Corbis, Flickr Creative Commons
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La semaine dernière, on célébrait le huitième anniversaire de la mort d’Amy Winehouse, l’une des plus grandes chanteuses soul de son époque, et resurgissaient par la même occasion les souvenirs des errances personnelles de l’artiste décédée prématurément. Avant elle, d’autres icônes ont souffert d’un traitement médiatique davantage centré sur leurs déboires amoureux que sur leurs succès professionnels. On essaye de réparer cette injustice.

 

Amy Winehouse, droguée et borderline

Ce qu’on dit d’elle: À peine évoque-t-on la mémoire de la chanteuse qu’on aborde immanquablement sa mort prématurée et inattendue à l’âge de 27 ans. Elle est entrée, de ce fait, dans le tristement célèbre “club des 27” au même titre que Jimmy Hendrix, Jim Morrison et Janis Joplin. Elle est systématiquement présentée comme une femme dévorée par son succès, sous l’empire de la drogue et malheureuse en amour.

Ce qu’on devrait surtout savoir d’elle:  Amy Winehouse c’est d’abord une voix puissante et basse de contralto qui rappelle les chanteuses de jazz telles qu’Ella Fitzgerald avec laquelle elle partage la capacité de chanter sur 3 octaves. À 10 ans, Amy Winehouse sait déjà qu’elle veut devenir chanteuse. Elle a d’ailleurs monté un groupe de rap, Sweet’n’Sour, avec sa meilleure amie Juliette Ashby, dont elle écrit les paroles et les mélodies vocales. En 2009, alors qu’elle est déjà une superstar mondiale, elle découvre une jeune chanteuse, Dionne Bromfield, 13 ans. Elle en fait sa protégée et fait enregistrer son premier disque au sein de son label. Un bel exemple de sororité, et la preuve que le pouvoir, ça se partage.

 

Dalida, triomphante mais seule

Ce qu’on dit d’elle: Quand on pense à Iolanda Gigliotti alias Dalida, les premières choses qui nous viennent à l’esprit sont généralement son suicide ainsi que ceux de ses proches. Il faut dire que la vie de cette artiste italo-égyptienne a été jalonnée de drames personnels. Impossible d’échapper également à la fascination pour son accent italien, sa chevelure flamboyante, ses robes longues à paillettes ou sa légère coquetterie dans l’œil, qui lui a valu, de son vivant, les moqueries de beaucoup d’humoristes.

Ce qu’on devrait surtout savoir d’elle: En 31 ans de carrière, elle s’est toujours réinventée, passant du yé-yé à l’oriental ou au disco, et de chansons très légères comme Bambino à des textes plus profonds comme Mourir sur scène voire subtilement féministes comme Il venait d’avoir 18 ans.  Aucun de ses albums n’a échappé au succès. Célébrité internationale, elle chantera même ses tubes en japonais. Au fil des ans, Dalida devient une icône LGBT qui fascine la communauté gay, et elle le leur rend bien avec ses chansons qui évoquent très clairement l’homosexualité comme Pour ne pas vivre seul ou Depuis qu’il vient chez nous. Mais ce ne sont pas seulement ses paillettes qui lui valent cette place de choix: elle est une des premières personnalités à prendre le problème du sida au sérieux au début des années 80, en soutenant Radio Fréquence Gay et en participant dès 1985, soit deux ans avant sa mort, à un gala pour aider la recherche contre le virus.

 

Barbara, solitaire et mystérieuse

Ce qu’on dit d’elle: Elle est toujours surnommée “La longue dame brune” ou “La dame en noir” du fait de son costume de scène noir et de sa silhouette longiligne, lui donnant l’image d’une femme seule au destin tragique.

Ce qu’on devrait surtout savoir d’elle: Après avoir repris des morceaux à succès et des titres de cabaret populaires à l’époque, elle se met à écrire ses propres chansons et brille aux côtés de grands paroliers tels Jacques Brel et Georges Brassens. Si la noirceur de ses textes est souvent soulignée, on dit rarement que son tube L’Aigle Noir, adoré par le public, raconte les viols de son père dont elle fut victime dès l’âge de 10 ans. Résiliente, elle le sera grâce à sa musique, qui lui permettra aussi de faire un pas vers l’Allemagne, elle, la petite fille juive qui dut se cacher pendant la guerre. En 1964, Barbara vient chanter à Göttingen et sa chanson deviendra un symbole de l’amitié franco-allemande retrouvée. À la fin de sa vie, c’est dans la lutte contre le sida qu’elle s’engage. Elle compose en 1987 la chanson Sid’amour à mort qu’elle interprète quelques mois plus tard, presque à bout de souffle, sur les planches du Théâtre du Châtelet. Elle rend visite aux malades et va jusqu’à installer une ligne téléphonique chez elle pour répondre aux personnes en détresse atteintes du sida.

 

Tina Turner, éternelle femme battue

Ce qu’on dit d’elle: Avant ses morceaux, c’est surtout son couple qui a fait les gros titres. Mariée à Ike Turner, son partenaire de scène, elle a été victime de violences conjugales et est longtemps restée la “femme battue”. Mais le vent a tourné quand elle a fini par le quitter.

Ce qu’on devrait surtout savoir d’elle: Après son divorce et son départ du groupe Ike and Tina Turner, elle connaît une longue traversée du désert qui dure 8 ans. Mais en 1984, sa chanson Private Dancer la propulse à nouveau sur le devant de la scène. La consécration ultime arrive en 1995 quand sa chanson Golden Eye devient le générique du James Bond du même nom. Avec plus de 50 ans de scène, elle est parfois surnommée “la mamie du rock”, mais une mamie qui n’a jamais abandonné les colorations multicolores et les tenues ultra moulantes, pour notre plus grand bonheur. Beyoncé voue un culte absolu à cette femme de pouvoir, féministe, qui lui a transmis son inénarrable déhanché.

Mais l’influence de la rock star ne s’arrête pas là. C’est elle qui a appris à bouger à Mick Jagger: “Mick voulait danser -et j’étais danseuse- Il a dit que sa mère lui avait appris à danser. Mais nous avons travaillé avec lui dans le vestiaire, moi et les filles, et nous lui avons appris le Pony”, écrit Tina Turner dans son autobiographie parue cette annéeComme Dalida et Barbara, elle a trouvé l’amour au bras d’un homme plus jeune qu’elle. Son mari, Erwin Bach est de 17 ans son cadet: un élément de sa vie privée dont on parle bien moins que de son premier mari violent.

Alice de Brancion


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