culture

Musique

Raja Meziane, la reine exilée du rap algérien

Icône musicale de la révolution en Algérie, exilée à Prague, la rappeuse Raja Méziane donnera son premier concert en France le 8 mars prochain à l’occasion de la Journée internationale des droits de femmes et du festival Arabofolies de l’Institut du Monde Arabe à Paris. 
DR
DR

DR


Le regard assuré, le port de tête altier, une tiare de bijoux sur le front, Raja Meziane en impose sur ce cliché pris pour un article de la BBC qui la classe parmi les 100 femmes les plus influentes de 2019. Pas étonnant quand on porte l’essence du “raj” dans son blaze. À seulement 31 ans, cette reine du rap algérien a déjà un CV bien rempli. Son titre Allo le système!, sorti en février 2019, a été visionné plus de 35 millions de fois sur Internet et repris par les manifestant·e·s de la “révolution du sourire”. Mais sa carrière musicale, tout comme ses engagements politiques, ne datent pas d’hier. C’est chez les scouts qu’elle développe sa passion pour le chant alors qu’elle n’est encore qu’une petite fille. Le grand public, lui, découvrira sa voix quelques années plus tard, en 2007, lors de l’émission Alhane w Chabab (l’équivalent de The Voice en arabe) où elle arrivera parmi les finalistes.

 

 

Sa révolution

Loin d’être aveuglée par les lueurs de la notoriété, Raja Meziane préfère prendre son temps après la fin de l’émission. Elle passe alors trois années dans l’ombre pendant lesquelles elle termine ses études pour devenir avocate, et écrit son premier album. “Je voulais faire quelque chose qui me ressemble. Prendre du recul m’a permis d’observer ce qui se passait en Algérie et grâce à l’écriture j’ai pu exorciser ce mélange d’émotions que je voyais autour de moi”, explique la chanteuse. En 2012, elle revient sous le feu des projecteurs avec Révolution, un titre qui fait parler d’elle et ne lui attire pas que des ami·e·s: “Le peuple n’était pas encore prêt à entendre ce que j’avais à dire. Il n’acceptait pas que je critique le pays et pensait que je voulais simplement faire le buzz.” 

 

 

Ce goût pour la révolte est né il y a longtemps chez la rappeuse qui, très jeune, s’indigne contre les injustices sociales et les inégalités. “Je n’ai jamais écrit autre chose que des textes engagés. Je me souviens avoir écrit une pièce de théâtre sur la Palestine quand j’étais petite, j’écrivais aussi des textes pour la paix et l’Algérie”, se souvient-elle. Une enfance marquée par la violence des années noires algériennes qui l’ont endurcie. “Quand on grandit avec la guerre comme toile de fond, et qu’on entend les cris de femmes qui viennent de retrouver les corps de leurs enfants ou de leur mari, cela vous imprime des images dans la mémoire. Vous vous dites que plus rien ne sera pire que cela après.” En 2015, alors qu’elle refuse de participer à une chanson collective en l’honneur de Bouteflika et de son 4ème mandat, elle se voit boycottée par de nombreux médias nationaux. “C’était le début de la fin de ma jeune carrière”, dit-elle avec une pointe d’ironie dans la voix. La même année, le refus par le bâtonnier de lui délivrer son autorisation afin d’exercer comme avocate achève de la convaincre de quitter le pays. Elle s’exile alors en République tchèque où elle réside depuis avec son mari, le producteur DeeTox.

 

Le hirak en exil

Une expérience amère qu’elle raconte dans Maniche Bent Imlak (“Je ne suis pas la fille d’un ponte”), une chanson sortie en 2016 où on la voit dans une vidéo crue, la bouche cousue par des fils de suture. Au lieu de la fermer, Raja Meziane continue d’affirmer tout haut ce que le peuple pense tout bas, et publie en mars dernier sur YouTube Allô le système!: un titre qui va rapidement résonner dans les rangs des manifestant·e·s du hirak algérien. “Cette chanson, c’était ma manière de participer à ce qui se passait là-bas. C’est la continuité de ce que j’ai toujours fait, sauf qu’aujourd’hui les gens sont prêts à m’écouter”, explique t-elle fièrement. C’est désormais depuis Prague que l’autrice de Rebelle et Survivor fustige les autorités algériennes. À grand coup de flow et de textes incisifs, elle critique la corruption du système, comme dans Toxic, un clip provocateur où elle apparaît avec un masque à gaz sur le visage. Une volonté de soutenir la révolution et d’élever la voix que même les nombreuses attaques qu’elle reçoit sur les réseaux sociaux ne parviennent pas à entamer. “Sur les réseaux sociaux, on trouve beaucoup de trolls et de fake news pour essayer de faire taire et d’attaquer ceux qui sont libres, mais je continuerais toujours d’afficher mes opinions politiques”, déclare-t-elle. Le feu de la lutte brûle toujours chez la jeune femme qui suit aujourd’hui son chemin artistique en exil, entre musique et réalisation de vidéos, tout en rêvant de revenir un jour au pays, “quand l’Algérie sera guérie, comme elle dit.

Lou Mamalet


1. Avec “Le Dérangeur”, ce collectif veut décoloniser la langue française

Le collectif Piment lâche le micro de son émission sur Radio Nova le temps d’écrire son premier livre Le Dérangeur, petit lexique en voie de décolonisation. Passionné de cultures noires, le quatuor signe un lexique d’un nouveau genre à la fois drôle et impertinent.
DR - Cheek Magazine
DR

7. Les femmes noires vont-elles enfin trouver leur place dans l'industrie musicale en France?

Alors que le racisme est redevenu une discussion mondiale, l’industrie musicale, à l’initiative de deux de ses cadres, Brianna Agyemang and Jamila Thomas, a décidé de faire son introspection, notamment sur la place des artistes noir·e·s. Les femmes noires y sont les moins visibles et les plus fragilisées, malgré leurs succès. 
DR - Cheek Magazine
DR