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Rentrée littéraire: les 9 essais féministes à ne pas manquer

Notre sélection d’essais pour rester bien informée sur la pluralité des luttes féministes en cette rentrée 2020.
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Capture d'écran "The story of us", Taylor Swift

Capture d'écran "The story of us", Taylor Swift


La rentrée littéraire ne se fait pas seulement côté fiction. Elle est aussi particulièrement riche côté essais et récits avec des sujets variés et passionnants: l’affaire Weinstein, la portée politique du combat des mères, le validisme, l’histoire, la place des femmes dans l’espace public, la misandrie… Petit tour d’horizon des écrits qui vont alimenter les luttes des prochains mois.

 

Trois femmes, de Lisa Taddeo (JC Lattès)

Ça raconte quoi: Ce livre de la journaliste Lisa Taddeo croise les histoires de trois femmes. Pendant 8 ans, elle les a interviewées, elle a rencontré leurs proches, elle a lu leurs journaux et elle s’est même parfois installée dans leurs villes. Il y a Lina, une femme au foyer déprimée par le fait que son mari ne veuille plus l’embrasser et qui noue une relation avec un ancien petit ami du lycée. Sloane, une femme dont la carrière dans la restauration est auréolée de succès et qui est en union libre. Et Maggie, une jeune femme qui a décidé de dénoncer la relation qu’elle a eue avec son professeur alors qu’elle n’était qu’au lycée.

Pourquoi on le recommande: À travers ces trois histoires, Lisa Taddeo cartographie le désir féminin mais surtout la manière dont les hommes peuvent l’entraver et l’utiliser. En faisant entendre d’une manière très intime la voix de ces trois femmes, elle met en lumière les inégalités dans leurs relations et surtout les dynamiques de pouvoir qui se mettent en place, souvent malgré elles et en faveur des hommes qui les entourent. Pourtant, elle ne les limite jamais au statut de victimes passives et en alternant leurs histoires, Lisa Taddeo fait entendre leurs pensées, leurs désirs et leurs forces. Impossible de reposer ce passionnant récit -qui a fait un énorme carton outre-Atlantique- avant de l’avoir terminé. 

Traduit de l’américain par Luc Dutour

 

La puissance des mères, de Fatima Ouassak (La Découverte)

Ça raconte quoi: Fatima Ouassak l’explique dans son essai, la maternité est l’un des angles morts du féminisme. Pourtant, au fil de ses luttes (elle est cofondatrice du Front de mères, syndicat de parents d’élèves des quartiers populaires), elle s’est rendu compte que les mères avaient un rôle politique capital à jouer pour reprendre le contrôle sur le territoire, l’école, l’écologie et la transmission.

Pourquoi on le recommande: Parce que l’essai de Fatima Ouassak mêle le personnel et le politique avec une force irrésistible. Rendre son expérience de mère politique est une manière pour elle de reprendre le contrôle sur sa vie et sur son rôle dans la société.  “C’est dans la lutte que nous avons refusé d’être réduites à des mères arabes, noires ou musulmanes, écrit-elle. Nous sommes des mères. Nous sommes des sujets politiques. Et nous menons une lutte universelle.” Elle part de son expérience de mère dans le 93, en racontant par exemple l’islamophobie dont elle a été la victime lorsqu’elle a voulu demander un repas végétarien à la cantine, pour tirer un essai politique qui donne de nombreuses pistes d’action concrète pour que les mères s’organisent et fassent valoir leurs droits. Son essai puissant est un appel à s’organiser et à se réapproprier ce qui est devenu l’apanage des classes moyennes et aisées: l’écologie, l’école, le féminisme, l’organisation du territoire. Le pouvoir des mères est aussi une ode à toutes les femmes qui se sont battues avec elle et avant elle. Indispensable pour politiser ce sujet capital.

 

Rage against the machisme, de Mathilde Larrère (éditions Du Détour)

Ça raconte quoi: Dans cet essai, l’historienne Mathilde Larrère retrace l’histoire des luttes qu’ont menées les femmes pour leurs droits, de la Révolution française à #metoo. Elle met ainsi en avant les grands axes des luttes féministes et les grandes figures, connues ou méconnues, qui ont traversé les siècles.

Pourquoi on le recommande: Rage against the machisme est un excellent ouvrage de vulgarisation qui, sous un aspect illustré et plutôt léger, informe très précisément sur les grands axes de la lutte féministe et construit des ponts entre passé et présent. L’approche est sans cesse politique, comme l’explique l’un des premiers chapitres: la manière dont l’histoire est enseignée, avec ses oubliées, en dit long sur la société. L’approche de Rage against the machisme est inclusive, et l’autrice réfléchit aussi aux femmes qui ont été oubliées dans les récits des combats qu’elle nous conte. Elle retrace par exemple les luttes antiracistes ou les luttes LGBTIQA+. Chaque page dévoile une histoire qui donne envie de s’engager, du combat des Penn Sardin à Douarnenez à celui de Djamila Boupacha en Algérie.  Une parfaite réponse à l’argument anti-féministe qui vise à dire que le combat pour les droits des femmes est gagné depuis longtemps.

 

She said, de Megan Twohey et Jodi Kantor (Alisio)

Ça raconte quoi: Les deux journalistes du New York Times racontent de l’intérieur les coulisses de leur enquête sur l’affaire Weinstein.

Pourquoi on le recommande: Ce passionnant document revient sur le contexte dans lequel est sortie l’affaire Weinstein et sur la naissance du mouvement #Metoo. Les journalistes y racontent la manière dont elles ont essayé de convaincre les victimes de parler et leur horreur tandis qu’elles découvraient l’ampleur de l’affaire et des agissements du célèbre producteur américain. L’histoire captivante qu’elles racontent, qui se lit presque comme un thriller, est ponctuée de réflexions passionnantes sur le journalisme d’investigation, sur la protection des sources mais aussi sur l’Amérique de Trump. Twohey et Kantor ne glorifient jamais leurs rôles et la dernière partie sur les accusations d’agression sexuelle de Christine Blasey Ford envers le juge de la cour fédérale Brett Kavanaugh, qui n’ont pas empêché ce dernier de faire carrière, servent d’avertissement. Le retour de bâton n’est jamais loin et le mouvement #metoo est plus que jamais nécessaire.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Danielle Lafarge

 

Présentes, de Lauren Bastide (éditions Allary)

Ça raconte quoi: La journaliste Lauren Bastide, créatrice du podcast La Poudre, s’est inspirée d’une série de conférences qu’elle a organisées au Carreau du Temple entre 2018 et 2019 avec des militantes féministes (Elisa Rojas, Rokhaya Diallo, Alice Coffin, Caroline de Haas, Chris Blache, Pascale Lapalud, Hanane Karimi, Anaïs Bourdet et Marie Dasylva) pour écrire cet essai sur la place des femmes dans la société française contemporaine.

Pourquoi on le recommande: Présentes est une très bonne porte d’entrée dans le féminisme, parce qu’il résume très clairement tous les grands enjeux du féminisme contemporain. La journaliste retrace la place des femmes dans l’espace public, dans un espace médiatique qu’elle connaît bien (elle fait partie de l’association de femmes journalistes Prenons la Une) et dans les luttes. Lauren Bastide traite de tous ces sujets en donnant la parole aux femmes inspirantes qu’elle a rencontrées dans sa carrière et en saupoudrant le tout d’humour, de rage et de chiffres qui étayent et documentent ses dires. Elle se livre aussi sur son rapport personnel à la lutte et dresse les contours de sa vision du féminisme: un combat qui n’oublie personne et qui ne dépolitise aucun enjeu.

 

Je vais m’arranger, comment le validisme impacte la vie des personnes handicapées, de Marina Carlos, illustré par Freaks

Ça raconte quoi: Très active sur Twitter, Marina Carlos signe un premier livre sur le validisme (Ndlr: l’oppression des personnes handicapées). Elle analyse les problématiques d’accessibilité (transports en commun, concerts…), la faible représentation médiatique des personnes handicapées (qui sont pourtant 12 millions en France), les discours politiques problématiques sur le handicap et enfin dresse une liste de revendications pour plus d’égalité.

Pourquoi on le recommande: Illustré par Freaks et auto-édité, ce petit ouvrage de Marina Carlos est à la fois extrêmement pédagogique et très engagé. En multipliant des exemples très concrets du quotidien, elle permet à chacun·e de se rendre compte du validisme de la société contemporaine. De la place de parking au trajet en métro en passant par l’injonction ridicule des politiques qui invitent à « “changer le regard sur le handicap ”, on se rend compte à quel point toute l’organisation de la société est pensée pour les personnes valides. Jusqu’à la représentation médiatique du handicap, un domaine dans lequel la France est particulièrement en retard. Si vous avez envie d’aller plus loin et de continuer à vous informer sur le sujet, Marina propose aussi de nombreuses ressources et personnes à suivre.

Disponible en version digitale sur le site de Marina Carlos

 

Tout le monde peut être féministe, de bell hooks (éditions Divergences)

Ça raconte quoi: Publié dans sa version originale en 2000, ce court essai de la figure de l’afroféministe bell hooks est traduit en français pour la première fois.

Pourquoi on le recommande: Ce petit essai est extrêmement clair et précis. bell hooks explore le féminisme en expliquant tout ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Elle revient sur les manières dont il a pu être récupéré (notamment par le capitalisme) et dévoyé et puise aux sources de sa pensée pour le remettre dans le droit chemin. Chaque concept est expliqué en mêlant pensée théorique et expériences personnelles, de la sororité à la place des hommes dans le combat, en passant par les droits reproductifs, la lutte des classes, le rapport à la beauté. La penseuse et militante fait dialoguer féminisme, antiracisme et lutte des classes avec une clarté rarement égalée. Une porte d’entrée érudite et passionnante dans le combat féministe.

Traduit de l’anglais par Alex Taillard

 

Moi les hommes je les déteste, de Pauline Harmange et Poétique réjouissante du lubrifiant de Lou Sarabadzic (éditions Monstrograph)

Ça raconte quoi: La maison d’édition Monstrograph sort à la rentrée deux courts essais politiques et passionnants. Moi les hommes, je les déteste de Pauline Harmange, qui théorise la misandrie comme réaction à une société patriarcale violente, et Poétique réjouissante du lubrifiant de Lou Sarabadzic qui prône une sexualité débarrassée de toute injonction.

Pourquoi on le recommande: Parce que ces deux essais développent chacun une vision profondément féministe et politique. Lou Sarabadzic déconstruit notre regard sur la sexualité en prônant une pratique complètement libérée des dynamiques de domination. A travers cet objet a priori banal, le tube de lubrifiant, elle raconte le sexe sous toutes ses formes: avec ou sans jouissance, avec ou sans pénétration, avec ou sans partenaire. Un appel à réinventer notre imaginaire érotique. Pauline Harmange, elle, tisse une ode à ses sœurs de lutte en expliquant son cheminement vers la misandrie. Elle s’approprie ce terme souvent utilisé contre les féministes pour retracer son propre chemin militant et pour tisser une histoire de la violence patriarcale. La sortie de son livre a été accompagnée d’une menace de censure par Ralph Zurmély, un chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes (l’ironie est confondante), racontée dans Mediapart. L’article a fait exploser les ventes du livre, qui sera bientôt disponible dans une autre maison d’édition. Espérons que l’affaire et la qualité de ces deux essais donne un coup de projecteur bien mérité sur le travail de la petite maison d’édition de Martin Page et Coline Pierré.

Pauline Le Gall


1. Romcom de Noël: les couples homos sont désormais les bienvenus 

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Capture d'écran "The story of us", Taylor Swift

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Capture d'écran "The story of us", Taylor Swift

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Capture d'écran "The story of us", Taylor Swift

6. La traduction anglais-français permet-elle de se libérer des stéréotypes de genre?

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Capture d'écran "The story of us", Taylor Swift

7. Pourquoi il faut voir et revoir “La Revanche d'une blonde”

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