culture

Livre

Dans son roman, Sarah Barukh ausculte une amitié féminine née dans les 90's

Envole-moi est le troisième roman de Sarah Barukh, qui nous fait découvrir une amitié intense entre deux ex-ados des années 90. 
© Capucine Bailly
© Capucine Bailly

© Capucine Bailly


Sarah Barukh est une ex-ado des années 90, et surtout une enfant du 19ème, à Paris. De cette jeunesse dans un arrondissement traditionnellement multiculturel, à l’aube d’un nouveau millénaire, elle a tiré deux héroïnes qui font vivre son troisième roman Envole-moi, paru peu avant le confinement. Marie et Anaïs se sont connues dans une cité des Buttes-Chaumont et sont devenues inséparables avant que leurs chemins ne s’éloignent pour se recroiser à nouveau. C’est ce double portrait de femmes à l’aube de la quarantaine que nous offre Sarah Barukh dans un roman résolument générationnel. Interview express.

 

Quand as-tu su que tu voulais devenir écrivaine?

Il y a eu beaucoup de déclics. Des interviews d’écrivains comme Romain Gary, la fierté de ma mère découvrant mes rédactions scolaires, et bien sûr des romans qui m’ont ébranlée. Je voulais être capable de procurer ces émotions à d’autres. Mais je ne suis pas sûre de me dire écrivaine, seul le temps permettra d’en juger… Je raconte des histoires, pense à mes personnages tous les jours depuis près de vingt ans. J’adore cette vie dans le flou, sortir les poubelles tout en imaginant une scène passionnelle!

En quoi tes héroïnes incarnent-elles ta génération?

Anaïs et Marie se sont connues enfants et ne se parlent plus depuis quinze ans. Un décès va leur permettre de se retrouver d’une façon plutôt spéciale… Le roman se déroule sur deux époques de leur vie, le présent et leur adolescence, au début des années 90, où un drame leur est arrivé. Beaucoup de thèmes sont abordés dans Envole-moi, la complexité de la maternité, le racisme social et religieux, les relations familiales, les quartiers difficiles. J’ai essayé d’illustrer ce que c’était, selon moi, d’être une femme de 40 ans aujourd’hui, avec des problématiques simples en apparence, mais qui nous touchent toutes un jour. Et je voulais comprendre comment on en était arrivées là, montrer aussi à quel point beaucoup des problèmes que nous rencontrons sont nés (et ont été balayés) au début des années 90.

Je voulais parler de mixité et de la place des femmes dans un quartier difficile.

Pourquoi avoir voulu écrire sur l’amitié entre femmes?

Mes livres parlent toujours de quête identitaire et de transmission. Comme si les deux étaient liés. Ces femmes portent chacune le fardeau de leur éducation, de ce que la société a projeté sur elles et elles peinent à s’en défaire. Elles fonctionnent en miroir, on peut y voir des opposés ou les facettes d’une même médaille… Nous sommes des êtres complexes, qui pensent vouloir des choses et désirent parfois leur contraire. Anaïs enchaîne les FIV sans succès, elle se désespère de ne pas avoir d’enfant, au point de ne plus apprécier sa vie. On lui a rabâché qu’une femme ne pouvait être heureuse, complète sans être mère, et elle l’a cru. Marie n’a pas su aimer son fils, elle ne peut que constater que la solution n’est pas toujours dans la maternité… Quand l’histoire commence, elles ne savent plus vraiment où elles en sont, elles ont besoin de respirer, faire une pause avec leurs désillusions. Et elles vont devoir aller très loin, ensemble, pour se libérer, chacune à sa façon.

Les Buttes-Chaumont sont le troisième protagoniste du roman, que représente ce quartier pour toi?

C’est tout le 19ème arrondissement qui est un personnage à part. J’y ai grandi, j’ai aimé autant que j’ai détesté ce quartier, pour toutes les raisons que je décris dans le livre mais surtout, je crois qu’il y a des gens, des lieux qui sont des mondes à eux tout seuls. On les revoit et c’est une partie entière de notre vie qui resurgit. Dans les rues qui entourent les Buttes-Chaumont, Anaïs replonge dans son enfance, mais le temps a passé, et elle n’y est plus rien pour personne. Un jour, on a ses habitudes, on compte, et les années effacent tout de notre passage. Je voulais parler de ça. Parler aussi de mixité, de la place des femmes dans un quartier difficile, où beaucoup d’hommes ont besoin d’user de ce qu’ils pensent être viril pour exister. Parler des collégiennes que l’on pelote dans les couloirs, des humiliations, et de la façon de s’en sortir.

Propos recueillis par Myriam Levain

Envole-Moi, Ed. Albin Michel, janvier 2020


1. “Lusted Men”, l'exposition qui érotise les corps masculins

L’exposition Lusted Men présente une collection de photos érotiques masculines, anonymes et contemporaines. Preuve que la nudité émoustillante n’est pas réservée aux modèles féminins.
© Capucine Bailly - Cheek Magazine
© Capucine Bailly

4. Dix films féministes qu'il fallait voir en 2020

En 2020, l’année ciné aura été bouleversée jusqu’au bout. Heureusement, cela ne nous a pas empêchées de découvrir, au cinéma ou à la maison, de superbes récits féminins et féministes. 
© Capucine Bailly - Cheek Magazine
© Capucine Bailly

5. Dix séries féministes qu'il fallait voir en 2020

Il y a au moins un truc dont on peut se réjouir en 2020 (si si): l’arrivée sur nos écrans d’œuvres télé iconoclastes et incontournables sur la féminité, le consentement, le tabou des règles ou encore la ménopause. 
© Capucine Bailly - Cheek Magazine
© Capucine Bailly

7. Aya Nakamura, Wejdene, Lyna Mahyem… Ces artistes R&B qui réinventent la langue française

Aya Nakamura, érigée en ambassadrice de la langue française par un député LREM, invente son propre argot dans ses chansons. Tout comme ses consœurs Wejdene ou Lyna Mahyem. Le langage de rue au service du son est aujourd’hui un ingrédient essentiel à la fabrique de tubes planétaires. 
© Capucine Bailly - Cheek Magazine
© Capucine Bailly