culture

Bande Dessinée

Six BD Cheek à emporter en vacances

Nous avons sélectionné six BD féministes à lire absolument cet été.
“Khalat”, de Giulia Pex
“Khalat”, de Giulia Pex

“Khalat”, de Giulia Pex


L’été est le moment idéal pour rattraper les bandes-dessinées sorties ces derniers mois. Si le confinement vous a empêché·e de fréquenter les librairies, n’hésitez pas à dévaliser les rayons BD pour découvrir les œuvres de notre sélection. Au programme: des adaptations d’œuvres littéraires, des fables féministes, des réflexions profondes sur la maternité et des portraits de grandes figures historiques.

 

Au Bonheur des dames, d’Agnès Maupré 

au bonheur des dames agnes maupre

Le pitch: Adaptée du roman d’Emile Zola, paru en 1883, la bande dessinée d’Agathe Maupré raconte l’itinéraire de Denise, une jeune femme qui quitte sa région pour travailler dans le magasin de son oncle à Paris. Arrivée sur place, elle se rend compte que les petits commerces ferment les uns après les autres et elle se voit contrainte de travailler dans un grand magasin. 

Pourquoi on la lit: Parce qu’Agnès Maupré se sert du roman d’Emile Zola, qui se déroule entre 1864 et 1869, pour dénoncer les ravages actuels du capitalisme et de la société de consommation sur les individus et sur les femmes en particulier. Elle montre la manière dont le patron du magasin où travaille Denise, Octave Mouret, se sert de la pression sociale qui pèse sur les femmes pour leur faire acheter sans cesse de nouvelles robes et de nouvelles toilettes. Parce qu’il leur faut être acceptées dans la société, trouver un mari, sortir du lot sans se faire remarquer, elles sont prêtes à tous les sacrifices. L’héroïne du récit, elle, est sans cesse tiraillée entre différents mondes: la richesse et la pauvreté, le célibat et le mariage, les grands magasins et la petite boutique de son oncle. Elle ne rêve que d’émancipation et de fuir ses obligations. Agnès Maupré joue avec les couleurs vives et avec son style dynamique pour faire exploser en mille morceaux l’illusion capitaliste.

Parue aux éditions Casterman

 

Peau d’homme, de Zanzim et Hubert

Peau d'homme

Le pitch: Alors qu’elle s’apprête à épouser Giovanni, un homme qu’elle ne connaît pas, Bianca part rendre visite à sa marraine. Cette dernière lui dévoile le secret des femmes de sa famille: elles ont en leur possession une peau d’homme. Bianca s’en sert pour mener une vie parallèle sous le nom de Lorenzo. Elle peut ainsi faire la connaissance du vrai Giovanni…

Pourquoi on la lit: Parce qu’avec cette idée toute simple et ludique d’enfiler la peau d’un autre, le regretté scénariste Hubert tisse une réflexion très complexe sur le genre, l’amour et la sexualité. Sous les traits de Lorenzo, Bianca s’introduit dans le monde des hommes et découvre le privilège grisant qu’il·elle obtient: pouvoir parler plus fort, marcher d’un pas assuré, enfin rejoindre les boy’s club et se faire respecter. Mais dans cette ville en proie au fanatisme religieux, Bianca décide de ne pas succomber à la facilité de la virilité. Elle utilise sa voix pour prôner une libération sexuelle, une identité de genre plus fluide et l’égalité pour tous et toutes. Peau d’homme en dit long sur la difficulté des relations entre les hommes et les femmes au sein d’une société patriarcale. Et la fin du conte, loin d’être traditionnelle, offre une morale réjouissante. Les dessins de Zanzim, tour à tour drôles, sensuels et émouvants, finissent de faire de cette œuvre une parfaite réussite.

Parue aux éditions Glénat

 

Eileen Gray, une maison sous le soleil, de Charlotte Malterre-Barthes et Zosia Dzierzawska

Eileen Gray

Le pitch: Cette bande dessinée raconte la vie de la designer et architecte Eileen Gray, de son apprentissage de l’art de la laque à l’élaboration de son œuvre maîtresse, la villa E 1027 à Roquebrune-Cap-Martin, finalisée en 1926. Ellr raconte aussi ses amours, notamment avec son mari Jean Badovici et avec la chanteuse Damia.  

Pourquoi on la lit: Parce que cette bande dessinée permet de braquer un projecteur sur une figure trop souvent invisibilisée de l’histoire de l’architecture. L’autrice Charlotte Malterre-Barthes retrace notamment la manière dont Le Corbusier réalisa des fresques dans la villa E 1027 sans l’autorisation de Gray et participa à effacer son travail et ses innovations. Les sublimes dessins de Zosia Dzierzawska rendent à chaque page un vibrant hommage au travail d’Eileen Gray en exprimant l’essence de son travail et en capturant l’esprit de l’époque. Que l’on aime ou non le design, Eileen Gray se lit comme le portrait fascinant d’une femme résolument libre.

Parue aux éditions Dargaud, traduit de l’anglais par Nora Bouazzouni

 

Khalat, de Giulia Pex

khalat julia pex

Le pitch: Khalat raconte l’itinéraire d’une jeune femme kurde syrienne qui quitte sa ville pour étudier à Damas. Lorsque la guerre civile éclate, elle est contrainte de fuir avec sa famille. Ils doivent traverser huit pays, passant d’un camp à un autre, avant de rejoindre l’Allemagne. 

Pourquoi on la lit: Ce récit est tiré de l’histoire vraie d’une jeune femme racontée par l’écrivain Davide Coltri dans le recueil Dov’è casa mia. La jeune illustratrice de 28 ans Giulia Pex donne corps à cette épopée avec beaucoup de sensibilité. Avec son trait au crayon et à l’aquarelle elle imagine autant de tableaux qui lui permettent de s’attarder sur les regards de ses personnages. Une œuvre superbe et d’une grande humanité sur la réalité de l’exil, sur la peur, le déracinement et sur les endroits inattendus dans lesquels l’espoir émerge.

Parue aux éditions Presque Lune, traduit de l’italien par Laurent Lombard

 

Neuf mois et toi, de Lucy Knisley 

Neuf mois et toi

Le pitch: Lucy Knisley continue son travail autobiographique en signant une bande dessinée sur sa grossesse. Elle mélange son expérience personnelle et des recherches pointues qui visent à démystifier cette expérience et à déconstruire les clichés sexistes et les idées reçues autour de la maternité.

Pourquoi on la lit: Tout comme le Mamas de Lili Sohn (aussi paru aux éditions Casterman), Neuf mois et toi apporte un éclairage nouveau sur la maternité. La libération de la parole des femmes sur ce sujet permet d’envisager de nouveaux récits sur la grossesse, l’accouchement et le post-partum. En racontant ses fausses couches, les affres de ces neuf mois d’attente en proie à des doutes et à des nausées, son rapport parfois compliqué avec les professionnel·le·s de santé aux États-Unis, Lucy Knisley brise tabou après tabou. Et elle est surtout une conteuse hors pair, capable de nous faire pleurer d’angoisse pour elle ou éclater de rire lorsqu’elle démonte les croyances populaires sur le corps des femmes. Une vraie démonstration de la manière dont l’autobiographie et le récit de soi peuvent être éminemment politiques et féministes.

À paraître aux éditions Casterman le 19 août

 

Chère Scarlet, de Teresa Wong

Chere Scarlet

Le pitch: Après avoir souffert de dépression post-partum, Teresa Wong écrit une lettre à sa fille pour lui expliquer ce qu’elle a traversé après sa naissance et son expérience difficile de la maternité.

Pourquoi on la lit: La bande dessinée de Teresa Wong est particulièrement d’actualité puisqu’elle fait écho au hashtag #MonPostPartum qui a permis, en février dernier, de libérer la parole sur ce que vivent les femmes après leur accouchement. Teresa Wong brise de nombreux tabous en racontant son rapport difficile à son corps après la grossesse, son sentiment de solitude au moment de rentrer chez elle de la maternité, et sa dépression qui a mis du temps à être diagnostiquée. Elle n’hésite pas à décortiquer ses pensées les plus sombres et ses doutes les plus tenaces. Cette longue lettre adressée à sa fille devrait décomplexer plus d’une mère. Et si le style en noir et blanc de Wong est souvent hésitant et très minimaliste, il s’accorde avec la sincérité touchante de son propos.

Parue aux éditions Dunod, traduit de l’anglais Élise Peylet

Pauline Le Gall


1. Mel C n'est plus Sporty Spice mais n'a rien perdu de son girl power

Plus de 20 ans après ses débuts, Mel C alias Sporty Spice des Spice Girls sort un album synth-pop qui célèbre le fait d’être pleinement soi-même. Rencontre par écrans interposés, covid oblige.
“Khalat”, de Giulia Pex - Cheek Magazine
“Khalat”, de Giulia Pex

5. 3 bonnes raisons d’aller voir “Adolescentes”

Pour son nouveau documentaire, Sébastien Lifshitz a filmé le quotidien d’Anaïs et Emma de leurs 13 à 18 ans. Il en a tiré un bouleversant témoignage sur les transformations que traversent les jeunes filles d’aujourd’hui à l’aube de l’âge adulte. On vous donne trois bonnes raisons d’aller le voir.
“Khalat”, de Giulia Pex - Cheek Magazine
“Khalat”, de Giulia Pex