culture

Série

“Skam France”, la série phénomène qui met à l'honneur la bisexualité des ados

Dans la série phénomène française, les ados bisexuel·le·s et pansexuel·le·s sont partout. À l’exemple de la vraie vie.
© Thibault Grabherr
© Thibault Grabherr

© Thibault Grabherr


La première année, Skam était une série à succès tout à fait banale. Une série sur des ados norvégiennes qui géraient des ruptures amicales et des problèmes de coeur et où chaque saison -deux par année- suivait un personnage différent. Tout a changé avec la saison 3. Celle-ci se concentre sur Isak, un ado dans le placard qui tombe amoureux d’Even. Remarquablement jouée, vraie, émouvante, sensuelle, la saison attire un nouveau public international. La série est accessible, illégalement, à tous et toutes grâce aux traductions des fans, le tourisme dans le pays bondit, le norvégien devient une langue à la mode.

France TV achète alors les droits de la série. Skam France, diffusée sur sa plateforme en ligne France TV Slash et YouTube, connaît le même parcours. Après la saison sur Lucas, l’équivalent d’Isak, la série devient un phénomène en France et à l’étranger. À ce jour, les 62 épisodes diffusés ont été vus plus de 130 millions de fois, en partie par des fans étrangers puisque France TV propose sur YouTube des sous-titres dans une dizaine de langues. En Chine, l’équipe de fans qui sous-titre et partage les épisodes piratés estime qu’ils ont été vus 650 millions de fois. La série a tant de succès qu’elle va être diffusée légalement en Corée du Nord et en Suède. 

 

Eliott, pansexuel qui crève l’écran

La saison 3 a beau être sur Lucas (Axel Auriant) et son parcours d’acceptation de son homosexualité, la vraie star de la saison est Eliott, son crush, un grand Terminal mystérieux au regard magnétique. Pansexuel et bipolaire, ce personnage devient culte, et son interprète, Maxence Danet-Fauvel, une star. Sur Instagram, il est suivi par plus de 600 000 personnes. Au grand dam des fans, il n’apparaît plus que sporadiquement dans les saisons suivantes. La saison 4 se concentre sur Imane, une intello noire portant le hijab qui cherche sa place dans une société française islamophobe. La saison 5 s’intéresse à Arthur, un ado bourgeois qui perd l’audition. La saison 6 marque enfin le retour d’Eliott parmi les personnages principaux, puisqu’il devient l’ami, le mentor de Lola (Flavie Delangle), la protagoniste de cette saison. Cette ado de 15 ans qui sort d’une cure de désintoxication a beaucoup de points communs avec Eliott: troubles mentaux, envies suicidaires et fluidité sexuelle. Leur amitié, belle et touchante, marque une évolution de la représentation de la bi et pansexualité. Pour une fois, une série, qui plus est française, met en scène une amitié entre deux personnages bi ou pan.

 

Des bi et pans omniprésent·e·s

Dans les films et séries, les personnages bi ou pansexuels sont rares. Aux États-Unis, ils représentent 26% des personnages LGBTQ+, un chiffre particulièrement bas quand on sait que dans la vraie vie, les bi et pan forment la majorité des personnes LGBTQ+, comme l’explique GLAAD, et un·e jeune Américain·e sur quatre selon YouGov. Ces personnages bi et pan sont généralement une exception, seuls entourés d’hétéro et d’homosexuel·les. Cela rappelle tristement la solitude dans laquelle vivent de nombreuses personnes bi+. En raison de la biphobie qui frappe aussi bien les communautés hétéros qu’homos, beaucoup ne sont pas out auprès de leur entourage et n’ont personne avec qui parler de leur identité bi. Voir deux personnes bi+ se soutenir et parler de leurs vies amoureuses, comme c’est le cas dans Skam France, rappelle que cette solitude n’est pas une fatalité. D’autre part, avoir plusieurs personnages bi et pansexuels permet de montrer la diversité des histoires bi+.

 

 

Eliott, Lola, Alexia et les autres

Au début de la saison 3 de Skam France, Eliott est en couple avec une fille mais ne cache pas être intéressé par les garçons. Il ne spécifie à aucun moment s’il est bi, pan ou autre, s’il a fait un coming out, si l’acceptation de son orientation amoureuse a été difficile. Idem pour Alexia, un des personnages principaux féminins et petite copine d’Arthur, le protagoniste dans la saison 5. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle se définit bi et qu’elle a eu des histoires avec des filles avant le début de la série, c’est-à-dire son entrée au lycée. Pour Lola, les choses se sont passées de façon très fluide. Son attirance pour une fille ne semble entraîner aucun questionnement chez elle, elle ne cherche pas à se définir, elle ne ressent pas le besoin de faire un coming out. La première fois qu’elle mentionne qu’elle a des sentiments pour Maya, c’est au détour d’une conversation avec Eliott, et aucun·e des deux ne semble relever le fait qu’elle est attirée par une personne du même genre. Aux autres non plus, elle ne fera pas de grand discours, elle se contentera de leur présenter Maya. Contrairement à Lucas en saison 3, ces trois personnages ne connaissent pas la honte (“skam” veut dire honte en norvégien). Comme Coline Preher, l’interprète d’Alexia, qui demanda à ce que son personnage soit bi comme elle dans la vraie vie. 

Sont-elles et il les seuls personnages bi ou pan? En créant un monde si bi-friendly, Skam France rappelle que toute personne pourrait être bi+, comme le personnage d’Emma (Philippine Stindel) qui est “sexuellement fluide quand [elle est] bourrée” -on la voit d’ailleurs régulièrement embrasser ses amies en soirée. Dans ce monde aussi, toute personne hétéro ou homo peut sortir avec une perso bi ou pan. C’est le cas d’Arthur et Lucas, qui, en saison 5, discutent de leur peur de ne pas satisfaire leur partenaire, un cliché biphobe rapidement évacué. Avec autant de personnages bi et pansexuels, la série française montre avec nuance comment la bisexualité fait partie du quotidien de la jeunesse d’aujourd’hui.

Aline Mayard


1. Romcom de Noël: les couples homos sont désormais les bienvenus 

Aux Etats-unis, Hallmark Channel et Lifetime, deux chaînes spécialistes des films de Noël, ont enfin accédé aux demandes d’inclusivité des spectateur·rice·s. Et ainsi tombe le dernier bastion des conservateurs.
© Thibault Grabherr - Cheek Magazine
© Thibault Grabherr

2. Pourquoi la France déteste les “sensitivity readers”

Encore marginale en France, cette pratique vise à relire des manuscrits pour y détecter des représentations fausses ou offensantes. Mais que font vraiment les sensitivity readers?
© Thibault Grabherr - Cheek Magazine
© Thibault Grabherr

3. Notre Cheek list de livres à offrir pour les fêtes

Si vous manquez d’inspiration pour les fêtes de fin d’année, voilà nos recommandations lecture pour faire plaisir à vos proches ou remplir votre wishlist.
© Thibault Grabherr - Cheek Magazine
© Thibault Grabherr

7. Pourquoi il faut voir et revoir “La Revanche d'une blonde”

La Revanche d’une blonde, film culte des années 2000, est moins chamallow qu’il n’y paraît et conserve aujourd’hui toute sa puissance féministe, emmené par la jeune Reese Witherspoon qui a depuis conquis Hollywood.  
© Thibault Grabherr - Cheek Magazine
© Thibault Grabherr